Jubilé des détenus « L’Esprit Saint est à l’œuvre »

Paris Notre-Dame du 18 décembre 2025

Du 12 au 14 décembre, l’Église universelle célébrait le Jubilé des détenus. À cette occasion, Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, a présidé, le 14 décembre, à la prison de la Santé, une messe marquée par de nombreux sacrements et une forte intensité spirituelle.

Derrière les murs, une communauté catholique bien vivante s’est révélée, enracinée dans le diocèse de Paris et portée par une espérance inattendue à l’approche de Noël.

© Alexia Humann/diocèse de Paris

Manifester « cette présence du Seigneur qui n’abandonne pas ». C’est ainsi que Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, à l’issue de la célébration du Jubilé des détenus qu’il venait de présider, dimanche 14 décembre à la prison de la Santé, résumait le sens de cette journée et de sa venue au cœur de l’instance pénitentiaire parisienne. En ce troisième dimanche de l’Avent, à quelques jours de Noël et de la clôture du Jubilé de l’espérance – le 28 décembre pour les Églises particulières –, les personnes détenues étaient mises à l’honneur du calendrier liturgique et pastoral de l’Église universelle avec une journée jubilaire dédiée. Dans cette perspective, les évêques de France avaient publié, le 2 décembre, un plaidoyer appelant à porter un regard plus fraternel sur le monde carcéral et annoncé leur venue, les 13 ou 14 décembre, dans les prisons du pays pour manifester la proximité de l’Église avec les personnes détenues.

À la prison de la Santé – seul établissement carcéral présent sur le territoire du diocèse de Paris –, cette proximité a pris une forme très concrète. Dans le gymnase transformé, comme chaque dimanche, en chapelle, près de soixante-dix détenus ont participé à la messe jubilaire, présidée par Mgr Ulrich, entourés de l’équipe de l’aumônerie, de bénévoles et de quelques personnes venues de l’extérieur. Un cadre sobre, contraint par les règles de la détention, mais habité d’une intensité spirituelle non moins forte avec la célébration de nombreux sacrements. « Depuis plusieurs semaines, nous évoquons, en particulier lors des groupes bibliques du samedi, le sens du Jubilé de l’espérance et de cette journée consacrée au monde de la prison », explique Jean [1], responsable de l’aumônerie de la Santé. La préparation s’est accélérée à l’approche de l’événement, en tenant compte d’une réalité carcérale marquée par l’imprévu. « En prison, on n’est jamais sûr de voir les détenus, d’autant plus dans une maison d’arrêt comme la Santé où ils sont souvent incarcérés de manière provisoire », souligne-t-il, évoquant également les extractions judiciaires, les parloirs ou les mouvements internes qui compliquent l’accompagnement personnel de tous ceux qui en font la demande.

Illustration très concrète de cette incertitude, avec les baptêmes célébrés le 14 décembre : si trois détenus devaient initialement recevoir ce sacrement, ils n’auront finalement été que deux à pouvoir se présenter devant Mgr Ulrich, le dernier ayant été transféré dans un autre établissement pénitentiaire… la veille ! Deux baptêmes tout de même, mais aussi dix confirmations, cinq premières communions et un appel décisif. L’archevêque de Paris ne cache d’ailleurs pas son émotion face à l’expression de la foi de ces détenus : « J’ai compris à la lecture des lettres qu’ils m’avaient adressées combien ils étaient impatients de recevoir ces sacrements et avaient conscience que c’était un grand jour pour eux mais aussi pour l’Église. Et en les voyant, en les saluant, j’ai compris cette grande intensité, cette grande émotion et ce témoignage d’une vie spirituelle. »

Une communauté enracinée dans le diocèse

Pour Jean, tous ces parcours disent quelque chose de l’action de Dieu en détention : « C’est l’Esprit Saint à l’œuvre… » Et le responsable d’évoquer ce détenu préparant sa confirmation, touché par la parole de l’Évangile « Jésus pleura » qui révèle un Christ pleinement homme, traversant peurs, souffrances et angoisses, des émotions que ne connaissent que trop bien les personnes détenues. « Ces partages sont de véritables cadeaux de l’Esprit Saint », résume Jean. Cette célébration a également mis en lumière les liens de fraternité entre les détenus, particulièrement visibles ce dimanche lors de la messe : lorsqu’un détenu s’avançait, bien souvent un autre, présent dans l’assistance, se tournait vers son voisin pour lui murmurer : « Lui, c’est mon frère ! »

Rattachée à la paroisse St-Dominique (14e), la communauté catholique de la prison de la Santé vit au rythme des sacrements et des liens tissés avec d’autres églises parisiennes qui la visitent régulièrement, rappelant ainsi que la prison n’est pas un monde à part mais une réalité intégrée à la vie du diocèse de Paris. Ainsi, tous les nouveaux baptisés et confirmés du Jubilé seront inscrits dans les registres paroissiaux de St-Dominique. Un lien incarné également par la porte sainte fabriquée par les détenus à partir de cartons et décorée de dessins réalisés par les élèves de l’école Notre-Dame de France, située face à la prison. « Beaucoup ont des enfants et cette démarche les touche d’autant plus », explique Edwige [2], auxiliaire bénévole d’aumônerie, évoquant « un lien avec le monde extérieur » qui renforce leur espérance. « J’ai l’impression de prendre un chemin avec eux, explique celle qui a accepté d’être marraine de confirmation de deux détenus. Plus je les côtoie, plus je sens que ce sont eux qui me montrent le chemin vers le Christ. » Dans les groupes bibliques, certains textes reviennent souvent, parmi lesquels « l’évangile du bon larron qui les interpelle particulièrement, tout comme les psaumes, surtout ceux qui appellent le Seigneur à l’aide », observe-t-elle. Cette intériorité, Jérôme [3] la constate lui aussi. Également auxiliaire bénévole, il confie être marqué par la diversité des parcours et la liberté de parole en détention. « Nous avons des échanges parfois plus profonds que ceux que l’on peut avoir en paroisse, reconnaît-il. Les rôles sociaux tombent. On est face à des hommes comme tout le monde, sans masque. » Et de rappeler que, dans une maison d’arrêt, nombre de détenus sont encore en attente de jugement : « La question de ce qu’ils ont fait n’est pas notre sujet. Ce qui nous importe, c’est qui ils sont. »

Pour Jérôme comme pour Edwige, la venue de l’archevêque a renforcé ce sentiment de reconnaissance si précieux en détention. « Les personnes détenues sont très sensibles au fait que des gens de l’extérieur se déplacent pour elles, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’une autorité, souligne Jérôme. C’est une marque de considération dans un monde où l’on en manque beaucoup. » Un sentiment particulièrement fort à l’approche de Noël, période douloureuse derrière les murs d’une prison. Pour l’équipe de l’aumônerie, ce Jubilé des détenus n’aura pas été seulement un temps fort liturgique mais aura donné à voir, de manière saisissante, une communauté catholique bien vivante, enracinée dans son diocèse, portée par la foi de ses membres et appelée, comme toute autre, à cheminer dans l’espérance.

Par Mathilde Rambaud

[1Pour des raisons de sécurité, seuls les prénoms des intervenants ont été conservés.

[2Pour des raisons de sécurité, seuls les prénoms des intervenants ont été conservés.

[3Pour des raisons de sécurité, seuls les prénoms des intervenants ont été conservés.

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