Visite du Pape du Paris : la messe solennelle en pleine préparation

Paris Notre-Dame du 3 septembre 2026

Les 24 et 25 août, une délégation romaine, pilotée par Mgr Diego Ravelli, maître des célébrations liturgiques pontificales et responsable du chœur de la chapelle Sixtine, s’est rendue à Paris pour finaliser les derniers détails des célébrations pontificales à venir.

La maison Vuillaume travaille sur les ornementations et broderies des chasubles et des dalmatiques.
© Dylan Guidez / Diocèse de Paris

Choix des chants, de l’animation musicale, des lectures et du formulaire de la messe, réflexions sur le mouvement de communion, les sacristies, les fleurs, le cahier des charges et le dispositif scénique, création des habits liturgiques – dont la chasuble du Saint-Père –, conception du podium, de l’autel et de l’ambon, tout en prenant en compte les contraintes du lieu et la sécurité des personnes… les chantiers ne manquent pas pour rendre possible la célébration, par Léon XIV, de la messe solennelle sur la place de la Concorde et les Champs-Élysées, le samedi 26 septembre. Un travail d’équipe – et même d’équipes ! – constituée et coordonnée, pour le volet « liturgie », par le P. Guillaume Normand, vice-recteur de la cathédrale, nommé, le 31 mai dernier par l’archevêque de Paris, responsable de la liturgie pontificale de la messe et des vêpres. Entretien.Propos recueillis par Charlotte Reynaud

Paris Notre-Dame – Quelle a été la première étape dans la préparation de la messe solennelle ?

Le P. Guillaume Normand est vice-recteur de Notre-Dame de Paris et responsable de la liturgie pontificale de la messe et des vêpres.
© D.R.

Guillaume Normand – L’organisation d’un tel événement s’appuie sur quatre volets, portés chacun par une équipe : la liturgie, la musique, la paramentique et la logistique. Si ce dernier volet est confié à Nicolas Fels, je suis plus directement chargé des trois autres. Dès le mois de juin, j’ai donc constitué ces différentes équipes, en commençant par l’équipe liturgique afin d’élaborer le dispositif d’ensemble pour les vêpres et la messe solennelle. Pour cela, je me suis entouré de cinq personnes : le P. Marco Gallo, directeur de l’Institut supérieur de liturgie (ISL) à l’Institut catholique de Paris ; le P. Pascal Thuillier, professeur à l’ISL, déjà sollicité lors de la visite de Benoît XVI en 2008 ; Bernadette Mélois, actuellement au Service de la commission épiscopale pour les traductions liturgiques et enseignante à l’ISL ; le P. Bertrand Dufour, chapelain à Notre-Dame de Paris, particulièrement en charge de la liturgie ; et, enfin, le P. Louis de Frémont, enseignant au Collège des Bernardins et membre d’un groupe de recherche en théologie sacramentaire à la Faculté Notre-Dame. Ensemble, nous avons travaillé sur les formulaires de célébration proposés au Saint-Père, élaboré un cahier des charges pour la constitution de l’espace scénique et liturgique place de la Concorde, rédigé les intentions de la prière universelle, réfléchi sur le dispositif de la communion – car cela ne s’improvise pas, vue l’affluence prévue –, l’organisation des sacristies, les différents ministres ou intervenants à solliciter pour les lectures, la procession de l’offertoire, etc. Les chantiers étaient nombreux !

P. N.-D. – Comment avez-vous procédé ?

G. N. – La première question est de savoir ce que l’on célèbre. Le 25 septembre est une férie du temps ordinaire et le 26, la mémoire facultative de saint Côme et saint Damien. Autrement dit, le calendrier liturgique laissait une certaine marge de manœuvre. La première célébration du Saint-Père se déroulant, le vendredi soir, à Notre-Dame, nous avons tout naturellement proposé à Rome de célébrer des vêpres solennelles en l’honneur de la Vierge Marie, par ailleurs patronne principale de la France ; cela a été aussitôt accepté. Il nous a semblé alors cohérent de choisir, pour le 26 septembre, une messe en l’honneur de la Vierge Marie, le samedi étant le jour traditionnellement marqué par la dévotion mariale. Avec l’équipe liturgique, nous avons donc cherché, dans le recueil des Messes en l’honneur de la Bienheureuse Vierge Marie, le formulaire qui se rapprochait le plus du thème du voyage : « Pour que le monde ait la vie. » Notre regard s’est tourné vers la messe dite « Fons Salutis » [Fontaine du Salut, NDLR], dont les oraisons manifestent cette dimension. Ainsi, la collecte évoque « cette source de vie » qui produit « en abondance les fruits de l’Esprit Saint », et l’oraison conclusive, « une source jaillissant pour la vie éternelle ». Les différents textes – ainsi que la première lecture (Ezéchiel 47) – établissent un rapport entre la vie, la fécondité, l’eau qui assainit et donne la vie…Une fois ces différentes propositions validées par le Saint-Siège, nous avons pu avancer sur tous les autres sujets, notamment ceux qui concernent la musique liturgique et la paramentique.

