« Faire de ce voyage une magnifique rencontre »
Paris Notre-Dame du 16 juillet 2026
Paris se prépare. Depuis l’annonce officielle, mi-mai, de la venue de Léon XIV en France fin septembre, les équipes parisiennes dédiées à l’organisation travaillent d’arrache-pied et contre le temps – quatre mois seulement – pour faire de cet événement, très attendu, un moment de joie et de ferveur. Choix des lieux de célébration et de déambulation, logistique d’accueil et contraintes liées à la sécurité, liturgie et paramentique, podiums et décors, mobilisation des bénévoles et appel aux dons… Les défis sont nombreux à relever.
Chaque semaine, le comité de pilotage – une vingtaine de personnes à grande majorité bénévoles – se réunit dans une ambiance studieuse sous la houlette de Hervé Wattecamps, coordinateur général nommé par l’archevêque, afin de faire le point sur les nombreux sujets à traiter avec, pour feuille de route, l’ambition d’accueillir au mieux le pape, mais aussi le plus grand nombre de pèlerins. Leur objectif : faire de cette visite l’occasion d’une rencontre.
Paris Notre-Dame – Vous êtes coordinateur général de la visite apostolique de Léon XIV à Paris. Comment se sont passées les dernières semaines et quelle est votre feuille de route ?
Hervé Wattecamps – L’archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich, m’a appelé dès l’annonce officielle du voyage apostolique de Léon XIV en France, mi-mai. C’est une preuve de confiance, que j’ai reçue avec reconnaissance. J’ai accepté très rapidement cette mission que je sais compliquée, car il s’agit d’organiser un événement extraordinaire dans des délais extrêmement courts, sur un temps de visite très contraint ; une journée et demie à Paris, cela demande un timing précis ! Mettre sur pied ce voyage, c’est créer une entreprise éphémère de quatre mois, avec un comité de pilotage formé aux trois-quarts de bénévoles, dans un espace-temps où il y a les vacances estivales. Il fallait donc trouver des gens volontaires, motivés, compétents et capables de donner du temps pendant une période souvent sanctuarisée pour le repos. Cela a mis presque un mois à constituer cette équipe définitive, mais elle réunit aujourd’hui des personnes de tous âges et tous horizons, ce qui est très enrichissant. Par ailleurs, cette entreprise éphémère, au départ sans capital social, devra en élaborer un à hauteur de plus de dix millions d’euros. Avec ce défi : faire en sorte – grâce à des collectes et au mécénat – que le diocèse ne soit pas endetté après cet événement, même s’il va y contribuer énormément. Notre chance est de pouvoir s’appuyer, pour la plus grande part, sur les bénévoles du comité, mais aussi sur les structures existantes du diocèse, à savoir le service de la Communication et la Direction générale des Affaires économiques (DGAE). Autant de gens qui donnent de leur temps, au-delà du travail courant, pour faire de cette rencontre une réussite.
P. N.-D. – Combien de personnes travaillent dans cette entreprise éphémère ?
H. W. – Si l’on se focalise sur le comité de pilotage, nous sommes une vingtaine ; ensuite, chacun a constitué sa propre équipe pour travailler sur les différents sujets. Pour chaque site – Notre-Dame de Paris, la Concorde et le Stade de France –, il y a un trinôme : un prêtre pour la liturgie et le contenu ; un responsable de l’organisation du lieu, qui va travailler essentiellement avec l’agence événementielle retenue, GL Events ; et une personne chargée de la sécurité, qui travaille en lien avec la Préfecture de police de Paris, avec qui les relations sont par ailleurs excellentes, comme avec la Mairie de Paris.
P. N.-D. – L’une de vos premières prises de parole concerne le besoin de 10 000 bénévoles. Où en est-on ?
H. W. – En réalité, on vise désormais 12 000 bénévoles. Le taux de retour de mobilisation est extrêmement fort et on s’attend, notamment pour la messe sur les Champs-Élysées et la Concorde, a une assemblée d’au moins 500 000 personnes. Bien sûr, ce sont des estimations, mais ce chiffre est néanmoins assez crédible, ce qui nécessite évidemment plus de bénévoles qu’imaginé initialement. Plus de 5 000 bénévoles se sont déjà préinscrits sur la plateforme prévue et nous reviendrons vers eux d’ici quelques semaines pour préciser leurs missions.
