Le Programme : document essentiel à la création dans une église

Préalable incontournable à toute création ou aménagement.

I - Nécessité d’un « PROGRAMME »

Exposition de sculptures

Quelque soit le talent d’un artiste, fut-il le plus sublime, s’il n’est guidé et soutenu par un « programme » son œuvre ne pourra être que le résultat d’un travail orienté par sa seule appréciation personnelle et le reflet d’une situation perçue à travers sa quête du moment et l’état de ses recherches. C’est ce que nous admirons dans les ateliers et les galeries et les divers lieux d’exposition. Il en va autrement des œuvres destinées aux lieux de culte. 

Sans « programme », rien n’établit objectivement l’adéquation entre l’œuvre proposée et le traitement judicieux des exigences liturgiques, des exigences du site, de son utilisation, de ses utilisateurs, des usagers ; bref, l’adéquation avec la « commande ».

Exposition de peintures

Les lieux d’église ne peuvent pas être considérés d’abord comme des lieux de choix pour l’exposition permanente d’œuvres d’artistes livrés à leur seule appréciation.

Avant, d’accepter, d’acquérir une œuvre d’art ou de commander quelqu’aménagement dans une église, il conviendra d’examiner :

 En quoi cela contribue à exprimer le spirituel et le transcendant du mystère chrétien dans sa vérité théologique.

 Comment cela s’inscrit et participe, au sens le plus large, aux exigences fonctionnelles du site et de son environnement.

 Comment cela s’inscrit dans les exigences de la communauté qui l’accueille, dans son histoire et l’histoire des lieux.

 Comment cela rend compte de la vie qui anime la génération présente qui la porte.

Pour que l’Artiste puisse donner une réponse globale personnelle qui prenne en compte ces questions, il convient de lui en exprimer les exigences, les demandes, et les contraintes le plus clairement possible. Ces demandes sont réunies dans un document écrit appelé « PROGRAMME » développant toutes ces questions. Ce document est un guide pour l’Artiste, un outil de référence pour celui qui apprécie le travail produit, une garantie pour la communauté qui portera l’œuvre exécutée.

Avant toute chose, il conviendra que la communauté ou au moins ses responsables s’astreignent à ce travail de réflexion, qu’ils acceptent de le fixer par écrit, et peut-être d’y revenir si la nécessité le demande. La fourniture d’un « Programme » est un devoir de charité élémentaire vis à vis de celui sur qui reposera la tâche de traiter la demande. S’y soustraire est une injustice envers l’artiste ou le simple concepteur.

II - CONTENU DU PROGRAMME

On pourrait penser que le programme est une contrainte : il doit être en fait une sollicitation. On ne devrait réserver le mot « contrainte » que pour désigner les passages physiques incontournables par lesquels devra passer la réalisation projetée, qui pourront être cumulatifs ou dispersés. (Contraintes d’urbanisme, de sol, de dimension, d’encombrement, etc.). Or la seule « exigence » réelle, nécessaire et suffisante est celle de la liturgie vécue par les hommes, elle est la source de tout programme et sa seule justification. Plutôt que de « contrainte », il vaudrait donc mieux parler d’« essence » du programme.

C’est pourquoi le maître de l’ouvrage ne manquera pas d’indiquer clairement ses références théologiques et liturgiques à l’artiste, l’architecte ou l’artisan chargé de la réalisation.Les exigences liées aux propriétés de l’espace liturgique peuvent être résumées selon les quatre grandes qualités de cet espace : celles qui ont trait au caractère, à la fonction, aux proportions, enfin à la construction.

A. Caractère :

essais à St Gabriel

Par le choix, l’emploi et l’agencement du lieu, des formes et des volumes ainsi que des signes, l’espace liturgique manifeste le caractère catholique (universel) de l’espace. Le but étant « d’engendrer la foi », il importe de manifester l’objet et la destination particulière ou multiple du lieu : pèlerinage, dévotion, siège apostolique, assemblée paroissiale, prière conventuelle.Dans le rituel de la dédicace d’une église, il est dit : « ce lieu est la maison de Dieu et la porte du ciel » : tel est le « caractère ».