P. N.-D. – Concernant les habits liturgiques, que portera le Saint-Père ?

G. N. – Toute venue du Saint-Père donne généralement lieu à une création spécifique. L’équipe parisienne en charge de la paramentique – sous la conduite de la Commission diocésaine d’art sacré du diocèse de Paris – a fourni un gros travail de création et de dessin pour l’ensemble des chasubles, dalmatiques et étoles qui seront portées pour la messe. Une fois ce travail de création abouti et validé, la réalisation des chasubles et des mitres des évêques, ainsi que des étoles des diacres et des prêtres, a été prise en charge par la Conférence des évêques de France. Au diocèse de Paris incombe la confection de sept pièces : la chasuble du Saint-Père, celles des deux évêques concélébrants principaux – Mgr Laurent Ulrich et le cardinal Jean-Marc Aveline – et les dalmatiques des quatre diacres. Parmi les principes directeurs de ce projet, il y a la volonté très nette de mettre en lumière le savoir-faire français dans la réalisation des différentes pièces, que nous avons confiée aux maisons Chéret – pour les chasubles, dalmatiques et la mitre du Saint-Père – et Vuillaume, pour tout ce qui est ornementations et broderies.

P. N.-D. – Quels éléments ont guidé la création ?

G. N. – Nous ne pouvons rien dévoiler avant la messe, si ce n’est le fait que nous célébrerons en blanc et que l’ornementation des chasubles fait écho – tout en convenant en toutes circonstances – aux lectures choisies pour la messe, avec ce thème de la source d’eau vive, de la vie suscitée par le feuillage qui ne se flétrit pas…

P. N.-D. – Pour l’animation musicale, quels choix ont été posés ?

G. N. – Concernant la musique liturgique, je me suis entouré, là encore, d’une équipe opérationnelle, dans la mesure où tous mettront leur talent à contribution pour la messe présidée par le pape : Karol Mossakowski, organiste de St-Sulpice ; Laëtitia Trouvé, chef d’orchestre et de chœur ; Bruno Belliot, directeur de l’Académie de musique et d’arts sacrés de Sainte-Anne-d’Auray, en Bretagne ; Frédéric François-Endelmont, responsable du chœur diocésain de Paris. Ensemble, nous avons élaboré le dispositif général, la mise en œuvre instrumentale – en l’occurrence, orgue et octuor de cuivres – une proposition de programme, ainsi que tout ce qui concerne les arrangements musicaux, le calendrier et lieu des répétitions, les livrets de partitions… L’enjeu, ou plutôt le défi, est d’assurer une animation liturgique à la hauteur de l’événement en un temps record de répétitions, tout en faisant chanter une immense assemblée. Une idée s’est alors vite imposée : faire appel à trois niveaux de chœur. Un chœur pilote, confié à une maîtrise ; un chœur polyphonique de 150 personnes ; enfin, un ensemble de plus de 1 000 choristes qui chantera à l’unisson, afin d’être la courroie d’entraînement pour cette assemblée d’un demi-million de personnes. La maîtrise choisie pour le chœur pilote est celle de Saint-Anne-d’Auray, qui compte près d’une centaine de jeunes choristes et qui est réputée pour la très grande qualité de son travail, primé par la Fondation Bettencourt ; elle a également l’habitude des grandes célébrations en plein air puisqu’elle anime, chaque année, le Grand Pardon. Le chœur polyphonique s’est constitué à partir des ressources franciliennes, pour des commodités de rassemblement et de répétition. Quant aux choristes à l’unisson, nous avons fait appel aux chœurs diocésains de la France entière. C’est un grand défi de faire chanter toutes ces personnes ensemble, avec seulement deux répétitions en tutti, juste avant le jour J. Ce dispositif à trois chœurs permet une grande simplicité et efficacité dans la mise en œuvre, pour obtenir, en un temps d’assemblage minimal, un beau résultat à la hauteur de cet événement.