P. N.-D. – D’où viennent ces estimations ?
H. W. – C’est d’abord, et avant tout, le succès et la forte mobilisation constatés lors du voyage apostolique en Espagne. En 2008, Benoît XVI avait rassemblé 270 000 personnes pour la messe aux Invalides. Plusieurs signaux nous permettaient de viser un peu plus, autour de 400 000, mais après l’Espagne, nous avons encore remonté l’estimation. Et plus nous aurons de pèlerins – ce que nous espérons ! –, plus le coût sera important.
P. N.-D. – Vous avez donné un chiffre : au-delà des dix millions d’euros… Qu’est-ce qui explique ce budget élevé ?
H. W. – L’organisation implique de nombreux coûts et les montants ne sont pas les mêmes pour une foule de 300 000 ou 500 000 personnes. Cela nécessite plus de moyens techniques, de postes de secours, de points de filtrage, de toilettes, etc. Mais aussi des écrans géants, une sonorisation incroyable, un pôle média pour accueillir des journalistes et permettre la télédiffusion... Autant d’éléments qui permettent de relayer la parole du pape au plus grand nombre. Tout cela a un prix certain. Par ailleurs, et depuis quelques années maintenant, la France est sous le régime de l’alerte attentat en termes de sécurité, ce qui nécessite beaucoup plus de moyens et entraîne des restrictions en matière de mobilité. D’où l’importance de travailler de concert avec la Préfecture de police, qui est le garant de la sécurité du pape et des pèlerins. Concernant le voyage en lui-même, le principe retenu, avec l’archevêque de Paris, est celui d’une certaine sobriété. Pour autant, c’est une grande joie et un grand honneur de recevoir le pape. Nous avons à cœur qu’il soit très bien accueilli, à la fois par la beauté de ce qui sera proposé – au niveau de la liturgie et de la paramentique – mais aussi par le nombre de la foule. Nous voulons que le pape puisse être au plus près des personnes, afin que toutes celles qui le souhaitent puissent le voir, être bénies et surtout, écouter ses messages. D’où ces deux séquences de déambulation en papamobile ; le vendredi, l’itinéraire n’est pas entièrement défini, mais il finira par le boulevard et la place Saint-Michel, avant de rejoindre Notre-Dame ; et samedi, le long des Champs-Élysées, pour arriver jusqu’à la place de la Concorde. Ces deux moments lui permettront d’être accueilli comme il se doit en tant que chef de l’Église par les paroisses de Paris et de région parisienne, les diocèses de France, les Parisiens et les touristes présents, etc. Chacun se rappelle avoir vu, à un moment donné dans sa vie, le pape. C’est un souvenir qui reste gravé dans les mémoires. C’est ce que nous voulons permettre. Cette volonté est un point clé de la construction de l’événement.
P. N.-D. – Vous avez évoqué l’appel aux dons. Comment procédez-vous ?
H. W. – Un appel aux dons a été lancé par la Conférences des évêques de France (CEF), et par chaque évêque des diocèses « accueillant », comme celui de Paris. On s’appuie sur des collectes, le mécénat, mais aussi des quêtes qui seront organisées en région parisienne, en septembre. Chaque don compte, et chacun peut contribuer à hauteur de ses moyens sur les plateformes en ligne. Mais nous avons aussi besoin du soutien de grands mécènes, car aujourd’hui, on ne peut pas imaginer faire quelque chose de grand et d’important sans le concours des plus fortunés. Le coût de ce voyage est entièrement à la charge de l’Église, et plus précisément de chaque diocèse invitant. À Paris, cela représente un budget important. La CEF prend cependant à sa charge une partie, à savoir ce qui concerne la délégation papale et celle des évêques.
