Cadre de référence pour l’accompagnement spirituel

« Plutôt qu’une charte qui est un acte juridique signé par deux parties, ce texte, sur l’accompagnement spirituel, pose des références partagées dès le début d’un accompagnement spirituel, par une personne et son accompagnateur. »

L’assemblée plénière des évêques de France, qui s’est tenue à Lourdes du 5 au 10 novembre 2024, a abouti à des décisions importantes concernant l’accompagnement spirituel. Et les évêques se sont alors engagés à publier, au cours de l’année 2025, des repères utiles au sein de chaque diocèse. Plutôt qu’une charte qui est un acte juridique signé par deux parties, ce texte, sur l’accompagnement spirituel, pose des références partagées dès le début d’un accompagnement spirituel, par une personne et son accompagnateur. Il suppose d’être lu et connu par ces deux partenaires de l’accompagnement. Je le publie donc comme un outil précieux de discernement pour l’exercice de l’accompagnement spirituel dans le diocèse de Paris.

Laurent Ulrich


L’accompagnement spirituel est une magnifique grâce de service d’Église : par la grâce du Saint-Esprit, il permet à chacun de progresser en vérité et en liberté intérieure, de discerner son propre chemin spirituel et de mener sa vie en disciple du Christ.

À la suite de l’assemblée de la Conférence des évêques de France réunis du 5 au 10 novembre 2024, ce document a le souci de veiller à la protection de toutes les personnes engagées dans une démarche d’accompagnement spirituel, tout en soulignant la magnifique grâce de ce service d’Église. Il a été travaillé au conseil presbytéral et est approuvé par l’archevêque de Paris.

L’enjeu de ces points de repère est de clarifier la juste articulation entre le sens de l’accompagnement spirituel, la pédagogie mise en œuvre et le cadre protecteur nécessaire. Il est à destination de toute personne accompagnante et accompagnée et doit être connu par elles.

Visée de l’accompagnement : « Là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté… » (2 Co 3, 17)

Appuyé sur une longue tradition ecclésiale, ce service fraternel d’écoute et de dialogue spirituel vise à aider la personne qui en fait la demande à progresser dans une relation toujours plus profonde avec Dieu. L’accompagnement spirituel présenté ici se distingue, par sa durée et sa régularité, de l’accompagnement pastoral ou de l’entretien ponctuel. Tout chrétien baptisé n’a pas nécessairement besoin d’un accompagnement spirituel pour vivre pleinement sa vie de foi en disciple du Christ.

C’est le Christ, « Chemin, Vérité et Vie », qui nous accompagne en premier et désire que nous construisions notre vie avec lui mais en ayant besoin les uns des autres pour avancer vers le Père, dans la force et la lumière de l’Esprit Saint, le Maître intérieur. C’est ainsi que marchent les disciples d’Emmaüs, Philippe et l’eunuque, selon saint Luc. L’accompagnement spirituel exercé dans un climat de liberté, de confiance et de respect mutuel manifeste la charité du Christ à l’œuvre dans la communauté chrétienne. « Un frère aidé par son frère est comme une ville forte… » (Prov 18, 19).

Pédagogie de l’accompagnement : « Chemin faisant … » (Lc 24, 13-35)

L’accompagnateur est une personne appelée et formée, qui a reçu mission d’Église (paroisse, communauté religieuse, mouvement…). Ce peut être un prêtre, un religieux, une religieuse, un diacre ou un fidèle laïc qui a fait l’expérience d’être accompagné et s’est formé à ce type de service fraternel. S’il a reçu une mission ecclésiale, il rendra compte à son ordinaire, dans le respect du for interne, de la part qu’y prend l’accompagnement spirituel.

Dans notre diocèse, les prêtres qui viennent d’être ordonnés ne pratiquent pas d’accompagnement spirituel avant trois ans, période pendant laquelle une formation spécifique leur est donnée. Pour les prêtres plus anciens, une formation continue dans ce domaine est également recommandée (voir annexe).

La personne qui souhaite être accompagnée choisit librement son accompagnateur, s’engage avec confiance et régularité dans les rencontres, et reste libre de poursuivre ou d’arrêter le parcours. De même pour l’accompagnateur, car il s’agit de l’engagement de deux libertés.

