La confession, sacrement du Carême par excellence
Paris Notre-Dame du 3 avril 2025
Du 28 au 30 mars, plus de 500 prêtres institués missionnaires de la Miséricorde – autorisés à pardonner certains péchés auparavant réservés au Siège apostolique – venus du monde entier, se sont réunis à Rome pour le jubilé. Le P. Jean-Marc Pimpaneau, curé de St-Louis-d’Antin et lui-même missionnaire de la Miséricorde, revient sur l’importance du sacrement de pénitence et de réconciliation, tout particulièrement pendant le Carême.

Paris Notre-Dame – En quoi la confession s’inscrit-elle particulièrement dans la période liturgique du Carême ?
P. Jean-Marc Pimpaneau – Par la reconnaissance de nos faiblesses, de nos limites et de nos péchés, le sacrement de pénitence et de réconciliation est la voie la plus directe pour nous ouvrir à la grâce et à l’amour de Dieu. Personne ne se confesse avec plaisir, moi le premier ! Reconnaître ses péchés et le faire devant quelqu’un – fut-il prêtre – n’est jamais agréable mais c’est pourtant le meilleur moyen de se laisser envahir par l’amour de Dieu. J’aime bien conserver ces deux mots – pénitence et réconciliation – pour parler de la confession, ce qui est d’ailleurs le titre officiel de ce sacrement. Il s’agit vraiment du passage de l’une à l’autre : on s’abaisse en reconnaissant ses péchés pour être relevé par le Seigneur, accueilli et pardonné dans l’amour de Dieu. Ce mouvement pascal, de l’abaissement au relèvement, rejoint celui du baptême : mourir avec le Christ pour ressusciter avec lui (Rm 6, 8). Ne nous arrêtons donc pas à la difficulté de confesser nos péchés : c’est justement cette démarche d’abaissement spirituel qui nous permet d’être relevé par le Christ ressuscité. N’ayons pas peur de vivre cette Pâques !
P. N.-D. – Quelle différence faire entre culpabilité et contrition ?
J.-M. P. – C’est un point essentiel. La contrition – un mot d’ailleurs inventé par l’Église – pourrait être qualifiée de « bonne » culpabilité. Elle est bien représentée par saint Pierre : malgré son triple reniement au soir de la Passion, il redit au Christ son amour à trois reprises après la Résurrection et est relevé. À l’inverse, la « mauvaise » culpabilité est la conscience du péché mais vécue sans l’amour de Dieu. Judas en est un exemple tragique : avec la vive conscience de son péché – réalisant la gravité de son acte, il va rendre l’argent de la trahison au Temple de Jérusalem –, mais il est séparé de Jésus et des apôtres et sombre dans le désespoir jusqu’à se suicider. En confession, beaucoup arrivent avec cette culpabilité morbide et notre rôle est de les aider à s’ouvrir à l’amour de Dieu. On vient demander pardon pour ses péchés et l’on s’engage à progresser, point. Tout autre sentiment culpabilisant ne vient pas de Dieu. Saint Paul l’exprime très clairement : « Car une tristesse vécue selon Dieu produit un repentir qui mène au Salut, sans causer de regrets, tandis que la tristesse selon le monde produit la mort » (2 Co 7, 10). La contrition vient de Dieu et la culpabilité de Satan qui nous mène au désespoir et au découragement. Et ces deux sentiments peuvent malheureusement habiter le cœur de certains fidèles.
P. N.-D. – Vous avez été chargé par l’archevêque de Paris de mettre en place la pénitencerie diocésaine. Quel sera son rôle et à quels besoins pastoraux répond-elle ?