P. N.-D. – Au-delà de cet aspect pratique des répétitions, quel est l’intérêt de ces trois niveaux de chœur ?

G. N. – Les différents chœurs ne seront pas tous sollicités au même moment, ce qui permet de jouer sur les contrastes d’intensité et de puissance : certaines parties seront chantées en tutti, d’autres en polyphonie, à l’unisson, avec une voix seule, ou par les voix d’enfants de la maîtrise uniquement… Cette alternance est bienvenue, non seulement pour offrir les espaces de repos nécessaires à la maîtrise, mais aussi pour accompagner les différents moments de la messe : ainsi, l’entraînement et la joie du chant d’entrée contrasteront avec le recueillement du psaume ou de l’offertoire, ou encore avec ce mélange d’intériorité et d’expression de la communion manifesté au moment de l’eucharistie.

Les 24 et 25 août, une délégation romaine, pilotée par Mgr Diego Ravelli, maître des célébrations liturgiques pontificales et responsable du chœur de la chapelle Sixtine, s’est rendue à Paris pour finaliser les derniers détails des célébrations pontificales à venir. Ici, place de la Concorde.
© Charlotte Reynaud / Diocèse de Paris

P. N.-D. – Concernant l’ensemble des 1 000 choristes à l’unisson, pourquoi avoir fait appel aux chœurs diocésains de France ?

G. N. – Cette messe, célébrée à Paris, est un événement national. Dès lors, il est important d’associer tous les diocèses de France. C’est un beau symbole. D’autant plus que les chœurs diocésains mobilisent des personnes qui sont très fidèles et se réunissent tout au long de l’année pour animer les temps forts de leur Église locale : messe chrismale, confirmations, appels décisifs des catéchumènes, ordinations, etc. Faire appel à eux, c’est aussi une manière de mettre en lumière cette réalité parfois méconnue. J’espère aussi que cette proposition aura un effet d’entraînement après la messe, et permettra de soutenir ou relancer l’activité d’un chœur diocésain. Plusieurs retours de chefs de chœur manifestent déjà combien ce beau projet a permis de fédérer, de dynamiser ou de relancer leur groupe.

P. N.-D. – Combien de chœurs diocésains ont rejoint cette aventure ?

G. N. – Ils sont trente-quatre, ce qui est un beau chiffre compte tenu du fait qu’une vingtaine de diocèses se mobilisent déjà sur les autres célébrations du pape et des délais assez courts pour se rassembler et répéter. L’invitation leur a été faite fin juin, par leur évêque.

P. N.-D. – Comment les chants ont-ils été choisis ?

G. N. – L’un des critères était d’avoir des chants dont la ligne mélodique et rythmique fonctionne pour une immense assemblée. Comme nous l’avons dit, il y a une alternance entre les parties chantées par l’ensemble des fidèles et les pièces de répertoire, davantage confiées aux chœurs pilote et polyphonique, qui permettent à l’assemblée d’entrer dans la méditation. Pour les pièces de répertoire, nous avons choisi dans le répertoire français, à dessein : des grands classiques – comme le Kyrie de Gabriel Fauré – et des compositions plus contemporaines, autour de psaumes (115 et 41) pour l’offertoire et la communion. Le refrain du psaume a été composé pour l’occasion par Karol Mossakowski, organiste, qui a l’habitude de créer pour la liturgie à St-Sulpice et a cette expérience de savoir ce qui fonctionne pour de grandes assemblées. Il y aura aussi du grégorien, avec le Gloria de la Messe des anges, le Pater Noster et le Salve Regina. Pour les autres chants, nous avons choisi des classiques, comme le Sanctus de Saint-Séverin, l’Alléluia de Schütz, ou encore, pour la communion, C’est toi, Seigneur, le pain rompu… un chant tellement connu qu’il sera repris par tous les fidèles. Et il y a quelque chose de beau dans le fait que la communion sacramentelle va s’exprimer aussi à travers ce chant, dans la communion des voix.

