Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à St Germain l’Auxerrois

Saint-Germain l’Auxerrois (1er) - Dimanche 12 septembre 2021

 24e dimanche Ordinaire – Année B

- Is 50, 5-9a ; Ps 114 (116 A), 1-2, 3-4, 5-6, 8-9 ; Jc 2, 14-18 ; Mc 8, 27-35

« Pour les gens qui suis-je » ? Voilà une très bonne question qu’en réalité nous nous posons en permanence. C’est vrai ça : pour les gens qui suis-je ? Et vous, qui êtes-vous ? Est-ce que cela nous importe vraiment de savoir ce que les autres pensent de nous ? Il faut bien le reconnaître nous attachons beaucoup d’importance à ce que les autres pensent de nous et nous cherchons toujours à correspondre à ce qu’ils attendent. C’est vrai pour ce qui concerne les personnes qui nous aiment mais également au regard de la société dans laquelle nous vivons qui nous donne des modèles, des images auxquelles il nous faut correspondre si nous ne voulons pas être mis sur la touche.

« Que dites-vous de vous-même » ? Comment vous présentez vous quand on vous interroge sur votre identité ? Je m’appelle Charlotte. Ah bon ? Qui vous a donné ce prénom ? Vos parents ? Et votre nom de famille, c’est important aussi. Cela vous inscrit dans une histoire familiale. Comment vous dites ? Dupont ? Ah oui, les Dupont qui habitent Conflans-Sainte-Honorine depuis trois générations et qui viennent du village de Loudheix dans l’Indre. Vous êtes un homme, une femme. Ça en principe, c’est évident. Vous avez un métier. Les gens vous connaissent comme cela et c’est ainsi que vous vous définissez vous-mêmes.

Et pour Dieu ? Qui êtes-vous pour Dieu ? Voilà la question essentielle, au fond la seule qui vaille. Car le seul qui connaisse mon identité la plus profonde, c’est Dieu. Je suis dans le projet de Dieu de toute éternité. Il le dit aux prophètes qu’il appelle : « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais » (Jr 1, 5).

Bien sûr, je vis dans ce temps-là, dans ce monde-là et ce que j’y fais, cela compte beaucoup. Mais mon nom ne restera que sur une pierre tombale et dans la mémoire de ceux qui m’ont aimé pour un peu de temps. Que restera-t-il de cette identité qui m’a constitué dans ce monde et qui m’a fait vivre ? Cela se résume-t-il à un éternel jeu de rôle ? Mais qui me dira ce que je suis vraiment ?

Écoutons ce que dit Jésus à Pierre : « Heureux es-tu Simon, fils de Yonas, car ce que tu dis-là ne vient pas de la chair et du sang, mais de mon Père qui est au Ciel » (Mt 16,17). Si la véritable identité de Jésus n’est connue que de Dieu, cela est vrai aussi pour chacun d’entre nous. Nous en faisons l’expérience si nous prions comme Jésus nous le dit : seul devant le Père, sans artifices ni faux-semblants. Dans le silence de ce cœur à cœur, Dieu nous révèle peu à peu chaque jour ce que nous sommes en vérité devant lui.

Heureux es-tu car si tu te connais en Dieu, tu te connais vraiment. Heureuse es-tu, Charlotte, fille de Pierre Dupont, car ce que tu es ne vient pas de toi, de ceux qui te regardent quotidiennement et qui te font jouer un rôle, de cette société qui te donne ta place en elle, mais du Père qui te révèle qui tu es vraiment.

Alors tu pourras entendre et comprendre cette phrase si importante de la Bible : « Tu as du prix à mes yeux et moi je t’aime » (Is 43,4).

+Michel Aupetit, archevêque de Paris

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