Messe de fondation pour la Libération de Paris 2026
Le dimanche 30 août 2026, Mgr Philippe Marsset, évêque auxiliaire, a présidé la messe de fondation pour la Libération de Paris conformément à la convention signée le 26 juin 2002 entre la Fondation Charles de Gaulle, la Fondation Maréchal Leclerc de Hauteclocque et l’archevêché de Paris.
Mot d’ouverture de la célébration
Il y a 82 ans, le 26 août 1944 le Général de Gaulle et le Général Leclerc, avec les chefs de la résistance libéraient Paris de l’occupation nazie au prix d’un courage et d’une détermination inimaginables pour nos générations. Les 2 généraux sont entrés dans cette cathédrale et ils ont chanté, ici, avec le clergé présent le Magnificat.
Le récent film d’Antonin Baudry La Bataille de Gaulle a redonné cet été à tout notre pays une mémoire incroyablement émouvante et profonde de ces personnes, de ces jours et de cette épopée militaire rédemptrice.
En descendant les Champs-Élysées et en entrant dans cette cathédrale, ils signifiaient la fin de l’occupation allemande, la victoire de la France et de ses alliés, la victoire de la Résistance ; il fallait un lieu pour célébrer cela et ce fût Notre-Dame.
Dieu fait des saints, l’Histoire fait les héros : ces 2 généraux, sans avoir besoin de le dire, ont montré que leur foi chrétienne n’était pas extérieure aux vertus héroïques qui furent les leurs. C’est ce que signifie cette messe anniversaire, ce soir.
Nous la célébrons en présence des fondations Charles de Gaulle et Maréchal Leclerc de Hautecloque, ainsi que des représentants des familles des résistants, des déportés et des victimes civiles et militaires. Je salue aussi les représentants du monde politique, diplomatique et associatif.
C’est une messe pour la paix aujourd’hui que nous célébrons dans cette cathédrale. Elle est relayée par KTO et RCF Notre Dame. Entrons par ce signe de la croix dans cette Eucharistie
Homélie de Mgr Philippe Marsset, évêque auxiliaire
Dimanche dernier, nous entendions la profession de foi de Simon Pierre : « tu es le Christ le Fils de Dieu », pas seulement un rabbi. Il a reçu confirmation de Jésus que ce qu’il vient de dire est vrai parce que ça vient de Dieu et non de lui et il reçoit sa mission ecclésiale : « Pierre tu es Pierre … » Fier d’être celui qui a mis à jour et énoncer la vérité sur la personne de Jésus, il reprend aujourd’hui la parole alors que Jésus annonce le chemin qu’il a choisi de prendre : Jérusalem, la croix et sa Résurrection.
Et badaboum : « vade retro, Satanas. Passe derrière moi. Tes pensées ne sont pas celles de Dieu ». Au lieu d’écouter Jésus, il décide par lui-même ce qui est bon et il dit à Jésus ce qu’il doit faire.
Pierre croit bien que Jésus est le Messie, mais certainement pas de cette façon. Pierre refuse que le Christ souffre. Il attend un messie qui prenne le pouvoir pour rétablir un Royaume sur Israël. « Il n’est pas question que tu meures » ! A sa décharge, c’est la première annonce de la passion, et je ne suis pas sûr que le mot Résurrection soit très clair pour lui à ce moment.
L’expérience de Césarée pourtant aurait dû lui apprendre que sa solidité spirituelle vient de sa docilité et non de ses opinions. La foi que demande le Seigneur est une foi de transformation de soi et de ses pensées. La foi, ce n’est pas juste dire la vérité sur Jésus et sur Dieu, c’est consentir à une conversion qui vient d’en Haut, c’est recevoir une vérité qu’on ne peut pas inventer soi-même. La foi entraîne des changements et des choix de vie. Il s’agit d’aligner sa vie sur cette découverte. Accepter que nos choix soient transformés par l’Evangile. Cette conversion n’est jamais acquise une fois pour toutes. La foi se nourrit et s’entretient.
Cette double expérience successive de l’Apôtre, celle de la foi heureuse puis sa trahison nous montre qu’il y a juste un pas qui sépare les 2 : le refus de la foi ou l’accueil de la foi.
- D’un côté, penser Dieu à partir de sa seule histoire, de sa culture, de nos épreuves, de notre éducation. Cette pensée-là nous rend progressivement athée et détaché de ce Dieu-là car elle ne dure pas à l’épreuve de la vraie vie, et elle ne sauve pas… Elle est juste une assomption de ses propres idées.
- De l’autre côté, accueillir la foi comme un don de Dieu et suivre le chemin de l’Evangile, celui que le Christ nous indique : Son chemin à lui qui passe par la croix, oui mais pas que la Croix ! Ce n’est pas de souffrir qui sauve, c’est de croire que Dieu a souffert, alors qu’il n‘aurait pas dû souffrir. Et qu’il l’a fait pour nous. Il était juste et sans péché. Comme Fils de Dieu, il a pris sur Lui ce qui n’était pas lui, (notre mortalité et notre péché) il a endossé notre condition pécheresse et souffrante pour nous donner sa puissance de vie divine. A nous de la mobiliser, car cette vie est en nous depuis le jour de notre baptême.
Jésus nous a donc précédé dans nos souffrances. Il a porté sa croix avant nous. Il s’agit bien de suivre Jésus, et non de le précéder. Car il y a des croix humaines qu’on ne peut pas porter si Dieu ne les porte pas avec nous. Et il y a des vies humaines qui n’ont aucun sens si elles ne sont pas portées par une vie spirituelle.
L’enjeu de notre foi chrétienne est de vivre notre condition humaine avec lui. Pas avec nos seules pensées. Comme Pierre qui a dû réapprendre à passer derrière Jésus. Cf. la dernière parole qu’il entendra au bord du lac en Jn 21 : « suis-moi »… à nouveau » (Jn 21) Sinon, il devient un obstacle, un adversaire sur le chemin du salut : « si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive ». Ce quelqu’un, c’est Pierre. Mais parce que c’est Pierre, c’est aussi chacun de nous à qui Jésus confie une mission dans l’Eglise ou dans la cité. St Paul nous a donné l’enjeu de ce défi ; « ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser et discernez ce qui est bon et capable de lui plaire »
Je disais au début de cette messe pour la mémoire de la Libération de notre pays, que les héros de notre liberté et de notre indépendance, ces 2 généraux, étaient tous les 2 des chrétiens. Ils ont leurs motivations religieuses profondes que nous ignorons. Mais comment ne pas penser qu’ils ont incarné chacun de manière complémentaire et différente ces vertus que nous appelons cardinales : l’intrépide courage, l’imperturbable maîtrise de soi, c’est-à-dire la tempérance, l’autorité du chef dont le bras indique la direction, c’est-à-dire la prudence, et la justice qui fait rendre à chacun selon ce qui lui est dû. Les vertus cardinales sont à l’horizontale de leurs vies parce que les vertus théologales le sont à la verticale.
De fait, ces vertus humaines sont portées dans la vie spirituelle chrétienne par les vertus que nous appelons théologales : la foi, l’espérance et la charité. Elles sont infusées en nous depuis le jour de notre baptême. Chacun de nous porte sa part de responsabilité dans ces dons que le Seigneur nous a fait. Demandons, en ce jour de rentrée, en ces temps en France où s’ouvre une échéance électorale décisive, demandons au Seigneur de reprendre notre marche derrière Lui. Car celle-ci nous emmène vers sa Pâque. Vers un sauveur qui vient de Dieu et pas un élu de la nation.
Demandons-lui que nous soyons des pierres de fondation et non des pierres d’achoppement.
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