Jean-Jacques de Boissieu : Un diacre en aumônerie d’hôpital psychiatrique
Témoignage.
J’ai été nommé en 2010 par le Cardinal Vingt-Trois à l’aumônerie de l’hôpital psychiatrique Sainte-Anne à Paris. Cette nomination faisait suite à 10 ans passés comme aumônier de la Prison de la Santé à Paris après avoir été 3 ans aumônier auprès des mineurs de la prison de Bois d’Arcy.
Contrairement aux apparences il y avait une certaine cohérence entre ces deux nominations. Indépendamment de la proximité géographique de ces établissements, il s’agissait dans les deux cas de milieux fermés accueillant des malades. D’après le corps médical de la prison de la Santé, 60 % des personnes détenues souffrent de problèmes psychologiques ou psychiatriques et le quartier des malades psychiques de la prison est géré par le personnel de l’hôpital Sainte-Anne !
Chaque jour, je rends grâce d’avoir reçu ces belles missions qui m’ont toujours comblé de joie même si au départ elles pouvaient me faire peur. Mais j’ai toujours eu la certitude, presque physique, que le Seigneur m’accompagnait pour que j’apporte sa présence et son sourire. Autrement comment aurais-je pu tenir tant d’années ?...
Ma mission à l’hôpital est d’être auprès de personnes qui souffrent à des degrés divers et de les accompagner moralement et spirituellement. Ces personnes vivant très souvent des crises d’angoisses aigües, sont atteintes de schizophrénie, de bipolarité, d’anorexie, d’addiction diverses, etc.. Comment rejoindre ces personnes souvent dans le délire ?
Mon approche se fait dans la prière. Comment retrouver la personne et la rejoindre pour établir la communication. Certes, certains engagent la conversation et veulent dire leur mal, leurs angoisses, leur peur, leur désespoir... Entrer en contact avec ces personnes ne constitue pas un vrai problème, car ces malades préfèrent se confier à celui qui porte une croix sur la poitrine plutôt qu’à celui qui porte une blouse blanche avec les médicaments dans la poche ! Mais le plus souvent je suis en présence de malades murés dans leur silence. Je cherche alors à trouver le centre d’intérêt qui permettra à la personne de sortir de son isolement, de sa prison. Mais je dois aussi accepter les silences qui sont à tout bien considérer des paroles. Ces silences ont été difficiles à vivre au début du ministère, mais la formation permanente indispensable reçue, permet de maitriser ses émotions et de trouver la juste distance et la bonne attitude.
Je rencontre toutes les personnes quelle que soit la religion, catholiques pratiquants, musulmans, juifs, athées. Je peux être reçu un jour et rejeté le lendemain, mais cela ne doit pas être interprété. Beaucoup veulent parler de religion en positif ou en négatif, certains me demandent de leur apporter la communion, que l’on prie ensemble que je les bénisse, cela les rassure et les pacifie toujours. En arrivant dans le service dont j’ai la charge, je ne sais jamais qui je vais rencontrer et comment se déroulera la visite et cela peut créer une certaine appréhension que je confie au Seigneur. Celle-ci disparait toujours une fois la porte franchie.
Est rassurant également l’accueil toujours bienveillant du personnel médical dont je loue la disponibilité et la patience vis-à-vis des malades.
Le dimanche matin, je vais chercher les personnes malades de mon secteur qui ont reçu l’autorisation des médecins d’assister à la messe. Je les raccompagne ensuite et cela est souvent l’occasion de beaux échanges.
L’aumônerie en hôpital psychiatrique est vraiment un très beau ministère diaconal. Aussi j’encourage vivement les diacres à se proposer pour ce ministère car les besoins sont immenses. Une formation simultanée est proposée sur deux ans par Chrétiens en Santé Mentale. Cette formation permet de mieux se connaître et de s’initier aux spécificités des maladies mentales, à leur traitement et à leur approche.
Alors je dirai aux diacres qui se posent la question : “N’ayez pas peur, allez-y. Les grâces reçues sont immenses et la joie à la mesure des grâces reçues.”