Jesus Camp
Heidi Ewing et Rachel Grady. Critique de Louis Corpechot.
Jesus camp est un documentaire qui ne laisse pas les chrétiens dans l’indifférence. Ce film montre comment une branche radicale des Pentecôtistes américains endoctrine ses enfants pour en faire de véritables outils de propagande. Privés de scolarité, recevant de leurs parents un enseignement formaté, ces enfants apprennent que le réchauffement de la planète n’est pas un problème, que les théories de l’évolution sont entièrement fausses et que la Bible est la seule autorité en matière de science. Pendant les vacances, ils sont envoyés dans les "jesus camp", où une équipe rodée leur montre comment bien prêcher, comment chasser les démons du gouvernement en brisant des tasses, comment aider le président Bush en embrassant son effigie en carton...

S’il est vrai qu’un tel film est profondément instructif sur une certaine pratique religieuse, il nécessite une interprétation cinématographique et théologique.
La mise en scène laisse pour le moins à désirer. La caméra est dans un perpétuel tremblement. La multiplication des très gros plans (notamment sur les enfants qui pleurent, dévorés par la culpabilité) prive le spectateur d’objectivité. Le montage est tel que les paroles sont découpées et réorganisées, accentuant le point de vue des auteurs. La bande sonore elle-même est difficile et mélange son direct et musique ajoutée, sans qu’il soit possible de faire la différence.
Enfin, le scénario ne présente que deux points de vue, celui des organisateurs de "Jesus Camp ", et celui d’un animateur de radio (Mike Papantonio) dont on ignore à quelle église il appartient. Ce manque de repères empêche le spectateur de s’y retrouver et le plonge dans la confusion. Cette assimilation implicite du Christianisme aux pratiques montrées à l’écran est un vrai problème, qui a des conséquences tant pour l’annonce de la foi que pour l’œcuménisme.
Dans le film, le pasteur Becky Fischer avoue croire que "les enfants ne sont pas libres". D’après elle, la vérité donne le droit d’utiliser les mêmes moyens que les extrémistes de tous bords. C’est une "pathologie de la religion" : un relativisme religieux qui asservit le droit et la morale à ses propres objectifs.
Car le film soulève des questions d’ordre théologique. Car face au film, le spectateur s’interroge : comment en est-on arrivé là ? Et comment en sortir ?
Une des petites filles du film nous apprend qu’il y a deux sortes d’églises : les vivantes et les mortes, que l’on distingue par la manière de prier de ses fidèles. Dans une église vivante, on saute, on danse, on crie le nom de Jésus. Dans une église morte, on reste assis. Cette théologie qui permet de juger la valeur de la prière par l’apparence extérieure n’est-elle pas dénoncée par l’Évangile ?
Notre incompétence dans ce domaine nous pousse à demander l’avis de vrais théologiens. Il est toutefois malheureux de constater une fois de plus comment la puissance de témoignage du cinéma peut être, par les moyens de la mise en scène, détournée en puissance de confusion.
Louis Corpechot