Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe à Sainte-Jeanne de Chantal
Dimanche 11 janvier 2026 - Sainte-Jeanne de Chantal (16e)
– Baptême du Seigneur — Année A
- Is 42, 1-4.6-7 ; Ps 28 (29), 1-2, 3ac-4, 3b.9c-10 ; Ac 10, 34-38 ; Mt 3, 13-17
Ainsi que je l’ai dit tout à l’heure, la solennité du Baptême du Seigneur est une grande fête dans l’Église, parce que, pour la troisième fois depuis Noël, nous saisissons combien dans l’homme Jésus qui nous est présenté nous pouvons voir Dieu.
Le jour de Noël c’était la troupe céleste des anges qui accompagne les bergers jusqu’à la crèche et qui manifeste que cet enfant qui vient de naître est un envoyé de Dieu, est le Sauveur du monde. Et c’est ce que nous commençons à retenir dès que nous parlons de Jésus : dès les débuts de l’Évangile un enfant vient mais il n’est pas tout à fait comme les autres. Bien qu’il soit pleinement enfant et pleinement fils, qu’il soit pleinement fils d’une vierge, il est ainsi manifesté comme Fils de Dieu.
Ensuite, la semaine dernière, à l’Épiphanie, c’est bien au-delà du cercle des proches, de ceux qui pouvaient entendre parler de Jésus, que la nouvelle se répand, et eux aussi comprennent de loin - c’est une prophétie pour la suite - qu’il s’est passé quelque chose dans le monde avec la venue d’un enfant dont ils ont été avertis. C’est une épiphanie, c’est-à-dire la manifestation, l’éclairage, la lumière portée sur cette naissance, par ceux qui viennent de loin, promettant ainsi, ou réalisant la promesse, que tout homme pourra être un jour rejoint par la puissance de Dieu en Jésus.
Et aujourd’hui, à son baptême, cette voix qui s’adresse à cet homme qui a choisi d’aller se faire baptiser comme beaucoup de croyants qui comptaient sur la miséricorde de Dieu pour être transformés par le baptême de conversion que donnait le Baptiste. Voilà que cet homme-là est désigné par le ciel, troisième théophanie, troisième manifestation de Dieu en la personne de Jésus. Voilà pourquoi cette fête du baptême est si importante.
Nous la comprenons peut-être un peu mieux avec les textes des première et seconde lectures. L’envoyé de Dieu, dit Isaïe, le serviteur de Dieu, c’est premièrement quelqu’un qui ne renonce pas à la mission qui lui a été confiée, aussi difficile qu’elle puisse être. C’est un homme qui ne renonce pas, qui croit que sa mission est de faire connaître Dieu qui fait du bien, Dieu qui aime, Dieu qui guérit, Dieu qui libère, Dieu qui aide l’homme à avancer sur un chemin de sainteté et de liberté devant lui. Mais ce serviteur, qui est plein d’enthousiasme et de force pour sa mission, est en même temps un serviteur rempli de douceur. Il ne se comporte pas comme un puissant qui cherche à dominer les peuples tout entiers, il ne se considère pas comme une sorte d’empereur violent, qui veut maîtriser le monde - aujourd’hui on dirait comme un impérialiste qui veut s’adjoindre des territoires - agrandir son domaine et manifester la jouissance de sa puissance. Ce n’est pas cela que fait le serviteur de Dieu : même s’il veut s’approcher de tout homme, il le fait avec douceur et il n’éteint pas, dit le prophète Isaïe, la mèche qui fume encore. Il essaie au contraire d’encourager les plus faibles à grandir sur le chemin de la bonté, sur le chemin de la sainteté, sur le chemin qui mène à Dieu.
Dans la deuxième lecture, évidemment quelques années après, puisque c’est après la résurrection que cela se passe, l’apôtre Pierre, dit et rappelle que le Christ est bien le serviteur, le serviteur de Dieu que nous attendions : « Dieu était avec lui » dit-il. Dieu était avec lui pour faire le bien, pour guérir, pour libérer, pour être attentif. Voilà ce fils, qui apparaît comme un fils d’homme, comme les autres. Il est désigné comme ayant un statut particulier dans l’humanité : Fils de Dieu, Sauveur, capable d’atteindre tout homme de façon mystérieuse peut-être, mais capable de s’approcher de chacun et de tous.
Alors nous comprenons bien ce qui nous arrive ce matin et nous nous demandons comment nous allons vivre cela. Bien sûr en ouvrant grand les yeux de notre foi. Quand nous parlons de Jésus, nous avons l’habitude - et je m’adresse bien aux enfants du catéchisme qui se préparent à la première communion - de le prendre d’abord et spontanément comme un modèle, un modèle de charité, un modèle qui nous invite à être nous-mêmes charitables, un modèle de bien, qui fait du bien partout où il passe, et nous essayons de lui ressembler. Nous le considérons comme le modèle qui est à la tête du troupeau et qu’il faut suivre : nous avons besoin de modèles pareils. Mais aujourd’hui nous comprenons qu’il n’est pas qu’un modèle : il est aussi le vrai serviteur de Dieu qui montre le chemin ; il est aussi celui qui va donner sa vie pour transformer la nôtre et la conduire jusqu’à la vie éternelle ; il est aussi, et peut-être d’abord, le Sauveur qui vient nous prendre, qui vient nous aimer, qui vient se donner.
Alors ouvrons grand les yeux de la foi, regardons bien Jésus comme un modèle, et pas seulement comme un modèle, mais comme celui par qui nous sommes transformés. Il nous rejoint. Il faisait du bien en guérissant les malades, en touchant ceux qui avaient besoin d’être guéris, en proclamant que ceux qui étaient enfermés sur eux-mêmes pouvaient être ouverts à Dieu. Il était capable de libérer les liens de ceux qui se sentaient complétement enfermés.
Alors, celui-ci, que nous aimons, qui se montre à nous, avec qui nous découvrons qui est Dieu, nous pouvons dire qu’il nous rejoint encore aujourd’hui. Et puisque vous vous préparez à la première communion, vous pouvez vous dire qu’il nous rejoint par l’eucharistie. Il nous avait déjà rejoints les uns et les autres par le baptême, et peut-être qu’il y a parmi vous des adultes qui se préparent au baptême aussi, et le baptême c’est une façon dont Dieu s’approche de nous. Ce n’est pas simplement un geste de foi de notre part, ce n’est pas simplement un geste visible de notre part, c’est un geste visible de Dieu à notre égard. Il nous touche par l’eau du baptême et il nous transforme. Il nous touche par l’eucharistie qu’il nous donne et que nous pouvons faire rentrer en nous pour qu’elle nous fasse lui ressembler. Il nous touche par la confirmation. Hier j’étais avec des jeunes qui ont été confirmés il y a quelques semaines ou quelques mois, il nous touche par la confirmation qui est un autre geste de sa proximité.
Le Fils de Dieu au milieu de nous, le modèle de la vie charitable, nous essayons de l’imiter. Lui, le modèle, il veut des imitateurs ; lui, le Fils de Dieu, il veut faire de nous des frères et des sœurs et donc des enfants de Dieu ; lui, qui est le serviteur, il veut avec lui des vrais serviteurs et c’est encore nous. Ouvrons les yeux de la foi, accueillons le Christ qui vient nous rejoindre personnellement et désirons non seulement lui ressembler mais surtout le suivre et devenir avec lui des vrais enfants de Dieu chargés d’annoncer son amour partout où ils sont.
+Laurent Ulrich, archevêque de Paris