P. N.-D. – Il y a donc une grande variété de répertoire…

G. N. – Notre ligne directrice est de puiser largement dans la richesse du répertoire français, dans le trésor commun de la tradition de l’Église qui se manifeste aussi bien à travers le chant grégorien que dans le répertoire des compositeurs français, et notamment des XIXe, XXe et même XXIe siècles, pour le psaume et l’offertoire. En cela, nous suivons les indications données par le Bureau des célébrations liturgiques : « On accordera une place adéquate au chant grégorien et à la polyphonie afin de garantir une participation effective et affective, tant vocale qu’intérieure, et assurer un équilibre entre les différentes formes musicales, y compris la musique populaire. »

La maîtrise de Sainte-Anne d’Auray a été choisie comme chœur pilote pour le messe pontificale.
© Hervé Mahé

P. N.-D. – Comment ont été choisies les différentes personnes impliquées dans cette liturgie ?

G. N. – Cette messe est l’occasion de mettre en lumière différents aspects de la vie du diocèse de Paris. Ainsi, la personne qui proclamera la première lecture se forme actuellement en théologie à la Faculté Notre-Dame, au Collège des Bernardins. Le service du catéchuménat a choisi cinq néophytes, qui liront les intentions de prière universelle. Le pôle solidarité, le service des communautés d’origine étrangère et l’Ordinariat des catholiques des Églises orientales résidant en France ont appelé les personnes qui participeront à la procession des offrandes. Des séminaristes de sept diocèses de France et du Vietnam, en formation au Séminaire de Paris, assureront le service de l’autel. Par ailleurs, 400 servants et servantes de messe venus de toute la France seront présents, dans leur tenue de service, à proximité de l’espace liturgique, et parmi eux, 6 jeunes porteurs de trisomie 21 de la Fondation Jérôme Lejeune.

P. N.-D. – La place de la Concorde n’est pas, a priori, un lieu prévu pour la messe. Quelles ont été vos lignes directrices concernant le podium qui accueillera l’autel ?

G. N. – Nous avons pu, fort heureusement, bénéficier de l’expérience romaine qui a l’habitude de ces grandes célébrations en plein air, dans un lieu où rien n’est prévu pour la liturgie. La réalisation du podium a été confiée à GL Events, à qui nous avons donné de nombreuses indications afin de manifester, même pendant les heures d’attente où il n’y aura pas le pape, qu’ici serait célébrée la messe. Une grande croix dorée de plus de quatre mètres de haut sera suspendue sous le faîte de la tente. Le fond de l’espace liturgique reproduit la structure de la rosace sud de la cathédrale Notre-Dame, parée du décor des voûtes dessiné par Eugène Viollet-le-Duc. Les fidèles reconnaîtront sans doute la statue de la Vierge à l’Enfant en argent, offerte par Charles X en 1826, et qui est utilisée chaque année lors de la procession du 15 août à Notre-Dame. Par ailleurs, nous nous sommes montrés particulièrement attentifs à plusieurs points. En premier lieu, les dimensions de l’autel, pour être à l’échelle de l’espace liturgique et permettre à la centaine d’évêques présents de communier. Ensuite, à la correspondance entre l’autel et l’ambon, afin de manifester le lien qui existe entre la table de la Parole et la table eucharistique. Nous avons aussi souhaité matérialiser au sol l’espace sacré incluant l’autel, l’ambon et la statue de la Vierge, afin que cet espace liturgique soit visible et compréhensible, non seulement sur le podium, mais aussi pour les gens qui regarderont sur les écrans, qu’ils soient sur les Champs-Élysées ou chez eux. Enfin, la décoration florale a été confiée à la fondation Apprentis d’Auteuil.

P. N.-D. – À moins d’un mois de l’événement, quel est votre état d’esprit ?

G. N. – Je suis très heureux de participer au travail des équipes qui s’investissent sur ce projet depuis plusieurs mois et qui déploient une énergie phénoménale pour accueillir le Saint-Père et toutes les personnes qui viendront participer à cette messe. Un investissement à la mesure de l’enthousiasme qui se manifeste déjà au vue des plus de 450 000 inscriptions pour la messe solennelle !

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