J.-M. P. – Depuis novembre 2024, à la suite de l’assemblée plénière des évêques de France, chaque diocèse est invité à mettre en place une pénitencerie diocésaine. Il s’agit d’un nouvel organe au service de la promotion du sacrement de pénitence et de réconciliation et de la formation des confesseurs et des fidèles. S’il existe déjà un chanoine pénitencier – une fonction tombée peu à peu en désuétude –, la pénitencerie marque aujourd’hui une relance pastorale forte. À Paris, la formation continue pour les prêtres débutera en septembre, à raison de trois rencontres par an, à St-Louis-d’Antin (9e), lieu historique de confession dans le diocèse et où existe déjà une formation spécifique pour les confesseurs. La mise en œuvre de cette pénitencerie est accompagnée par Mgr Philippe Marsset, évêque auxiliaire, et un nouveau chanoine pénitencier sera prochainement nommé par l’archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich. La pénitencerie comptera notamment deux missionnaires de la Miséricorde, un théologien, un canoniste et deux fidèles laïcs – un homme et une femme. Comme l’écrivait dans les années 1980 le P. Bernard Bro, dominicain : « On demande des pécheurs et on demande des confesseurs. » Il pointait déjà ce double enjeu : il est souvent difficile de se reconnaître pécheur mais, dans bien des paroisses, le sacrement de confession a quasiment disparu. Nombreux sont les prêtres qui n’en parlent jamais dans leurs homélies ou ne proposent à leurs paroissiens qu’un seul créneau hebdomadaire pour se confesser. La pénitencerie aura donc une mission claire : remettre au cœur de la vie chrétienne la miséricorde de Dieu à travers ce sacrement, aussi bien dans la parole des prêtres que dans la vie des communautés et la formation des laïcs.
P. N.-D. – En quoi consistera cette formation ?
J.-M. P. – La formation des laïcs visera d’abord à mieux faire connaître ce qu’est réellement le sacrement de pénitence et de réconciliation, son sens, son déroulement et les attitudes attendues de part et d’autre. Il est important que les fidèles soient formés pour vivre ce sacrement en toute liberté, dans un climat de confiance et de respect. À la suite du rapport de la Ciase, en 2021, une commission nationale a travaillé sur ce sujet afin de prévenir toute forme d’abus – spirituel ou sexuel – dans le cadre de la confession ou de l’accompagnement. Certaines dérives existent, parfois sous des formes très subtiles : des questions intrusives ou une posture inadaptée du prêtre peuvent créer un malaise ou une emprise psychologique. Le pape François le rappelle avec force : « La confession n’est pas une salle de torture. » Le rôle du prêtre est de servir la miséricorde, non de contrôler ou d’interroger de façon indiscrète. Il est donc essentiel que les fidèles sachent repérer ce qui est juste et puissent signaler tout comportement problématique. Mais au-delà de cette vigilance, la formation aura aussi pour but de remettre le pardon au cœur de la vie chrétienne. Il n’est pas réservé au confessionnal mais est un appel pour tous les baptisés. Saint Paul encore l’écrivait en son temps : « Pardonnez-vous mutuellement si vous avez des reproches à vous faire. Le Seigneur vous a pardonnés : faites de même » (Col 3, 13). Il s’agit de redécouvrir le pardon comme un chemin de liberté et de vie.
P. N.-D. – Le pape François insiste sur l’importance de la miséricorde et du pardon. Voyez-vous une évolution dans la manière dont les fidèles, notamment les jeunes, s’approchent de la confession aujourd’hui ?
J.-M. P. – Chaque dimanche soir, la confession est proposée à St-Louis-d’Antin jusqu’à 22h et de nom-breux jeunes y viennent, avant ou après leur messe. Cette génération semble avoir saisi l’importance de cette démarche. Nous sommes une trentaine de prêtres à nous relayer pour confesser et sommes souvent impressionnés par la sincérité des fidèles, en particulier ces jeunes très engagés dans leur foi. Il y a aussi les « recommençants » qui, baptisés dans l’enfance, reviennent adultes vers l’Église et demandent la confirmation. Leur décision de se confesser avant de recevoir ce sacrement manifeste une véritable ouverture du cœur. Nous avons sans doute perdu beaucoup de fidèles ces dernières années mais ceux qui se présentent à nous le font avec une grande authenticité.
Propos recueillis par Mathilde Rambaud

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