Entre l’église N.-D.-des-Champs et la place Saint-Michel, Léon XIV va parcourir 2,5 kilomètres dans les rues de la capitale, le vendredi 25 septembre, entre 16h et 17h. Un trajet en papamobile, sécurisé par la préfecture de police et des centaines de bénévoles, qui pourra rassembler 250 000 personnes désireuse d’apercevoir le Saint-Père.
« Une bénédiction ! » Cet été, quand Anne-Cécile, paroissienne de N.-D.- des-Champs (6e), apprenait que le trajet de Léon XIV en papamobile partirait du parvis de son église, le vendredi 25 septembre, la Parisienne de 57 ans a ressenti « une joie immense ». « C’est incroyable… Notre paroisse n’est pas très connue et elle se retrouve, tout à coup, sous le feu des projecteurs, réagit-elle, encore émue par la nouvelle. De N.-D.-des-Champs à Notre-Dame de Paris… Le temps d’une journée, on est sur un pied d’égalité avec la cathédrale, ça fait tout drôle. » Une bénédiction et « un signe du Seigneur », avance Anne- Cécile. « En juillet 2025, notre église a subi deux incendies criminels, commence- t-elle à expliquer. Un an plus tard, on apprend que le pape va passer par chez nous : onessent une grande gratitude. » Une visite papale qui tombe alors que la paroisse célèbre cette année son 150e anniversaire (voir PND 2097). « On ne pensait pas que le pape s’inviterait à notre jubilé », ajoute Anne-Cécile avec malice. À deux semaines de la venue de Léon XIV, l’ingénieure, qui a posé une RTT pour l’événement, se dit « impatiente ». « Je compte les jours », sourit-elle. Pour Bérénice, autre fidèle de l’église qui n’ira pas travailler ce jour-là, le trajet en papamobile est un rendez-vous « immanquable ». « C’est le pape qui se déplace, qui vient vers nous, qu’on peut suivre, décrit la quinquagénaire. Cela crée une vraie proximité entre le Saint-Père et ses fidèles. Et le fait que ce trajet démarre de notre église, c’est un vrai cadeau du ciel. Il y a même un peu de fierté… » « Le moment idéal pour voir le pape de près » Une séquence incontournable dont les médias parlent moins que de la veillée au Stade de France (Seine- Saint-Denis), le vendredi soir, ou de la messe place de la Concorde, le samedi après-midi. « Certains Parisiens ne savent pas encore qu’il y a un trajet en papamobile avant les vêpres à Notre-Dame. Et pourtant, c’est le moment idéal pour voir le pape de près », souligne Quitterie, étudiante et bénévole au diocèse de Paris, à qui a été confiée la lourde tâche d’orchestrer la déambulation.
Contrairement aux vêpres à la cathédrale ou à la veillée pour les jeunes, le trajet en papamobile est ouvert à tous : familles, collégiens, lycéens… Le secrétariat général de l’Enseignement catholique a d’ailleurs communiqué, sur son site internet, la possibilité, pour les établissements qui le souhaitent, de « banaliser » la journée du 25 septembre, afin de permettre à leurs élèves de participer à la venue du pape, et donc, pour les Parisiens, de se rendre sur le trajet de la papamobile. Après son discours au siège parisien de l’Unesco (7e), attendu vers 15h, Léon XIV doit embarquer dans son célèbre véhicule à 16h au niveau de l’église N.-D.-des-Champs, avant de longer le boulevard du Montparnasse jusqu’à Port Royal. « Là, il tourne à gauche et prend le boulevard Saint-Michel jusqu’à la place du même nom », poursuit la jeune femme de 21 ans. Vers 17h, le trajet en papamobile se poursuit, en intimité, sur l’île de la Cité, en partie fermée au public, où le Saint-Père doit célébrer les vêpres à Notre- Dame de Paris à 17h15, devant près de 8 000 prêtres, séminaristes, religieux, diacres accompagnés de leur épouse et personnes consacrées. Ce jour-là, le pape va donc parcourir 2,5 kilomètres dans les rues de la capitale au contact des fidèles et des curieux. Une volonté très forte manifestée du côté de l’organisation parisienne afin, selon les mots de Hervé Wattecamps, coordinateur général, de permettre à tous ceux qui le souhaitent de voir Léon XIV « en vrai et pas à la télé ». Un tracé décidé en amont par le Vatican et le diocèse de Paris, en étroite collaboration avec la préfecture de police, sur lequel Quitterie et son équipe de trente-cinq étudiants travaillent d’arrache-pied depuis le mois de juin. « C’est un sacré boulot, mais c’est très stimulant. Ce sera un moment de grande ferveur, gratuit, qui ne nécessite aucune inscription, rappelle Héloïse, 20 ans, membre de l’organisation et vice-présidente de la communauté chrétienne d’HEC (école des hautes études commerciales de Paris). Ceux qui n’ont pas pu avoir de place pour le Stade de France doivent venir à la déambulation. Ce sera un après-midi inoubliable. » La papamobile, qui doit arriver quelques jours avant le Saint-Père, avancera au pas, entourée de plusieurs gardes suisses, chargés de la protection rapprochée du souverain pontife. « Les parents pourront aussi présenter à Léon XIV leurs enfants, afin de recevoir une bénédiction, glisse Quitterie. Le pape, lui, ne sortira jamais de la papamobile. »
