Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe en la cathédrale Notre-Dame à l’occasion de l’assemblée des chefs d’établissement de la Tutelle Lasallienne

Mercredi 26 novembre 2025 - Notre-Dame de Paris

– 34e semaine du Temps Ordinaire — Année C

- Dn 5, 1-6.13-14.16-17.23-28 ; Dn 3, 62, 63, 64, 65, 66, 67 ; Lc 21, 12-19

Les lectures de cette dernière semaine de l’année liturgique sont un peu inquiétantes et elles nous replacent bien souvent devant le fait de la fragilité de nos constructions humaines, la fragilité des empires, la fragilité des royaumes. Et aussi les grandes difficultés devant lesquelles nous sommes comme croyants, situés à l’intérieur d’un monde qui rejette Dieu ou qui l’ignore ou qui trouve que nous sommes à côté de la réalité du monde et que nous ne nous coulons pas suffisamment dans les habitudes, les modes, les coutumes et les injonctions sociales qui arrivent.

Dans la première lecture, tirée du Livre de Daniel, nous assistons à ce que nous appelons une théophanie : c’est Dieu lui-même qui se manifeste à travers la grande indifférence du monde dans lequel Daniel circule. Il sait bien que le chef du royaume au milieu duquel il se trouve n’est pas croyant comme lui ; il sait bien qu’il a été élevé à une certaine dignité parce qu’il est capable d’interpréter les songes et les visions. Il le sait, il le comprend mais il sait bien aussi qu’il se trouve pris au milieu de spectacles qui troublent sa foi. Et voilà qu’il est chargé d’annoncer à ce roi que son royaume ne durera pas, que lui-même ne compte pas pour grand-chose même s’il se prend pour un grand de ce monde, et que Dieu va lui demander des comptes. Et Dieu, effectivement, le fait. Daniel n’a pas peur devant cette réalité qui l’entoure, dans cette société, dans cette vie politique de son époque. Il n’a pas peur et, comme un prophète, il dit la Parole, il dit la vérité de ce qu’il croit : en effet toutes choses sont éphémères dans l’existence et mettre sa confiance en Dieu vaut plus que tout.

De la même façon, dans l’Évangile, Jésus dit : « Vous serez maltraités, méprisés, méconnus dans le monde à cause de votre foi. Le fond de ce que vous croyez n’est pas accepté, sachez-le, ne vous en effrayez pas et tenez bon ! »

Vous avez dit ces jours-ci : « Gardez le cap ! N’ayez pas peur de ce qui arrive. Croyez que vous êtes dans la main de Dieu et que celui en qui vous avez mis votre confiance est plus grand que tout ce qui arrive. » C’est extrêmement important d’entendre dans les situations que nous vivons - et particulièrement dans celles que vous vivez dans l’Enseignement catholique - que la mission qui est la vôtre, la mission que vous vivez d’éduquer des jeunes et de soutenir des familles qui vous les confient, est forcément quelque chose qui n’est pas complétement compris dans le monde d’aujourd’hui. Ceux qui viennent dans vos établissements ne le font pas tous pour des raisons religieuses, des raisons chrétiennes et évangéliques, et vous les recevez dans ce monde qui ne partage notre existence, notre foi, notre façon de comprendre la vie et de comprendre ce qui doit être vécu, ce qui peut être vécu comme un témoignage, le témoignage de confiance qui nous fait savoir où nous allons. Nous sommes dans la main du Seigneur, nous sommes invités à construire, nous sommes invités à rendre ce monde humain et nous sommes invités, pour le rendre humain, à le tourner vers lui qui est tout don, tout don fait à nous, tout don venu de lui. Aussi bien, dans les circonstances que nous traversons, où nous sentons que c’est difficile, peut-être plus difficile qu’il y a quelques années, peut-être nous sentons que nous pouvons donner un témoignage : c’est par votre persévérance, dit Jésus, que vous garderez votre vie.

Votre persévérance, c’est effectivement de sentir que vous avez une vraie mission dans le monde éducatif, de vous sentir fait pour faire grandir des jeunes vers une responsabilité d’adulte qui ne les enferme pas dans l’esprit de consommation du monde d’aujourd’hui, dans le matérialisme qui nous inonde, dans les injonctions de toutes sortes qui nous sont faites et qui n’humanisent pas le monde. Au milieu aussi des violences que même des jeunes subissent : ils ne sont pas faits pour y être maintenus ni pour vivre sous leur menace, mais pour apprendre à se maîtriser eux-mêmes et pour apprendre à donner un témoignage d’humanité de plus en plus grand et d’une humanité qui sait d’où elle vient, qui sait qu’elle n’existe que par le don de Dieu et qu’elle est orientée, avec le Christ, vers l’entrée dans son royaume.

N’ayons donc pas peur, les uns et les autres, d’être des témoins de la foi ; n’ayons donc pas peur d’être témoins de l’espérance chrétienne qui nous ouvre au-delà de notre propre vie et de notre propre temps ; n’ayons pas peur de nous laisser initier et d’initier les jeunes à un esprit de charité et de fraternité qui est animé par le Christ lui-même.

Le Seigneur veille. Le Seigneur nous tient dans sa main. Le Seigneur, nous l’attendons et c’est lui qui nous donne la force d’être ce que nous sommes avec simplicité, avec persévérance.

+Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris

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