L’Eglise, depuis toujours, cherche un langage compréhensible pour chaque génération, pour traiter les problèmes que posent les hommes et leur temps, pour tenir compte du langage et de la culture de ces hommes-là. « …l’Eglise ne s’est jamais considérée comme propriétaire d’aucun style artistique » « …pourvu que l’art serve les édifices et les rites sacrés avec le respect et l’honneur qui leur sont dus ». (Vatican II, n° 123)

Il appartient au « Programme » de définir au mieux le « Caractère » de l’œuvre souhaitée. Ici aucun adjectif n’est de trop, aucune image, aucune allégorie, le but étant de faire « sentir » à l’artiste le « climat » dans lequel devra évoluer l’œuvre souhaitée. Il conviendra également ici de préciser l’emploi des signes et d’en dévoiler leurs significations particulières dans le contexte particulier de cette commande précise. L’art dévoile une réalité mystique inaccessible par un autre langage. Celui d’aujourd’hui est d’un accès difficile et doit faire l’objet d’un discernement critique. 

Il y a un art de la culture de mort, mais aussi un art qui n’élude pas la mort et s’ouvre à l’au-delà de façon prophétique pour notre temps. « Les formes, les couleurs, les matériaux, leur grammaire, leur langage actuel, leur agencement et leur utilisation en vue d’une manifestation prophétique du Mystère sont habituellement entre les mains des artistes et des créateurs de chaque époque, non pas qu’ils en soient les uniques détenteurs, mais ils sont les plus habiles dans leur maniement. » (Jean-Paul II)

B. La fonction :

L’espace sera organisé pour répondre aux fonctions de service du Christ, et du service des hommes par le Christ, c’est-à-dire aux exigences des rituels en vigueur. Les éléments nécessaires à l’élaboration des programmes sont établis dans de nombreux documents officiels de l’Eglise, pour l’Eglise Universelle comme pour les Eglises locales.

 Ces directives servent à donner l’esprit. Il ne faudrait pas s’y enfermer avec raideur sans tenir compte des données objectives des lieux et des communautés qu’ils sont appelés à accueillir. Il y a aussi des intuitions prophétiques à ne pas négliger : il appartient à l’évêque du lieu d’en juger.

Certains diocèses comme LILLE, MEAUX, NANCY et TOUL, ont édité des ouvrages fort utiles alliant, pour chaque sujet religieux, l’essentiel des normes et attentes liturgiques, avec les exigences et conseils de fonctionnement.Concrètement, il convient de prendre en compte les perspectives d’évolution dans le temps et l’espace de façon à permettre d’éventuelles modifications dans l’avenir. Les circulations diverses des participants doivent être aisées. Les dimensions du lieu doivent être adaptées à l’assistance et au type de fréquentation (elles ont, de plus, de l’influence sur l’acoustique). Les courbes de visibilité et d’audibilité sont bien utiles pour vérifier que l’assemblée voit l’autel ainsi que les oblats qui y sont disposés ; et entend correctement les ministres pour pouvoir leur répondre.

Le lieu de la liturgie doit aussi manifester l’ouverture vers l’extérieur, l’accueil universel. On prévoira donc la déambulation aisée, des processions, et des dévotions particulières à leur juste place, ainsi que la possibilité des groupes de partage (peut-être dans des espaces appropriés).Il semble important de souligner la fonction d’accueil des plus pauvres, qui doit trouver sa place dans les lieux, comme mission baptismale.Les sacrements doivent pouvoir se dérouler de façon aisée et lisible pour tous. L’eucharistie, en priorité, mais aussi le baptême, la réconciliation, avec, pour chacun, un lieu adapté, signifiant, calme. On veillera enfin, en tout état de cause, à ce que l’assemblée soit en parfaite sécurité.

