Interview de Mgr Laurent Ulrich par Paris-Notre Dame

Paris Notre-Dame du 1er octobre 2026

Propos recueillis par Charlotte Reynaud.

Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, accueille le pape Léon XIV à Notre-Dame de Paris pour la célébration des vêpres.
© Jean-Baptiste Delerue / Diocèse de Paris

Paris Notre-Dame – Au lendemain du voyage apostolique, quel est votre état d’esprit ?

Mgr Laurent Ulrich – Je suis dans une grande joie, et une grande action de grâce. Je veux tout d’abord remercier très chaleureusement tous ceux qui ont rendu ces journées possibles et si belles : ceux qui les ont portées dans la prière, ceux qui ont donné de leur temps, de leur énergie ou déjà de leurs biens, ceux qui ont participé aux célébrations et aux rencontres avec le Saint-Père. Leur générosité a donné à voir un visage vivant, fraternel et joyeux de notre Église. Ces journées ont été pour nous une immense grâce. J’ai assisté à la rencontre du pape avec un peuple nombreux : non seulement les personnes qui se sont déplacées le long des boulevards ou lors des célébrations, mais aussi toutes celles qui ont suivi ce voyage derrière leurs écrans. Le nombre de gens touchés par cet événement dépasse très largement le cercle des catholiques pratiquants… Ce pape a permis à beaucoup de vivre quelque chose de profond. Si tout s’est passé conformément à ce que nous avions préparé, nous avons aussi eu des surprises heureuses.

P. N.-D. – Lesquelles ?

L. U. – Je pense à la déambulation dans les rues de Paris, que j’ai pu suivre assis dans la papamobile. Les gens ne crient pas seulement « Viva il Papa ! ». Ils font plus que cela. On sent qu’ils veulent dire quelque chose au pape, lui confier une intention, au milieu des cris de joie. Mais sous ce bruit, il y a des paroles adressées à quelqu’un en qui on a confiance. Et je priais intérieurement afin que tout ce qui était dit à cet homme-là – qui sans doute n’entendait pas tout –, monte vers Dieu et soit entendu de Lui. Le succès considérable de la messe à la Concorde est aussi un beau signe, par cette assemblée extrêmement nombreuse et réunie dans une grande ferveur.

P. N.-D. – Un beau symbole ?

L. U. – Oui, un symbole très fort, qui tient aussi à la présence du pape, indiscutable. Il est présent à ce qu’il fait, aux personnes, aux groupes et il sait à qui il s’adresse. Il avait conscience de s’adresser à un peuple large, sur place et derrière les écrans, français, francophone, et sans doute bien au-delà.

P. N.-D. – Avez-vous été particulièrement touché par une parole ou un geste ?

L. U. – Il y avait une proximité particulière dans les rencontres personnelles qu’il a pu faire : je pense à la Maison Bakhita, à l’Institut catholique de Paris avec l’assemblée ecclésiale provinciale ou même aux vêpres, à Notre-Dame, qui a été le lieu d’une prière intense et intime, une prière de famille, si j’ose dire. Il était extrêmement présent et heureux, et cela se voyait. Je retiens peut-être, comme un signe de cela, l’enfant qu’il a béni en descendant de la papamobile devant le parvis de Notre-Dame. C’est un enfant de 2 ans qui vit à l’hôpital depuis sa naissance. Il a écouté longuement les parents, a pris son temps avec eux avant de bénir leur fils : la bonté du pape a fait de ce geste un geste affectueux autant que religieux.

P. N.-D. – Beaucoup soulignent combien il est une figure de paix...

L. U. – C’est le cas. C’est un homme en paix intérieurement, qui sait qu’il a été choisi par le Seigneur, d’abord comme un baptisé, puis comme religieux, prêtre, évêque et enfin, pape. Dieu lui a manifesté plusieurs fois des appels. C’est très clair, il le sent, il le sait et il met toute son énergie à vivre cela.

P. N.-D. – On a remarqué, dans ses prises de parole, une vision très précise de la France. Comment la qualifier ?

L. U. – C’est une vision très complète, qui n’ignore pas que l’Église de France est passée par des moments difficiles. Sa base sociale a effectivement diminué, elle a rétréci en nombre, mais Léon XIV perçoit en profondeur ce que l’Église de France vit dans un renouveau, pour l’instant encore un peu inaperçu de la majorité, mais qui commence à être sensible. Dieu agit au coeur de la petitesse et de ce qui a pu être une certaine inquiétude de l’Église devant son devenir. Et le pape nous dit : Dieu agit avec vous, n’ayez pas peur. Il le dit assez clairement : vous pouvez parler, avoir une parole publique, vous avez votre place. Même si cette parole n’est pas entendue, elle est attendue ; même si elle n’est pas suivie, elle reste nécessaire. Ce message est très important : nous n’avons pas à nous soucier d’être écoutés, car c’est Dieu qui fait le chemin dans les coeurs.

P. N.-D. – Le pape a prononcé des discours spirituels, d’autres politiques. Comment qualifieriez-vous sa parole ?

L. U. – Sa parole s’adresse à la conscience de chacun. Il est allé sur le terrain politique comme quelqu’un qui essaie d’éclairer la conscience de ceux qui doivent agir en militants et en partisans. Dans l’action politique, il faut bien se situer. Il y a un combat politique dans lequel on peut exprimer des idées différentes, qui s’écoutent mutuellement et qui essaient de construire un pays. Il l’avait dit devant les autorités publiques : on ne construit pas un pays tout seul, mais avec les forces de tous, c’est-à-dire en accueillant aussi la critique des opposants. En cela, il authentifie le principe démocratique, donc la politique, mais il ne prend pas parti. Sa prise de parole au sujet de la fin de vie transcende les opinions partisanes et le combat politique quotidien. Il dit quelque chose que personne ne conteste : on n’a pas le droit de programmer la mort de quelqu’un. Cela s’applique autant à la guerre qu’à l’euthanasie. Sa position est une position de sagesse humaine ultime qui ne s’impose pas qu’aux croyants.

P. N.-D. – Le voyage est achevé. Et maintenant ?

L. U. – On en vit encore… Pour l’instant, on va faire quelques arrêts sur image, en se rappelant des épisodes ou des mots qui nous ont marqués. On peut l’écrire quelque part, se le partager les uns avec les autres. Ensuite, il faudra reprendre la signification de quelques gestes et l’attrait d’un certain nombre d’affirmations qu’il a développées dans ses discours, ses salutations et ses homélies. Pour l’assemblée ecclésiale provinciale qui va débuter ses travaux, il sera bon, par exemple, de s’attarder sur ce qu’il nous a dit, pour nous introduire à notre réflexion.

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