Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe de rentrée de la Faculté Notre-Dame et de l’ISSR à Saint-Étienne du Mont

Lundi 12 septembre 2022 - Saint-Étienne du Mont (5e)

- 1 Co 11,17-26.33 ; Ps 39,7-10.17 ; Lc 7,1-10

Ce que nous entendons dans les lectures d’aujourd’hui, ce sont des messages forts, qui conviennent bien à cette occasion de la rentrée universitaire pour des théologiens, qu’ils soient étudiants ou enseignants. L’invitation forte de l’apôtre Paul au travail, au consentement, à la communion est une invitation dont on ne peut pas se dispenser. L’apôtre Paul souligne qu’il y a des divisions dans la communauté chrétienne. Évidemment nous nous reconnaissons : à notre époque et pour peu qu’on ait quelques notions d’histoire de l’Église on sait que c’est permanent, que cela commence tout de suite à l’intérieur même du groupe des disciples et à l’intérieur même de la toute primitive Église. Et Paul prévient que c’est normal, que c’est comme ça, c’est ainsi qu’est faite la vie des hommes et même des communautés chrétiennes, mais que c’est normal à condition qu’on comprenne que cela impose un strict devoir de vivre dans la communion les uns avec les autres, et de recevoir du Christ et de son Esprit cette force qui unit au-delà des différences. A travers l’histoire de l’Église, les motifs de division ont été nombreux : ils peuvent être théologiques, idéologiques, ils peuvent être d’intérêts nationaux. A travers l’histoire, il y aurait tant à raconter sur le fait que la communion a été brisée à l’intérieur de l’Église parce qu’on n’appartenait pas au même peuple et qu’on était en guerre et cela continue aujourd’hui bien sûr.

Mais là, la rupture de communion que souligne l’apôtre est sociologique. Il y a les pauvres et les riches ; il y en a qui ont de quoi vivre et d’autres qui manquent de tout. Ils sont frères chrétiens dans la même communauté mais Paul reproche aux uns, évidemment ceux qui ont, d’ignorer ceux qui manquent, à l’intérieur de la communauté. Je crois que nous pouvons entendre très clairement qu’il y a une invitation à ce que l’évangile annonçait : l’évangile réfléchi, l’évangile dans lequel la théologie met de la raison pour pouvoir en rendre compte, la théologie, l’évangile, c’est fait pour tous, c’est fait pour ceux qui n’ont rien, c’est fait pour les plus pauvres. L’évangile n’est une bonne nouvelle que s’il est une bonne nouvelle pour les plus pauvres, et pour qu’il soit une bonne nouvelle pour les plus pauvres il faut que les plus pauvres puissent être intégrés dans la raison que nous rendons de l’évangile. La communion eucharistique, la communion au Corps eucharistique du Christ ne peut pas contribuer à une division du Corps du Christ mais au contraire ouvre à la communion. L’évangile est fait pour les plus pauvres, l’évangile ne peut supporter qu’il y ait une division à l’intérieur des communautés qui se fasse entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien. Cela donne une exigence forte aussi à la théologie, qui doit rendre accessible le message à tous et permettre qu’il en soit rendu compte et que la personne du Christ puisse être à proximité de chacun, de ceux qui ont et de ceux qui n’ont pas.

Clairement, nous entendons aussi dans l’évangile une autre invitation, qui n’est pas tout à fait la même mais, d’une certaine façon, de la même nature. Que Jésus puisse s’exclamer de telle façon devant la foi de quelqu’un qui ne partage pas la foi juive, mais qui, semble-t-il, est proche par le cœur et respectueux de cette foi - il soutient la communauté synagogale, que Jésus puisse ainsi s’exclamer de la foi de cet homme est aussi une indication forte pour nous et une invitation. La théologie, comme la vie spirituelle, ne peuvent pas se vivre sans admiration, sans admiration pour l’œuvre de Dieu dans le comportement, la façon de vivre, la parole donnée, qui manifeste une recherche du Seigneur, qui manifeste une recherche de la vérité. Et, aussi bien, quand on est dans une démarche théologique, on est fait pour s’ouvrir à tous ceux qui ne partagent pas la foi mais qui manifestement sont sur un chemin de recherche de la vérité. L’exclamation et l’admiration de Jésus nous touchent et nous invitent à être nous-mêmes dans l’admiration pour ceux qui, ne partageant pas la foi, sont chercheurs de vérité et désirent mettre leur vie dans cette direction-là.

Au début d’une année universitaire, entendre ces deux invitations est évidemment très pressant. Que l’évangile soit fait pour les pauvres, que l’évangile puisse être rendu accessible à ceux dont la tradition personnelle, spirituelle, n’est pas la nôtre, voilà deux approches, deux efforts, deux invitations fortes qui diront la vérité de votre engagement, de notre engagement, à suivre le Seigneur dans la manière de vivre, et de vivre fraternellement, et dans la manière de penser, de réfléchir et de s’ouvrir aux cultures diverses qui traversent notre monde.

+Laurent Ulrich, archevêque de Paris.

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