Avatar : de feu et de cendres
James Cameron
James Cameron, 2025. Critique du père Denis Dupont-Fauville.
En cette fin décembre, voici qu’arrive au milieu de nous celui que le monde attendait depuis déjà longtemps. De toute la terre, les foules se rassemblent pour venir le contempler… De quoi s’agit-il ? La plupart des Occidentaux, à commencer par les jeunes, répondront sans hésiter : du film Avatar bien sûr !
Si une telle introduction rend bien sûr un son étrange à des oreilles chrétiennes, force est de constater que peu autour de nous s’en étonnent : avec 400 millions de dollars de production, des milliers de collaborateurs et des effets spéciaux révolutionnaires, nous sommes réellement en présence d’un évènement mondial. Comment y échapper ? Même ceux modérément férus de cinéma se sentent en quelque manière obligés d’y aller avec les autres, pour découvrir ce que l’œil n’avait pas vu, ni l’esprit jusque-là conçu. Il ne s’agit pas seulement ici d’assouvir une impatience stimulée par une gigantesque campagne de publicité, mais aussi de se retrouver en communion, pour une fois, avec les publics les plus divers.
Autant le dire d’emblée, la réussite visuelle est époustouflante. Un choc encore accru pour ceux qui ont la chance de profiter de la 3D, traversant une succession de mondes imaginaires, en compagnie de créatures à la fois fantastiques et familières, ni tout à fait les mêmes ni tout à fait des autres. Les espaces se télescopent, les couleurs chatoient, les mouvements nous plongent dans des dimensions inédites, où le talent des techniciens nous permet cependant d’évoluer sans être totalement perdus. Une sorte d’immense jeu vidéo immersif, où nous tournoyons emportés par une ivresse sans cesse renouvelée.
Le scénario, quant à lui, se révèle d’une rare indigence. Certes, le but avoué consiste à en mettre plein la vue plutôt qu’à philosopher. Mais il faut bien avouer que, malgré l’accumulation de prouesses techniques, de schémas consensuels et de personnages plus politiquement corrects les uns que les autres, notre imaginaire profond n’est jamais capté ni nos émotions réellement rejointes.
Au-delà des péripéties répétitives, le cadre narratif dit déjà tout du film : les habitants d’une terre où l’humanité se voit disparaître tentent de coloniser un autre monde, où la vie aurait conservé une saveur humaine sans pouvoir pourtant accueillir les hommes tels qu’ils sont. Que reste-t-il aux spectateurs (et aux personnages) ? Des artifices dispendieux pour mettre en scène des situations convenues, bien que truffées de réminiscences bibliques (sacrifice d’Abraham, combats de David, Nativité, Apocalypse), qui nous en apprendront moins sur nous-mêmes que bien des films clandestins à petit budget.
La date de sortie du film, choisie avec soin, est décidément paradoxale. Tant de complexité formelle, tant d’argent, si peu d’humanité : comme un miroir inversé de Noël. De quoi nous renvoyer, plus que jamais, à Celui qui s’est fait pauvre pour nous rejoindre vraiment.
Denis DUPONT-FAUVILLE
22 décembre 2025