L’accompagnateur qui accueille la demande fait préciser les attentes de la personne qui souhaite être accompagnée. Avec la grâce de l’Esprit Saint et appuyé sur son expérience humaine et spirituelle, il écoute et aide la personne à mettre des mots sur son histoire, à relire sa vie, à s’ouvrir à la parole de Dieu et aux échos qu’elle produit en elle. À l’écoute des différents mouvements intérieurs traversés, des motions divines reconnues, l’accompagnateur aide la personne accompagnée à choisir et décider ce qui la conduit davantage à vivre selon l’Évangile, en s’abstenant toutefois de décider à sa place.

L’accompagnement spirituel et le sacrement de la réconciliation sont différents et il est nécessaire de les distinguer. Si l’accompagnateur est aussi le confesseur, il est important d’envisager un changement de lieu ou un déplacement dans le même espace, le confesseur revêtant au moins l’étole. Il n’y a aucune nécessité à ce que l’accompagnateur spirituel soit aussi le confesseur.

La qualité du dialogue d’accompagnement appelle certains points d’attention, en particulier de la part de l’accompagnateur :
 Écoute bienveillante et respectueuse.
 Retenue et réserve intérieures, en veillant à ne susciter ni confidence forcée ni aveu contraint.
 Confidentialité stricte des entretiens, qui est la garantie de la liberté d’expression.
 Juste distance relationnelle permettant à chacun de demeurer dans son rôle, et de garder le cadre du dialogue spirituel.
 Recentrage du dialogue sur la visée de l’accompagnement ordonné au travail de l’Esprit.
 Invitation à s’adresser, si nécessaire, à d’autres compétences, par exemple dans le domaine médical, psychologique…
 Relecture annuelle de l’accompagnement pour vérifier si le parcours engagé est au service de la croissance spirituelle de la personne accompagnée et doit être poursuivi ou pas : a-t-il aidé à grandir dans la foi et l’écoute de l’Esprit Saint ? A-t-il permis une meilleure prise de décisions ? Quels en ont été les fruits recueillis ? (Ga 5,22).
 Relecture de pratique par l’accompagnateur et « supervision » recommandée. L’accompagnateur s’engage à se former sur les problématiques des violences sexuelles, des formes d’emprise et d’abus et sur la manière de les écouter et de réagir. En cas de confidence d’abus commis ou subis, l’accompagnateur invitera fortement la personne à signaler les faits à la justice. Il faut rappeler que, dans le cas d’une personne mineure ou vulnérable, l’accompagnateur qui l’apprend est tenu par l’obligation de signaler ces faits à l’autorité compétente.

Cadre de l’accompagnement : « Un art difficile… »

Le pape François souligne que l’accompagnement spirituel est un « art difficile, une aide qui se veut discrète, sans emprise sur l’autre, respectueuse ». L’art de discerner, Éditions Emmanuel, 2023. Il s’agit « d’ôter ses sandales devant la terre sacrée de l’autre » (Ex 3). Cet art de l’accompagnement a besoin de précautions nécessaires pour garantir la liberté et la sécurité de chacun.

Lieu : les entretiens se déroulent dans un espace respectant la confidentialité du dialogue. Cependant il est clair qu’un espace d’intimité ne convient pas. « Conduisons-nous honnêtement comme on le fait en plein jour », rappelle saint Paul (Rm 13, 13).

Durée et périodicité des rencontres : elles sont établies d’un commun accord. Une fois par mois, au maximum, et pas plus d’une heure semblent une sage mesure. La présence d’un objet religieux rappelle le cadre spirituel de l’accompagnement. L’accompagnement spirituel est bénévole et participe à la gratuité du don de Dieu.

« On ne va pas au Seigneur tout seul. La Vierge Marie, qui parle peu, écoute beaucoup et garde dans son cœur, est maitresse de discernement » (Pape François, L’art de discerner). Comme humble témoin de l’œuvre de Dieu au cœur d’une personne, l’accompagnateur s’engage à garder fidèlement dans la prière la personne accompagnée et tout ce qu’elle porte.

Annexe

Trois propositions de spiritualité ignatienne
 Centre spirituel jésuite « Manrèse », à Clamart ; manrese.com
 Les sœurs du Cénacle à Versailles ; ndcenacle.org/centre-spirituel/ centre-spirituel-de-versailles
 L’association Maurice Giuliani ; mauricegiuliani.fr

Une proposition diocésaine qui met en valeur d’autres spiritualités
 Anima Mea ; formationspi75@gmail.com


Document publié dans Paris Notre-Dame du 9 octobre 2025.

Anima Mea
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