Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe du 7e dimanche de Pâques à St Germain l’Auxerrois

Saint-Germain l’Auxerrois (1er) – Dimanche 16 mai 2021

 7e dimanche de Pâques - Année B
 à huis-clos
Ac 1, 15-17.20a.20c-26 – Psaume 102 (103), 1-2, 11-12, 19-20ab - 1 Jn 4, 11-16 - Jn 17, 11b-19

Je voudrais m’arrêter aujourd’hui sur la question essentielle de la joie. Dimanche dernier nous avons entendu Jésus dire à ses disciples : « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 15, 11). Aujourd’hui encore, Jésus en s’adressant à son Père affirme : « Je parle ainsi pour qu’ils aient en eux ma joie et qu’ils en soient comblés ». Il y a donc là un enjeu très important pour notre vie avec le Christ.

Qu’est-ce qui nous donne de la joie ? Il semble bien que ce soit l’amour puisque c’est le commandement de Jésus : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13, 34). Aujourd’hui nous avons entendu dans la première lettre de saint Jean : « Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui ».

L’amour et la joie sont profondément liés dans notre religion chrétienne. Jadis le philosophe grec Aristote affirmait : « Aimer, c’est se réjouir ». Mais le poète Aragon lui répondait : « Il n’y a pas d’amour heureux ». Alors, qui faut-il croire ? Peut-être le philosophe Bergson qui a écrit : « La joie annonce que la vie a réussi ».

De quoi Jésus parle-t-il quand il prie son Père pour communiquer sa joie ? De sa montée vers le Père : « Maintenant je viens à toi ». Ce qui donne la joie, c’est d’aller vers le Père, c’est de dire « oui » à Dieu. Dans son humanité, Jésus s’offre à son Père par amour pour le monde. C’est là sa joie. A l’Annonciation, la Sainte Vierge dit oui à Dieu et elle exulte dans son Magnificat. La vraie joie ne dépend pas des événements extérieurs comme le fait de réussir aux examens ou de parvenir à un exploit. Certes, cela nous fait exulter pour un temps, mais pour un temps seulement car, si les événements deviennent contraires, cette joie disparaît.

La joie dont parle Jésus est un don que Dieu nous fait en réponse à notre accueil de son amour par le don confiant de toute notre vie. Cette joie s’inscrit profondément en nous au point que, même dans les plus grandes vicissitudes, nous gardons cette joie au plus profond de nous.

Je me souviens personnellement l’avoir reçue au moment où je suis tombé à genoux dans ma salle à manger après avoir lutté longtemps contre l’appel de Dieu. Ce jour-là j’ai prononcé de tout mon être : « Que ta volonté soit faite » en sachant que ma vie ne m’appartenait plus. De manière incompréhensible pour moi, alors que cet abandon me donnait l’impression douloureuse de tout perdre, j’ai été rempli de cette joie surnaturelle qui depuis ne m’a jamais quitté. C’est la joie de ceux qui entrent dans un amour au-delà des sentiments humains car il correspond un acte de la volonté qui répond au grand commandement de l’amour.

Cette joie est communicative, elle s’accroît par le partage. Voilà pourquoi on ne peut pas la garder pour soi. Elle vient de Dieu et elle est pour tous. C’est ainsi qu’est né l’élan missionnaire. De même que l’amour n’existe que pour se donner puisqu’« il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime », de même la joie qui naît de l’amour est irrésistiblement contagieuse, beaucoup plus que le Covid. Et c’est une chance extraordinaire pour nous qu’il n’y ait pas de vaccin contre la joie.

Rendons grâce au Seigneur Jésus qui prie son Père dans cette grande et belle prière qu’on appelle « sacerdotale » car elle est son offrande, pour que nous ayons en nous sa joie.

Mgr Michel Aupetit,
archevêque de Paris

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