Béatification : Les martyrs de l’apostolat
Paris Notre-Dame du 4 décembre 2025
I. Martyrs de l’apostolat
Interview : « La témérité de l’amour »
Le 20 juin 2025, le pape Léon XIV a signé le décret du dicastère des Causes des saints reconnaissant le martyre de cinquante Français morts en haine de la foi sous le régime nazi en 1944 et 1945. À quelques jours de la messe de béatification, qui aura lieu le samedi 13 décembre à Notre-Dame de Paris, rencontre avec le P. Bernard Ardura, président émérite du Comité pontifical pour les sciences historiques et postulateur de la cause des cinquante martyrs de l’apostolat.
Focus : Fidèles serviteurs
Ils seront cinquante martyrs, victimes de la persécution nazie, à être béatifiés à Notre-Dame ce 13 décembre, lors d’une célébration présidée par le cardinal Jean-Claude Hollerich, archevêque de Luxembourg. L’aboutissement d’un long travail de recherches, d’études et de collectes de témoignages, commencé dans les années 1980, pour honorer la mémoire de ces martyrs de l’apostolat, donnés en exemple aux fidèles quatre-vingts ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale.
II. Le STO, une histoire française
Interview : Les oubliés du STO
Historien spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, Raphaël Spina, normalien et agrégé, a consacré sa thèse de doctorat, couronnée par le prix de la Fondation Stéphane Bern, à l’histoire du Service du travail obligatoire. Il revient sur les origines de ce recrutement forcé et sur l’histoire des cinquante martyrs qui ont payé de leur vie leur foi et leur soutien aux travailleurs.
III. « Plus que jamais unis dans notre Christ »
Interview : « À la JOC, on dit qu’un jeune travailleur vaut plus que tout l’or du monde, car il est enfant de Dieu »
Ils sont dix-neuf jocistes parmi les cinquante martyrs qui seront béatifiés le 13 décembre dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. La Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), visée directement par l’ordonnance du 3 décembre 1943 de Kaltenbrunner, est l’organisation catholique ayant payé le plus fort tribut. Dans ce destin tragique, dix-neuf jeunes hommes issus de toute la France : Le Havre, Romainville, Roubaix, Besançon, Luçon… et Paris. Ils sont trois jocistes martyrs dont l’engagement spirituel trouvait sa source au cœur de la capitale : Jean Mestre, le plus jeune des cinquante ; Henri Marrannes, le meneur d’hommes ; et Marcel Carrier, le « saint Paul en Thuringe ». Marielle Ménard, 26 ans, est la présidente nationale de la JOC. Elle revient sur l’histoire du mouvement, sa mission auprès des jeunes des milieux populaires et l’héritage d’engagement légué par ses martyrs.
Zoom : La gloire de son père
À l’heure où l’Église s’apprête à béatifier Marcel Carrier, martyr de la foi, sa fille Reine Marie Guibert raconte l’émotion d’une reconnaissance longtemps espérée. Entre mémoire familiale et transmission spirituelle, la béatification de cet homme disparu en 1945 réveille un héritage de bonté et de courage.
Zoom : L’engagement comme mémoire familiale
La béatification d’Henri Marrannes, martyr reconnu par l’Église, réveille dans sa famille une mémoire vivante : celle d’un engagement qui, depuis des générations, se décline entre foi chrétienne et valeurs humanistes.
IV. « Je ne cesse de relever les âmes, de guérir, d’exhorter, d’appeler »
Interview : « Le but de sa vie, c’était le salut des âmes »
Parmi ces cinquante Français morts en raison de leur foi, dix sont des prêtres (un jésuite et neuf diocésains), dont le P. Jean Batiffol, ordonné à Paris et nommé vicaire à St-Étienne-du-Mont (5e) un an avant la Seconde Guerre mondiale. Né en 1907 dans le 7e arrondissement, il s’éteint à Mauthausen (Autriche) le 8 mai 1945, alors que l’Allemagne capitule, après cinq ans d’emprisonnement et de souffrances. Prisonnier de guerre en 1940, il devient aumônier clandestin auprès des Français détenus par les nazis avant d’être envoyé en camp de concentration. À l’occasion de sa béatification, le comédien Fitzgerald Berthon s’est immergé durant plus d’un mois dans la vie de cet homme d’Église, reconnu comme brillant par ses pairs, en s’appuyant sur diverses sources. À travers la biographie Jean Batiffol, prêtre du diocèse de Paris, publiée en 1951 par le P. Pierre Fernessole, mais aussi ses écrits, sa correspondance et des documentaires, l’acteur écrit un podcast, produit par le diocèse de Paris, dans lequel il incarne le martyr.
