Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe des jeunes confirmés à Notre-Dame des Champs
Samedi 10 janvier 2026 - Notre-Dame des Champs (6e)
– Voir les photos de la célébration.
– Baptême du Seigneur — Année A
– Is 42, 1-4.6-7 ; Ps 28 (29), 1-2, 3ac-4, 3b.9c-10 ; Ac 10, 34-38 ; Mt 3, 13-17
Nous avons eu, ces trois dernières semaines, trois manifestations de Dieu en Jésus, clairement exprimées par les évangiles. La première, c’est au jour de la naissance, la troupe des anges au-dessus des bergers qui chante gloire à Dieu et qui permet aux bergers de s’approcher parce qu’on leur a dit que le Sauveur du monde était là au milieu d’eux.
Puis l’Épiphanie : avec les mages est révélé que, bien au-delà du petit peuple qui réside dans la terre de Judée, se trouve une immense cohorte de gens qui, dans le monde entier, seront et pourront être touchés par l’Évangile et l’annonce de ce que cet homme Jésus est le Fils de Dieu. En lui se manifeste Celui qui est fait pour sauver l’humanité tout entière.
Et puis, aujourd’hui, le baptême : le Seigneur n’est plus un petit enfant mais il est au seuil de son âge adulte et, allant commencer son ministère à travers la Judée et la Galilée, voilà qu’il va au-devant de Jean le Baptiste et se laisse baptiser comme un autre, comme un croyant de l’Ancienne Alliance, qui désire entrer dans le chemin de Dieu, se plonger dans son amour et se laisser purifier de ses péchés. Évidemment, lui est sans péché mais il fait le chemin comme les autres, il se plonge dans l’humanité et on entend la voix de Dieu qui dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. »
Trois manifestations de la divinité de Jésus au seuil de l’Évangile ; trois manifestations de Dieu dans la personne de Jésus pour que nous apprenions à le reconnaître. Les lectures qui précédaient l’évangile d’aujourd’hui nous permettent de mieux comprendre de quoi il s’agit. Nous comprenons que ce Fils de Dieu est déjà annoncé dans l’Ancien Testament. Dans la Première Alliance, il est déjà là comme le serviteur de Dieu, celui que Dieu soutient. Et que fait ce serviteur ? Il est à la fois doux et fort. Il manifeste une capacité de ne pas se dérober à la mission qu’il a reçue malgré probablement tous les ennuis qu’elle peut lui apporter. Il reste calme et fort devant la mission que Dieu lui a confiée. Et cette mission c’est d’annoncer que Dieu aime l’amour, Dieu aime le pardon, Dieu aime la guérison, Dieu aime ce qui rend l’homme plus humain, Dieu aime la paix et il est venu l’annoncer à travers ce serviteur, à travers les prophètes et jusqu’à Jésus lui-même qui est là pour cela.
Il est fort parce qu’il résiste à toutes les pressions, mais il est doux parce qu’il veut convaincre, il veut amener vers Dieu tout le peuple, toute l’humanité. Il est fait pour rejoindre les hommes partout où ils sont, mais il le fait avec douceur. Il ne le fait pas comme un puissant, il ne le fait pas comme un empereur, il ne le fait pas comme un impérialiste - le mot est plus contemporain - comme tous ceux qui veulent s’imposer par la force, et on en voit aujourd’hui malheureusement qui nous conduisent à la violence et à la guerre. Nous devons, comme des serviteurs de Dieu, résister à ce désir de s’imposer violemment.
Et puis l’apôtre Pierre, saint Pierre, dans la deuxième lecture, commence à annoncer le règne de Jésus. Il commence à l’annoncer après la résurrection et à tenir son rôle d’apôtre, celui qui lui a été confié par Jésus, pour inviter à se souvenir de ce qui s’est passé avec cet homme Jésus : il faisait le bien quand il passait, il guérissait, il ressemblait donc au serviteur de Dieu qui est décrit dans le Livre d’Isaïe que nous avons vu dans la première lecture. Il est là pour faire le bien et il le fait car « Dieu était avec lui », dit l’apôtre Pierre. C’est la manifestation de Dieu quand ce serviteur de Dieu, quand ce Jésus, passe : en lui nous reconnaissons qui est Dieu.
Alors, sachant cela nous comprenons que Lui, Jésus, n’est pas seulement un modèle que nous voulons suivre, mais qu’il est celui qui porte l’amour de Dieu jusque dans nos cœurs pour les convertir, pour les envoyer en mission, pour faire de nous des hommes et des femmes au service de Dieu, au service de sa puissance qui veut rejoindre toute l’humanité. De sa puissance si douce qui ne cherche pas à s’imposer violemment mais à entraîner tout simplement dans le bien, dans le pardon, dans la paix, dans la guérison.
Alors ce Fils de Dieu cherche à amener les hommes et les femmes à comprendre qu’ils sont enfants de Dieu. Il est certes Dieu au milieu de nous et il nous entraîne ; il est aussi, bien sûr, un modèle et il cherche des imitateurs ; il est un serviteur et il cherche des serviteurs comme lui pour servir l’amour de Dieu. Il s’approche de nous et il nous rejoint. Il nous touche pour nous guérir, pour nous entraîner, pour nous faire vivre avec Lui. Et cela s’appelle l’Évangile, par les mots qu’il dit, il nous touche.
Il nous touche par les signes qu’il fait sur nous : le signe du baptême qui fait de nous des fils et des filles dans un corps vivant qui est l’Église ; par la confirmation que vous avez reçue et qui a fait de vous des serviteurs de la Parole remplis d’Esprit Saint pour être inspirés et faire le bien dans le service et l’amour des frères et des sœurs. Il nous touche par l’eucharistie que nous recevons, que nous partageons comme le don de sa vie qui entre en nous et qui se répand, que nous le sachions ou non, que nous nous en rendions compte ou non, que ce soit en parole, que ce soit en gestes d’amitié, de fraternité, de pardon et de réconciliation. Le Seigneur Jésus continue de nous toucher chacun, personnellement, de sa parole et de ses gestes pour nous envoyer, pour faire de nous ses témoins. Et nous rendons grâce à Dieu, c’est ce que nous sommes venus faire ce soir, vous qui avez l’habitude de venir à l’eucharistie et vous qui avez été spécialement marqués de la confirmation il y a quelques mois.
Alors nous voilà, prêts à repartir avec Lui. Tout à l’heure, à la fin de la messe, on vous distribuera à vous, les confirmés, un petit livret qui vous donnera des suggestions pour vivre comme des frères et des sœurs de Jésus-Christ, comme des serviteurs de Dieu, comme des imitateurs du modèle qu’il est, comme des croyants qui savent, qu’en cet homme-là, il y a la vie de Dieu, il y a Dieu lui-même, il y a le salut de Dieu, il y a le Sauveur de l’humanité tout entière.
Que ce livret que l’on vous distribuera tout à l’heure vous accompagne et vous guide pour que, dans chacun des moments de votre existence, que ce soient des moments très intérieurs, que ce soient des moments avec les autres, des moments de service, mais aussi parfois des moments de conflits, vous sachiez trouver la route et que vous veniez chercher la façon de vivre avec lui dans la prière, dans l’écoute de la Parole, dans la présence dans l’Église, et une présence active et vivante dans la participation à la louange de l’Église et de ses sacrements qui sont des vrais gestes du Christ à votre égard, à notre égard.
Que le Seigneur ne cesse pas de montrer qu’il est là présent, qu’il vous touche, qu’il vous approche, qu’il vous aime et qu’il vous convertit, qu’il nous convertit tous, jour après jour.
+Laurent Ulrich, archevêque de Paris