Pour créer une belle ambiance sur l’ensemble du parcours, les organisateurs cherchent à enrôler cinquante groupes de musique pour motiver la foule et prier en attendant le passage du Saint-Père. « Il y aura du gospel, de la louange, des chants grégoriens…, énumère Héloïse. On veut proposer un maximum de styles différents pour montrer la richesse de répertoire de notre Église. On prépare aussi des propositions musicales liées à nos régions : l’idée est de mettre en avant la diversité musicale de la France. » Ces groupes, appelés pour l’occasion « clochers », seront disséminés de N.-D.-des-Champs à la place Saint-Michel afin que « tout le parcours du pape soit animé », ambitionne-t-elle.
Autre objectif : faire patienter la foule, qui est invitée à se présenter à partir de midi, soit quatre heures avant le début de la déambulation papale, à l’un des vingt-trois points de filtrage prévus par l’organisation. « Les sacs seront contrôlés avant de pouvoir accéder au périmètre sécurisé, prévient Mel, 20 ans, autre étudiant chargé d’orchestrer la séquence. Selon les indications de la préfecture de police, nous serons assez stricts sur les contenus des sacs, afin d’éviter tout danger, comme des jets de projectile par exemple. » Le parcours sera entièrement barriéré et 1 400 bénévoles épauleront les forces de l’ordre mobilisées pour l’événement. Aucun chiffre n’est communiqué par la préfecture de police, mais le dispositif sera « important » pour garantir la sécurité des 250 000 personnes, selon la jauge maximum, attendues sur le parcours. Le vendredi 25 et le samedi 26 septembre, 14 000 policiers seront déployés à Paris pour la visite du pape. « Mais notre objectif est de faire oublier aux participants cet aspect sécurité, confie Mel. On veut que cela soit un moment festif et spirituel. » Pour cela, des « carnets du pèlerin », en digital, permettront, via un QR code affiché aux entrées, de se procurer les paroles de plusieurs chants religieux, afin que « l’animation vienne aussi de la foule », formule Héloïse. « On ne va pas voir le pape comme on irait voir Céline Dion », ose Mel, convaincu que la galvanisation de l’instant n’effacera pas la piété du moment… Et manifestera, de manière sonore et visible, l’accueil fervent et la mobilisation des fidèles, prêts à lancer, de la meilleure des manières, la première étape officielle de cette visite apostolique.
L’épopée de la papamobile débute en 1930, lorsque Pie XI reçoit une Mercedes-Benz Nürburg 460 en cadeau du constructeur, marquant l’entrée officielle de l’automobile, et plus particulièrement de la marque allemande, dans la flotte papale. À l’époque, ce ne sont que de luxueuses berlines noires classiques, sans dispositif particulier pour saluer les foules debout. Il faut attendre la fin des années 1970 pour que le concept se démocratise sous le pontificat de Paul VI, qui commence à utiliser des véhicules découverts lors de ses voyages. Mais ce n’est qu’à partir de Jean-Paul II, lors de sa visite en Pologne en 1979, que le terme populaire de « papamobile » s’impose dans l’imaginaire collectif. Le 13 mai 1981, l’histoire de la voiture du souverain pontife connaît un tournant lors de la tentative d’assassinat de Jean-Paul II par Mehmet Ali Ağca, place Saint Pierre. Conséquence : les véhicules sont désormais équipés d’une cabine vitrée, blindée et pressurisée. Une sécurité que va régulièrement refuser le pape François pour rester en contact direct avec les fidèles. C’est aussi sous son pontificat que la flotte papale se modernise avec l’arrivée de modèles hybrides et électriques. Des véhicules tous immatriculés « SCV-1 », acronyme de Status Civitatis Vaticanae (État de la Cité du Vatican) ; alors que le chiffre 1 désigne le tout premier véhicule immatriculé de l’État, réservé exclusivement au souverain pontife.