P. N.-D. – Concernant le programme, quels sont les éléments arrêtés à l’heure actuelle ?
H. W. – Le pape arrivera à Paris le vendredi 25 septembre, en milieu de matinée. Il sera d’abord accueilli à l’Élysée, avant une rencontre à l’Unesco en début d’après-midi. Il y a comme deux voyages : une visite apostolique en France, dans trois villes, et une réponse à l’invitation du directeur général de l’Unesco. Après cette séquence, commencera alors la partie parisienne à proprement parler, autour de quatre temps : les vêpres à Notre-Dame de Paris – pour les prêtres et les personnes consacrées – précédées d’une déambulation dans la capitale ; une veillée pour les jeunes, le vendredi soir, au Stade de France ; le samedi matin, une visite de l’Institut catholique de Paris, avec un temps autour de l’Assemblée ecclésiale provinciale ; et enfin, l’après-midi, la messe solennelle célébrée place de la Concorde.
P. N.-D. – Pourquoi le choix de ces trois lieux : Notre-Dame de Paris, le Stade de France et la place de la Concorde ?
H. W. – C’est d’abord une grande joie, car ces trois lieux sont incroyables et emblématiques. D’abord, les vêpres à Notre-Dame de Paris. C’est une étape assez naturelle, car je crois que le pape est vraiment très heureux de pouvoir y venir, y prier et s’adressera tous les prêtres et personnes consacrées dans ce lieu qui dépasse la capitale, et même la France. Pour la veillée, on a choisi le Stade de France qui, comme son nom l’indique, invite toute la jeunesse de France. C’est le plus grand stade de l’Hexagone, ce qui manifeste notre ambition et notre volonté de pouvoir recevoir le maximum de jeunes autour du pape. Et enfin, le troisième lieu, les Champs-Élysées, la plus belle avenue du monde, connue de tous ; qu’il y ait une messe dite en ce lieu porte quelque chose d’universel et de magnifique.
P. N.-D. – La messe sera célébrée sur la place de la Concorde, qui n’est pas un lieu neutre …
H. W. – Précisément, cette place s’appelle la Concorde. Avant la Révolution française, c’était la place Louis XV, un lieu important dans Paris. Pendant la Terreur, elle a été le théâtre de dix- huit mois de violence, avec de nombreuses personnes guillotinées, dont le roi Louis XVI et la reine de France, Marie-Antoinette. Cela ne s’oublie pas. Et puis, dès 1795, elle a pris le nom de Concorde, pour manifester la volonté des Français de renouer avec la paix. Elle s’appelle ainsi depuis très longtemps maintenant. Et je trouve ce terme très beau, comme le lieu. Célébrer une messe place de la Concorde, c’est aussi le symbole positif et beau d’une réconciliation, d’un peuple qui n’oublie pas son histoire mais continue d’avancer ensemble.
P. N.-D. – Quand aura-t-on le programme définitif ?
H. W. – La Secrétairerie d’État effectuera sa seconde visite les 22 et 23 juillet à Paris. Le programme définitif sera vraisemblablement donné par le Vatican fin juillet, début août. Le Saint-Père aura alors validé tous les détails du voyage. Bien évidemment, nous avons déjà commencé à travailler d’arrache-pied avant d’avoir le déroulé complet.
P. N.-D. – Dans la presse, une visite à la maison médicale Jeanne Garnier a été évoquée puis écartée. Est-ce que Léon XIV s’exprimera finalement sur la fin de vie ?
H. W. – Le pape s’exprimera en effet sur le sujet de la fin de vie, mais à Lourdes (Hautes-Pyrénées), au milieu des malades et des personnes âgées.
P. N.-D. – Est-ce que vous avez déjà un retour sur la mobilisation des diocèses de France ?
H. W. – La plupart des diocèses commencent à s’organiser. Ce qui est certain, c’est que toute la France sera à Paris. Cela s’explique par les facilités de transport, notamment les lignes ferroviaires, qui convergent vers Paris. Notre pays est très centralisé et il est plus facile, pour un Marseillais, de rejoindre la capitale que la ville de Lourdes ou de Metz (Moselle). Cet engouement se manifeste aussi par une forme de solidarité organisationnelle qui se met en place, notamment pour les jeunes qui ont prévu de participer à la veillée le vendredi soir. Certains viendront de loin et des paroisses se mobilisent déjà pour les héberger. C’est en train de se mettre en place et c’est beau. Nous avons des premières remontées chiffrées des diocèses, mais le moyen le plus efficace pour une estimation fine se fera grâce à la billetterie, qui va ouvrir autour du 27 juillet et qui sera totalement gratuite.
