Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe en la cathédrale Notre-Dame de Paris

Dimanche 13 juillet 2025 - Notre-Dame de Paris

– 15e Dimanche du Temps Ordinaire – Année C

- Dt 30, 10-14 ; Ps 68, 14.17.30-31.33-34.36-37 ; Col 1,15-20 ; Lc 10,25-37

Nous revenons d’abord sur la deuxième lecture que nous venons d’entendre, tirée de la lettre de saint Paul aux Colossiens. La petite communauté naissante qui était à Colosses - c’est aujourd’hui en Turquie, autrefois on disait en Asie mineure - a entendu le message de l’Évangile, a entendu parler de Jésus-Christ et est probablement traversée de courants multiples et de divisions internes au sujet même de Jésus-Christ qui ont marqué le début de l’histoire de l’Église chrétienne. Aussi bien, certains d’entre les Colossiens devaient-ils trouver que Jésus était un modèle d’homme formidable, tandis que d’autres le voulaient tout à fait Dieu et n’ayant probablement qu’une apparence d’homme. Et voilà que, dès les débuts de l’histoire de l’Église, l’apôtre Paul - reprenant certainement une hymne qui déjà circulait dans des Églises et qui servait certainement à la liturgie de ces Églises - dit le Christ : le Christ est à la fois celui avec qui et par qui le Père a créé le monde ; le Christ est là depuis les débuts ; le Christ est à l’origine du monde avec Dieu son Père et il maintient le monde en vie, il nous maintient en vie ; et il est aussi le chef, la tête, de l’Église, « de votre Église » dit Paul en s’adressant aux chrétiens de Colosses, à l’Église qui commence à être répandue dans le monde. Il est le chef de cette Église, encore toute petite, qui est chargée de faire connaître l’Évangile de Dieu.

Et puis, d’un autre côté, le Christ est celui par qui nous sommes sauvés. Il est celui qui nous permet d’entrevoir d’être un jour réconciliés avec Dieu, et réconciliés entre nous. Il est le Sauveur de tout et de tous par le don de sa vie, par le sang qu’il a répandu sur la Croix. Il n’est pas un modèle d’homme simplement, il n’est pas un Dieu extérieur à l’humanité : il est Dieu fait homme. C’est une compréhension de la personne de Jésus qui a eu du mal à se faire dans les débuts de l’histoire de l’Église, et certainement qui traverse toute l’histoire de l’Église. Les premiers conciles, dans les cinq premiers siècles de notre histoire, ont étudié beaucoup cette question et ont fixé la foi chrétienne : Jésus Christ est consubstantiel au Père, il est vraiment Dieu, et il est vraiment homme. Le Concile de Nicée - dont nous fêtons cette année le 1700e anniversaire, et en ce mois de juillet tout particulièrement qui est le temps où s’est tenu ce concile - nous a beaucoup aidés, et c’est pour cela que nous le célébrons cette année, à comprendre qui est le Christ, vrai Dieu et vrai homme, vrai homme et vrai Sauveur de nous tous.

Alors, quand nous lisons l’évangile d’aujourd’hui, nous comprenons que Jésus est vraiment celui-là, qui est venu pour sauver, comme le Samaritain est venu sauver cet homme qui était battu à mort par des voyous qui ont cherché certainement à prendre ce qu’il avait. Jésus se considère comme ce Samaritain-là, qui est venu au secours de tous les hommes pécheurs : il vient prendre soin de nous.

Mais en choisissant la figure du Samaritain pour se représenter, Jésus manifeste qu’il comprend qu’il est venu dans le monde un peu de façon inattendue pour ce monde : il est presque ignoré, méprisé, comme le Samaritain qui était un adversaire, un adversaire des Juifs de Jérusalem, c’est-à-dire quelqu’un qui ne comptait pas ou qui gênait sur le chemin. Le prêtre et le lévite représentent ceux qui connaissent bien la Loi et qui l’appliquent, croient-ils, qui la connaissent et qui peuvent la réciter mais qui ne la mettent peut-être pas en pratique. Le Livre du Deutéronome, que nous avons lu en première lecture, nous dit qu’il s’agit de mettre toutes ses forces et tout son cœur pour comprendre la Loi d’amour, pour comprendre que nous sommes aimés et que notre destinée, avec Dieu, c’est d’aimer. Nous ne pouvons pas le faire sans le Christ.

Alors, quand le Christ se comprend comme une sorte d’intrus arrivant au milieu de l’humanité qui ne l’attend pas, et qui surtout n’aime pas sa façon d’aimer, nous comprenons cette phrase dite par bien des maîtres spirituels d’une façon ou d’une autre : « L’amour qui est Dieu n’est pas aimé. »

Aussi, nous sommes invités non seulement à connaître l’Évangile, à connaître les préceptes de Dieu, à connaître les commandements mais aussi à tâcher de les vivre sur tout cela. Nous sommes invités à écouter la Parole de Dieu, mais nous sommes invités surtout à la mettre en pratique.

Pendant cet été, où nous avons peut-être davantage le loisir de méditer, de prier, de prendre du temps dans le silence, nous pouvons reprendre ce mystère du Christ et nous émerveiller de nouveau de ce que Dieu se soit fait homme pour venir nous chercher, pour venir nous aimer, pour venir nous faire miséricorde, pour donner sa vie afin que nous soyons vraiment sauvés et appelés à être avec Lui pour l’éternité. Nous pouvons nous mettre à nous émerveiller de l’Évangile et du Christ, nous pouvons nous renouveler dans l’émerveillement pour le don du Christ sur la Croix, nous pouvons nous émerveiller de l’eucharistie que nous allons célébrer, que nous célébrons en ce moment. L’eucharistie qui est le don de sa vie pour nous.

Ouvrons nos oreilles pour écouter l’Évangile et surtout dilatons notre cœur pour accueillir le don du Christ, le don qu’il fait de sa vie et que, dans l’eucharistie, nous pouvons vivre à chaque fois que nous y venons. Et surtout qui nous fait vivre jour après jour.

Restons émerveillés de ce don de Dieu, gardons-le dans notre cœur et mettons en pratique le mieux possible la Loi d’amour.

+ Laurent Ulrich, archevêque de Paris

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