Zoom : Le pardon en héritage
Fidèle chrétien, Jean Batiffol essayait d’imiter le Christ en pardonnant à ses propres bourreaux. Une attitude qui a profondément marqué sa famille sur plusieurs générations.
V. « Pélican sentencieux »
Interview : « Avant sa mort, il était déjà considéré comme un saint »
Sur les douze franciscains enrôlés par le Service du travail obligatoire (STO) en Allemagne, en 1943, quatre frères mourront en déportation : Xavier Boucher, Roger Le Ber, Louis Paraire et le Parisien Gérard Cendrier, totémisé “Pélican sentencieux” chez les scouts. Né dans le 6e arrondissement de la capitale, le 16 juin 1920, le jeune religieux, mort à seulement 24 ans, a croisé la route de F. Luc Mathieu, juste avant la guerre, au noviciat. Aujourd’hui âgé de 100 ans, le franciscain a également fait partie du tribunal ecclésiastique chargé de suivre le processus de béatification des cinquante martyrs. Alors qu’il a eu en main le dossier de tous les postulants, le centenaire revient sur la vie de ce frère, véritable apôtre de la résistance spirituelle qui, malgré l’horreur des camps nazis, continuait de prier pour ses bourreaux.
Zoom : L’enfant turbulent qui « raffermit la foi » de sa famille
« Désobéissant », « coléreux ». Après des études au collège Stanislas, et des études de droit, Gérard Cendrier entre au scolasticat franciscain de Carrières-sous-Poissy (Yvelines), avant de mourir en martyr en Allemagne. Un exemple extraordinaire de dévouement qui continue d’inspirer sa famille quatre-vingts ans après.
VI. « La prière scoute, il l’a vécue jusqu’au bout »
Interview : « L’un de ces “petits”, de ces “humbles” »
Parmi ces cinquante Français morts en raison de leur foi, quatorze étaient scouts – ainsi que Gérard Cendrier, franciscain (voir p. 26) – issus de onze départements. Parmi eux, un autre Parisien : Robert Beauvais, entré à l’âge de 14 ans chez les Scouts de France et mort à 22 ans au camp de concentration de Neuengamme (Allemagne). Sur ces quatorze hommes, sept seulement étaient scouts avant leur réquisition pour le Service du travail obligatoire (STO) ; les autres découvrent le scoutisme et font leur promesse en Allemagne. À noter que, en 1987, Marcel Callo – qui fut également scout à Rennes (Ille-et-Vilaine) puis militant de la Jeunesse ouvrière chrétienne et mourut d’épuisement à Mauthausen (Autriche) – était devenu le premier béatifié des martyrs français du STO. Entretien avec Jean-Jacques Gauthé, auteur d’une quarantaine d’articles et de deux ouvrages sur l’histoire du scoutisme, dont les travaux concernent notamment le scoutisme durant les deux guerres mondiales.
Des pistes pour agir : À la rencontre des béatifiés
Le samedi 13 décembre, pour la messe de béatification, l’accès à la cathédrale sera réservé aux personnes invitées. Mais pour ceux qui souhaitent suivre à distance la célébration et approfondir cette page de notre histoire, différents moyens sont mis à disposition du public. Retransmission télé, podcasts, conférence, vénération… Plusieurs événements permettront de s’unir aux côtés des cinquante martyrs.
À méditer : « Dieu ne retire pas ce qu’Il donne »
Extraits de l’homélie de Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, le mercredi 19 novembre 2025. Messe en la cathédrale Notre-Dame pour le Jubilé des éducateurs de l’Enseignement catholique en Île-de-France.
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