Remerciements de Mgr Laurent Ulrich à la fin de la célébration de béatification des cinquante martyrs de l’apostolat
Samedi 13 décembre 2025 – Cathédrale Notre-Dame de Paris
– Voir le compte-rendu de la Messe de béatification de Raymond Cayré, Gérard-Martin Cendrier, Roger Vallée, Jean Mestre et de leurs 46 compagnons.
Éminence,
Tout à l’heure, à la fin du rite de la béatification, je vous ai demandé de remercier le Saint-Père Léon XIV de nous avoir accordé la grâce de procéder aujourd’hui à cette célébration émouvante et je renouvelle cette demande, au terme de notre assemblée eucharistique. Parce que tous, nous avons mieux compris, au-delà de l’émotion que chacun pouvait ressentir, que ce signe qui nous est donné ne fait pas qu’honorer la mémoire de victimes de l’idéologie nazie, mais ouvre notre cœur à ce que signifie pour l’Église et pour le monde le fait que des fidèles du Christ n’hésitent pas à aller jusqu’au bout du don d’eux-mêmes par amour du Christ et par amour des frères. Cette offrande de soi ne se résume pas à de l’héroïsme, mais elle accomplit l’amour de Dieu en ceux qui l’ont professé et elle nourrit chez les fidèles que nous sommes, le désir d’aimer à la ressemblance du seul Maître à qui nous pouvons dédier notre vie.
Aussi, au nom de mes confrères évêques et de toute cette assemblée, je veux remercier le Saint-Père et vous remercier vous-même d’avoir accepté d’être son délégué pour présider cette célébration. Pour bien marquer que l’Église, quand elle annonce l’Évangile et quand elle béatifie ou canonise des serviteurs du Seigneur, ne veut jamais en faire l’occasion d’un triomphe orgueilleux d’un homme, d’une femme, d’un groupe humain voire d’une nation, le Saint-Père vous a choisi parce que votre position à la jonction de la culture française et de la culture germanique servirait cette réunion que nous avons voulu marquer entre deux peuples qui se sont affrontés violemment à plusieurs reprises. Mais au milieu d’eux, le germe de la paix grandissait de façon discrète et d’abord inaperçue : la situation avait bien changé depuis le premier conflit mondial où les catholiques des deux nations et leurs évêques semblaient avoir oublié qu’ils étaient des frères dans la foi et déjà dans l’humanité !
Je veux donc aussi remercier les diocèses et les diocésains de France, les Franciscains et les Jésuites d’aujourd’hui, les Jocistes et les Jecistes d’aujourd’hui, les Scouts d’aujourd’hui, les associations qui perpétuent cette mémoire, les familles des martyrs et les proches qui se sont joints à nous. Certains d’entre eux ignoraient jusqu’à l’existence de ce martyr de leur famille parce que la tradition familiale n’avait pas beaucoup entretenu ce souvenir, ou ne l’avait pas rapproché de l’engagement chrétien qui en était la source ; mais d’autres avaient bien connaissance de ce père, de cet oncle, de ce prêtre, de ce religieux de leur famille qui avait montré un tel courage dans le témoignage de la foi.
Je veux aussi rendre grâce pour l’action missionnaire, apostolique de l’Église en France, à cette époque : on ne croit pas toujours qu’elle ait été capable de cela.
Je désire encore remercier nos frères allemands d’avoir délégué, pour cette occasion, son excellence Mgr Otto Georgens que nous connaissons bien puisqu’il vient régulièrement participer à nos travaux de conférence épiscopale ; et d’avoir suscité chez d’autres fidèles et ministres le désir d’être avec nous. Le cardinal Marx m’a envoyé un courrier très touchant à ce sujet et a désigné des interprètes de son désir présents cet après-midi : qu’il en soit remercié.
Je voudrais aussi dire que tout ce que nous venons de vivre est l’aboutissement d’un travail intense, commencé par un prêtre de Paris, Mgr Charles Molette, historien, archiviste et surtout sensible à cette cause. C’est lui qui a commencé à constituer ce groupe de 51 jeunes – Marcel Callo a été béatifié en premier il y a 38 ans – qui étaient forcément répartis sur le territoire allemand, mais finalement unis dans ce mouvement irrésistible du témoignage de la foi. Grâce soit rendue à Dieu pour le travail et la foi de Mgr Molette, comme aussi de tous les officiers de cette cause qui l’ont secondé ou qui lui ont succédé.
Pendant quelques années, Mgr Maurice Fréchard, archevêque émérite d’Auch, a poursuivi cette tâche difficile et a fait progresser la cause. Puis un autre prêtre de Paris, Mgr Maurice de Germiny, quand il fut évêque émérite de Blois, a entendu l’appel que lui a adressé le Cardinal Vingt-Trois, et y a consacré une grande part de sa vie, depuis dix ans. À Rome, le père Bernard Ardura, qui nous a présenté la cause au début de la célébration, a développé une activité intense pour qu’elle aboutisse et particulièrement en cette année du quatre-vingtième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont aimé servir cette cause, ils nous l’ont fait comprendre et aimer aussi. Avec leur aide persévérante, c’est une grande joie qu’ils procurent à l’Église universelle, c’est une profonde reconnaissance qu’ils nous permettent de faire monter vers le Seigneur, parce que dans les détresses qu’affrontent les hommes et les femmes au cours de l’histoire, Dieu donne à l’Église le moyen de maintenir la petite lumière de la foi, de protéger la fragile flamme de l’espérance et d’insuffler la force incroyable de la charité. Dieu soit loué !
† Laurent Ulrich, archevêque de Paris