L’image des bienheureux
Cette œuvre de Nicolas de Palmaert représente les 50 martyrs – désormais bienheureux – en train de monter symboliquement vers le ciel autour de la croix du Christ, ici figurée sous les traits reconnaissables de la croix de Marc Couturier.
Cette croix contemporaine a été installée en 1994 au fond du chœur de Notre-Dame de Paris, derrière la Pietà de Nicolas Coustou (1723) qui montre la Vierge tenant sur ses genoux le corps du Christ descendu de la croix. Au lendemain de l’incendie de 2019, cette croix de Marc Couturier, visible dès l’entrée dans la cathédrale, se détachait derrière les décombres de la flèche et des voûtes : elle projetait sur l’édifice une espérance lumineuse, devenue pour beaucoup un signe fort de résurrection.
Dans l’œuvre, les 50 martyrs sont représentés dans un mouvement ascensionnel autour de la croix, qui apparaît à la fois comme la porte et le chemin, le moyen qui conduit au ciel, selon les paroles de Jésus dans l’évangile selon saint Matthieu : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. ». Morts en haine de la foi, ils ont témoigné jusque dans la souffrance (c’est le sens du mot « martyr », qui signifie « témoin ») de leur amour du Christ et de leurs frères.
Le Christ lui-même est présent au premier plan, sous les traits d’un agneau qui accueille les martyrs fidèles ayant donné leur vie par amour, à sa suite. Dans la tradition chrétienne, le Christ est souvent représenté sous cette forme : dans l’Évangile selon saint Jean, il est désigné comme « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Cette image renvoie à l’agneau pascal de la tradition juive, offert en sacrifice et dont le sang symbolisait le Salut du peuple ; les premiers chrétiens y ont vu une figure de la mort et de la résurrection de Jésus. Dans le dernier livre de la Bible, l’Apocalypse, le Christ apparaît également comme un « agneau immolé mais debout », c’est-à-dire victorieux de la mort. L’agneau condense ainsi en un seul symbole l’innocence, la douceur et la non-violence du Christ, mais aussi sa victoire sur le mal et sa mission de Sauveur – ce que rappellent la liturgie (« Agnus Dei ») et d’innombrables œuvres d’art chrétien.
Les 50 martyrs sont représentés avec les vêtements et attributs correspondant à leurs états de vie, même si ce n’est pas systématique : on reconnaît ainsi des prêtres en soutane, des scouts, des religieux en habit, mais aussi et surtout des ouvriers. Cette présence ouvrière rappelle le Service du travail obligatoire (STO), également symbolisé par les rouages et éléments de mécanique évoquant les usines dans lesquelles ces martyrs ont travaillé et vécu leur apostolat.
Le ciel, rouge orangé, figure l’aube nouvelle dans laquelle entrent les bienheureux. Le soleil blanc, à son intensité maximale, représente la lumière de l’amour divin vers laquelle ils montent, et qui éclaire la croix du Christ. Les martyrs apparaissent dans une ombre bleutée projetée par la Croix, comme enveloppés par le mystère de la Passion et de la Résurrection. Le spectateur, derrière la croix, suit l’élévation au ciel des martyrs à contre-jour : comme eux, il a la possibilité de voir la lumière de Dieu de face.
Dans l’œuvre de Nicolas de Palmaert, cet orange lumineux devient ainsi la couleur du passage : passage de la nuit à l’aube, de la terre au ciel, de l’épreuve à la béatitude. C’est dans cette lumière que s’inscrit la montée des 50 martyrs, désormais bienheureux, vers la joie de Dieu.
« J’ai voulu manifester l’élévation au ciel des martyrs pour prolonger et pour révéler leur sacrifice, et dépasser ainsi le mensonge des autorités de l’époque, qui incitait les travailleurs à partir au STO en promettant que cela contribuerait à faire rentrer en France des prisonniers de guerre. Ce travail graphique n’est pas un travail seulement esthétique, mais vise à traduire visuellement le sens et la portée du sacrifice de ces 50 bienheureux. »
Né en 1977, Nicolas de Palmaert est un artiste peintre et graphiste français formé à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris, où il obtient son diplôme en 2002. Installé entre Paris et la Bretagne, il partage son temps entre son atelier de graphisme – l’Atelier des Palmar – et un travail pictural très marqué par le paysage et la marine, qu’il décline notamment au pastel. Enseignant à l’EPSAA (École professionnelle supérieure d’arts graphiques de la Ville de Paris) et spécialiste de l’histoire du graphisme, il transmet aussi son savoir aux jeunes créatifs. Sociétaire de la Fondation Taylor, il expose régulièrement, en particulier autour de séries comme Les 7 signes ou ses vues du sentier côtier breton GR34. Catholique engagé, il met volontiers son talent au service de l’Église, comme en témoignent son travail de création d’identités visuelles pour le Congrès Mission et diverses initiatives ecclésiales, où son graphisme cherche à traduire, en images contemporaines, la force des grands récits bibliques et de la foi.
Et aussi
– Prière pour demander la canonisation des bienheureux Martyrs de l’Apostolat catholique durant la Deuxième Guerre mondiale.
– Messe de béatification de Raymond Cayré, Gérard-Martin Cendrier, Roger Vallée, Jean Mestre et de leurs 46 compagnons.