Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe d’ouverture à Notre-Dame du rassemblement Ecclesia Cantic
Samedi 29 mars 2025 - Notre-Dame (4e)
– 3e semaine de carême – Année C
- Os 6, 1-6 ; Ps 50 (51), 3-4, 18-19, 20-21ab ; Lc 18, 9-14
Le livre du prophète Osée, dont nous avons lu un extrait en première lecture, oscille en permanence entre l’affirmation de la miséricorde de Dieu : « Allons retrouver le Seigneur, il a blessé, mais il nous guérira », et puis la constatation inévitable de la faiblesse de l’homme : « Votre fidélité est comme la brume du matin » est-il dit.
De la même façon, l’évangile d’aujourd’hui, bien connu - la parabole du publicain et du pharisien qui montent au temple pour prier chacun à sa façon - termine bien pour l’un des deux, le publicain : « En vérité je vous le dis, quand il est redescendu dans sa maison c’est lui, dont la prière était si brève et si reconnaissante de son péché, qui était devenu juste » dit l’évangile. Mais il commençait durement, cet évangile ! L’évangéliste rappelle cette situation en précisant que Jésus a dit cette parabole pour certains qui se croyaient justes et qui méprisaient les autres. Voilà l’oscillation permanente de la vie chrétienne, l’oscillation permanente que l’évangéliste rappelle, que le prophète dit de façon virulente.
C’est bien clair que l’évangéliste ne rappelle pas simplement l’orgueil des pharisiens. C’est bien clair que le prophète Osée ne cherche pas simplement à dire que le peuple tout entier est toujours pécheur, est toujours loin de Dieu. Ils connaissent tous les deux cette oscillation permanente qui est en nous. Le croyant est toujours à la croisée des chemins, il est toujours capable de dire devant le Seigneur : « C’est pour toi que je fais cela ! » Et en même temps il sait qu’il est inconstant. Il sait qu’il est infidèle. Il sait que, dans son propre cœur, il y a toujours cette façon de se retourner sur soi-même ; cette façon d’essayer de se contempler soi-même en train de rendre gloire à Dieu ; cette façon d’être capable de se présenter sous un beau jour et de cacher à l’intérieur de soi, et de se cacher à soi-même, ce péché, de se fermer sur soi, d’être toujours à la recherche d’une belle image de soi-même et capable des pires injustices, notamment à l’égard des autres.
Cette démarche, nous devons l’accueillir comme quelque chose qui nous touche nous-mêmes, comme quelque chose qui affecte notre cœur qui est toujours un cœur partagé, qui n’est jamais un cœur tout à fait ouvert au Seigneur.
Si nous prenons cela pour nous-mêmes, je le prends pour moi évêque, je le prends pour nous les clercs et les ministres ordonnés ou institués, les serviteurs de l’Église, ici, présents, et pour vous. Je dis bien nous et vous, vous et nous. Vous qui vous rassemblez dans la joie, chaque dimanche pour animer la prière de l’Église ; vous qui vous rassemblez en ce jour dans cette cathédrale pour manifester cette joie profonde d’être au service de l’Église, de l’Évangile et du Seigneur. Nous, de quelque côté que nous soyons dans cette église : que nous soyons des célébrants, que nous soyons des pèlerins de passage dans Notre-Dame, que nous soyons des fidèles qui avons rejoint les choristes de Ecclesia Cantic, que nous soyons des ministres… chacun d’entre nous est affecté par cette ambivalence permanente de notre cœur. Alors, interrogeons-nous et demandons au Seigneur qu’il fasse que notre service de l’Évangile, notre service de la joie de l’Évangile, soit toujours adressé à lui et non pas à nous : qu’il ne soit jamais une consolation pour nous de manière orgueilleuse, qu’il ne soit jamais une considération de ce que nous avons bien fait. Vous savez autant que moi combien nous sommes capables de sortir d’une célébration où les gestes, les paroles, les chants, ont été beaux et en nous disant : « C’était une belle messe, c’était un beau moment ! » Nous avons raison d’avoir soigné la beauté, nous ne pouvons transiger là-dessus : nous œuvrons avec une réelle joie et avec un grand sentiment d’aider la prière de tous. Mais nous savons aussi que le péché se tapit au cœur de cela et que cela peut-être simplement une autosatisfaction, une autocongratulation.
Alors nous demandons au Seigneur qu’il veuille bien nous conduire à être toujours à son service, vraiment pour lui et pour sa gloire à lui, et pour la joie de témoigner de l’Évangile autour de nous parce que nous savons que l’Évangile est la voie du Salut.
Que nous soyons toujours prêts à rendre ce témoignage et à nous abstenir de tout ce qui pourrait le ternir par notre propre orgueil, notre propre satisfaction d’avoir réussi.
Quand j’étais maîtrisien dans la cathédrale de Dijon, la prière par laquelle nous débutions toute classe de chant était tirée du psaume 113 : « Non nobis, Domine, non nobis ; sed nomine tuo da gloriam, Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom donne la gloire. »
+Laurent Ulrich, archevêque de Paris