P. N.-D. – Pourquoi le choix d’une billetterie ?
H. W. – Ce système d’inscription permet d’avoir une estimation précise de la motivation des gens à venir voir le pape. Cela nous permet de mieux nous organiser en interne sur le périmètre réservé. Par exemple, pour la veillée des jeunes – sur la tranche d’âge de 17 à 35 ans –, l’inscription garantit une place au sein du Stade de France, qui peut accueillir jusqu’à 80 000 personnes, mais pas plus. Pour les vêpres à Notre-Dame de Paris, c’est pareil : les places sont limitées. Le système de billetterie nous permettra d’être certain d’accueillir tout le monde, ou, s’il n’y a plus de place, de prévoir un autre lieu de rassemblement, à savoir l’église St-Sulpice (6e) .
P.N.-D. – Est-ce que la billetterie est individuelle ou en groupe ?
H. W. – Ce sera une démarche individuelle. Mais lors de l’inscription, on pourra indiquer l’aumônerie, le diocèse ou la paroisse auxquels on souhaite être rattaché. Et nous ferons en sorte de pouvoir réunir les grands groupes, les mouvements diocésains, les associations, etc. Aujourd’hui, ce que nous remarquons en nous appuyant sur les retours des bureaux de pèlerinage diocésains, c’est qu’une majorité de personnes envisage plutôt de venir seul ou en famille, et pas forcément en groupe, malgré les facilités des cars ou des trains spéciaux. Notre objectif est de mettre tout en œuvre pour accueillir tout le monde, du mieux possible, et nous dépensons une grande énergie sur l’accueil et la fluidité pour l’accès aux différentes séquences en présence du pape, notamment grâce aux deux pôles dédiés : « mouvement mobilisation » et « accueil et flux ». P. N.-D. – Et concernant l’accueil des personnes fragiles ? H. W. – Il y aura, bien sûr, des zones réservées pour les personnes malades, en situation de handicap, en grande fragilité et en précarité, que ce soit pour la messe ou pour la veillée des jeunes. C’est vraiment une volonté de l’archevêque de Paris, comme il l’avait souhaité pour la réouverture de Notre-Dame de Paris, en 2024.
P. N.-D. – Quelles sont les prochaines étapes ?
H. W. – Pour nous, la grande aventure commence dès aujourd’hui. Il y aura, fin juillet, l’ouverture de la billetterie, qui permettra de savoir combien de personnes s’inscrivent. C’est une étape importante. Mais dès à présent, nous travaillons tous les jours avec l’entreprise GL Event pour commencer à construire les podiums, le schéma d’ensemble sur les flux et la logistique d’accueil. Une multitude de détails est en train de se concrétiser sous nos yeux. Parmi les choses réjouissantes, il y a cette perspective des chœurs : 2 000 chanteurs pour la veillée des jeunes et 2 000 autres pour la messe, venant de tous les chœurs diocésains de France. Cela montre notre souhait de rassembler toute la France à Paris. L’autre grande étape, c’est la visite de la Secrétairerie d’État, fin juillet, qui nous permettra d’identifier tout ce qui pourrait contre- dire la fluidité du voyage. Notre objectif est d’alléger le pape de toute contrainte organisationnelle pour qu’il puisse délivrer son message au plus grand nombre.
P. N.-D. – Un mot pour conclure ?
H. W. – Nous allons vivre un moment exceptionnel, qui restera gravé dans nos mémoires et suscitera, je l’espère, de nombreuses vocations. C’est aussi le but de ces voyages : motiver la jeunesse, redonner beau- coup d’espérance, etc. Notre ambition est que tous ceux qui viendront – qu’ils soient catholiques ou non, touristes, Français, Parisiens, Franciliens – repartent avec le sentiment d’avoir vécu un moment rare et précieux. Et malgré les difficultés, je reste serein, parce que nos équipes, avec l’appui de l’archevêque, sont soudées autour de cette volonté commune de faire de ce voyage une magnifique rencontre.
Propos recueillis par Charlotte Reynaud
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