L’orthodoxie divisée par une loi au Monténégro

Au Monténégro l’adoption fin décembre d’une loi sur le statut des communautés religieuses exacerbe les tensions au sein d’une orthodoxie majoritaire mais divisée entre deux Églises rivales. L’Église de Monténégro a vécu pendant cinq siècles à l’ombre de l’empire ottoman, en luttant contre les forces ottomanes, et en dehors de l’Église de Serbie et du patriarcat de Constantinople.

L’Église de Monténégro a vécu pendant cinq siècles à l’ombre de l’empire ottoman, en luttant contre les forces ottomanes, et en dehors de l’Église de Serbie et du patriarcat de Constantinople. On dit qu’elle avait certaines particularités : que son clergé s’habillait comme les habitants ordinaires, sans robe, sans barbe longue, portant la moustache traditionnelle, et portant des armes, puisqu’il devrait protéger ses ouailles. Pendant trois siècles l’archevêque était aussi l’autorité civile. La dignité d’archevêque passait de tribu en tribu avant de devenir héréditaire, passant d’oncle à neveu. De même qu’il existe des églises à double autel pour catholiques et orthodoxes. Au XXe siècle, la recomposition de l’Europe a laissé le petit Monténégro attaché à la Serbie ou comme un élément dans la Fédération de la Yougoslavie. Son Église de facto autocéphale est devenue un diocèse de l’Église de Serbie avant de réapparaître dans les années 2000. (NDLR)

La fête de la Nativité, célébrée le 6 janvier pour les Églises suivant le calendrier Julien, s’est finalement déroulée dans le calme au Monténégro. L’adoption fin décembre d’une loi sur le statut des communautés religieuses exacerbe les tensions au sein d’une orthodoxie majoritaire mais divisée entre deux Églises rivales. Entretien réalisé par Marie Duhamel – Cité du Vatican

Lors de la vigile de Noël, les fidèles des deux Églises orthodoxes du petit pays des Balkans ont, selon la tradition, brûlé le badnjak, de jeunes pousses de chêne, dans un climat de tension ; à une centaine de mètres les uns des autres dans la ville de Cetinje, la « capitale du trône » qui accueille la résidence du président ainsi que le siège de l’Église orthodoxe serbe conduite par le Métropolite Amfilohije Radović.

Des forces de police avaient été déployées pour éviter tout affrontement physique entre les orthodoxes de la petite Église monténégrine non reconnue par le monde orthodoxe, et ceux de l’ultra majoritaire de la Métropole du Monténégro et du littoral, affiliée au Patriarcat de Serbie.

Leur rivalité n’est pas un fait nouveau, mais elle s’est accrue avec l’adoption, le 27 décembre dernier au terme de six mois de polémiques, d’une loi sur la liberté religieuse.

Cette loi voulue par le président Milo Djukanovic prévoit la nationalisation de tous les édifices des communautés religieuses construits avant 1918, date du rattachement du Monténégro au Royaume serbe, qui seraient aujourd’hui dépourvus de titres de propriété.

Propriétaire d’immenses domaines, - plus de 600 monastères, églises et chapelles -, l’Église orthodoxe serbe dénonce par conséquent une « loi de spoliation » ainsi qu’une volonté de la part du pouvoir de soutenir sa concurrente dans un souci d’émancipation vis-à-vis Belgrade.
Source : Vatican news – février 2020

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