C. Proportions :

Crypte St Jean Bosco

Les proportions dans l’espace doivent contribuer à la lisibilité du lieu. Les critères varient en fonction du programme, ils sont toujours de simple bon sens (variantes selon le nombre de concélébrants, la dimension de l’assemblée etc.)Les proportions s’appliquent à manifester physiquement ou symboliquement les hiérarchies et les liens entre les différents éléments de l’espace liturgique. La nature des célébrations et la qualité des participants habituels donnera également des résultantes quant à la proportion des espaces : un chœur monastique, par exemple, a d’autres dispositions et d’autres proportions qu’un chœur d’église paroissiale ou que celui d’une chapelle d’aumônerie.

D. Construction :

Tous les moyens de notre temps y sont employés pour manifester la beauté et la proximité de Dieu et le service de l’Eglise. Les matériaux et leur mise en œuvre devront répondre aux différentes exigences du caractère, de la fonction et des proportions. Le choix et le traitement de tous les éléments physiques et techniques de l’édifice et de son espace concourent à l’expression de la vérité et de la sainteté du lieu.Dans ce domaine, la solidité, la durabilité, la facilité d’entretien et de réparation devront être sagement précisés.C’est ainsi que les cinq sens sont pris en compte par les artistes et techniciens : la vue, l’odorat, l’ouïe, le toucher, la perception du corps dans l’espace, le mouvement sont en jeu dans l’espace liturgique, et toutes les techniques peuvent être sollicitées et mises en œuvre.

La lumière a une qualité particulière dans l’espace liturgique et doit être traitée avec soin, en raison du symbole qu’elle représente. À son service, l’électricité, les matériaux transparents ou translucides, les formes et les proportions des espaces, les couleurs des matériaux employés.

Le son transmet la parole, permet le dialogue et la communion avec le chant, la musique, la récitation. À son service, la sonorisation joue un rôle capital et doit être ajustée aux proportions des lieux et au programme spécifique. La place de la chorale, celles de l’animation des chants et des instruments de musique sont à traiter, de même que la position des cloches.

Les odeurs et les ambiances participent à la dignité et à la beauté des célébrations (rôle de l’encens et, des fleurs…). La qualité des huiles saintes et du Saint Chrême pour les sacrements sont également à apprécier. La ventilation, la température, l’hygrométrie du lieu ont également leur importance.

La vue au moyen des estrades, emmarchements, espaces et formes architecturales symboliques et fonctionnelles et, bien entendu, au moyen des œuvres d’art, dans lesquelles l’artiste doit appliquer tout son talent.On n’oubliera pas la signalisation et les panneaux d’information qui doivent être définis et placés avec soin.

Le toucher est concerné par les matériaux composant l’édifice et les éléments du mobilier, les sièges, les revêtements du sol et des murs, les draperies. Ces matériaux, comme les divers ornements, les vases sacrés et les livres, sont à étudier dans le même souci pastoral.

L’eau, le feu, la lumière, l’air, la terre et sa végétation, constituent des signes forts : ils feront donc l’objet d’un traitement particulier. Leur manifestation est souvent indispensable dans la célébration des sacrements et des sacramentaux. Il est faudra prévoir les conditions techniques nécessaires pour assurer leur présence.D’une façon générale, si l’on doit s’interdire, à juste titre, d’imposer à l’artiste les moyens de son art, de son traitement et de son expression, le programme DOIT en revanche lui fournir un cadre théologique et liturgique précis où son inspiration pourra s’exprimer en toute liberté.

Dès que l’artiste ou l’artisan est choisi, le programme lui sera remis et un dialogue devra s’instaurer entre le maître de l’ouvrage et le créateur : l’un et l’autre forment un attelage, et si l’on ose une comparaison, on dira que l’artiste a le mors, et le maître de l’ouvrage tient les rênes. Le programme, ce serait le mors : En matière religieuse, dans un art sans contrainte, la liberté de l’artiste devra passer par le chemin théologique et liturgique qui lui est indiqué. 

Paris octobre 2005, CDAS.

Liturgie et art sacré

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