Pour l’éternité

C’est une toute nouvelle fête pour l’Église de France… Le mardi 5 mai, les cinquante nouveaux martyrs, béatifiés le 13 décembre dernier à Notre-Dame de Paris, ont été mis à l’honneur dans différents diocèses du pays.

Dans la capitale, une célébration liturgique a réuni environ 150 personnes à St-Germain-l’Auxerrois, où une chapelle a été aménagée pour rendre hommage à ces résistants spirituels érigés en exemple.

À St-Germain-l’Auxerrois (1er), le mardi 5 mai, environ 150 personnes ont assisté à cette première célébration liturgique des cinquante martyrs de l’apostolat.
© Yannick Boschat / Diocèse de Paris

« Merci d’avoir eu l’idée de faire de cet endroit le lieu de mémoire des cinquante martyrs. » Dans une église St-Germain-l’Auxerrois (1er) à moitié pleine, le P. Paul Quinson, recteur des lieux, s’adresse avec émotion à l’archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich. « Quand vous m’en avez parlé, j’ai été surpris et touché. Surpris, car je n’y avais jamais pensé, reconnaît-il. Et touché, car c’est un prolongement de la nouvelle mission de St-Germain-l’Auxerrois, devenue, le 7 décembre dernier, l’église du Séminaire de Paris et maison de prière pour les vocations. »

Ce mardi 5 mai, à 19h, l’ancienne paroisse royale accueillait la toute première célébration liturgique des cinquante bienheureux, béatifiés le 13 décembre dernier à Notre-Dame de Paris. Une messe en l’honneur de ces prêtres, religieux, séminaristes et laïcs engagés auprès des Français requis pour le STO (Service du travail obligatoire) en Allemagne, durant la Seconde Guerre mondiale, et morts « en haine de la foi ». « C’est important pour nous d’être présents à cette célébration afin de rendre hommage à ces hommes au profil ordinaire qui ont fait des choses exceptionnelles », commente Maxime, 22 ans, venu avec cinq autres membres d’un groupe scout de la paroisse St-Honoré-d’Eylau (16e).

Et d’ajouter : « C’est inspirant car ils ont le même âge que nous, certains sont mêmes plus jeunes… Leur parcours et leurs actions rendent humbles. » Parmi les cinquante martyrs, quatorze étaient scouts. « Ils sont morts pour la France, pour ceux qui étaient requis pour le travail obligatoire, formule Juliette, 21 ans, membre du même groupe scout. Cela me donne de l’énergie pour tenter de marcher dans leurs pas. » Après avoir reçu la visite, en décembre dernier, d’un membre de la famille du martyr Joël Anglès d’Auriac, le groupe tenait à être présent pour cette cérémonie sublimée par le chœur Canta Oraque, rattaché à l’église St-Roch (1er).

« Soyez sans crainte : vous valez plus qu’une multitude de moineaux » (Lc 12, 1-7). Après la lecture du passage de l’Évangile selon saint Luc, l’archevêque de Paris a rendu un vibrant hommage aux cinquante martyrs lors de son homélie. « Ils savaient que personne ne pourrait tuer leur âme, le cœur de leur engagement, leur liberté spirituelle... Ils savaient que rien ne peut arrêter cette dynamique du don de soi que la vie sacramentelle nourrit, entretient et fait progresser de jour en jour. » Il poursuit : « Les modèles que l’Église nous propose peuvent nous paraître surdimensionnés ; et pourtant, ces hommes sont faits de la même nature que nous, ils ont eu une vie de famille, un début de vie professionnelle pour la plupart, un engagement religieux ou sacerdotal de quelques années pour certains. » Une variété d’itinéraires et de vocations qui peut inspirer tout catholique, prêtres et laïcs.

Après un poignant chant de la promesse et la récitation, par toute l’assemblée, de la prière pour les vocations, la première célébration liturgique des martyrs prend fin. En robe de bure, le F. Alain, du couvent franciscain de Paris (14e), dit être ému par la vie de ces bienheureux. « Le témoignage de ces martyrs est vraiment inspirant pour nous tous, souffle-t-il. Et nous, fidèles de saint François d’Assise, sommes très touchés par nos quatre frères, même si en réalité, ils étaient douze à partir en Allemagne [huit ont survécu, NDLR]. En tant que franciscains, on doit construire notre fraternité, et eux, malgré les difficultés et le danger, ils donnent ce témoignage de vie fraternelle, entre eux et avec les autres Français requis pour le STO. »

À l’entrée de l’église, alors que beaucoup discutent autour d’un apéritif servi dans l’édifice, certains se recueillent devant la chapelle aménagée en l’honneur des martyrs, dans le déambulatoire. À l’intérieur, une grande affiche présente les cinquante bienheureux rassemblés dans le dessin d’une croix. Au-dessus, le portrait des six martyrs parisiens est affiché : le P. Jean Batiffol, le F. Gérard Cendrier, Robert Beauvais, Jean Mestre, Marcel Carrier et Henri Marranes. Le neveu de ce dernier, Daniel, est présent. « J’ai toujours grandi avec la photo de mon oncle sur le buffet, se souvient l’homme de 80 ans. Mon père me disait que c’était un type formidable, mais de là à imaginer qu’il soit un jour béatifié... »

Présent le 13 décembre dernier à Notre-Dame de Paris, il estime nécessaire que l’Église pérennise le souvenir des cinquante. « C’est une mémoire à préserver et à transmettre aux descendants des martyrs, mais aussi à ceux qui ne les ont pas connus, considère-t-il. Maintenant, on va essayer d’être à la hauteur. Si Henri Marranes pouvait nous insuffler quelque chose pour être un peu meilleur... » À ses côtés, sa femme martèle : « Pour nous, c’est un émerveillement ! » À un an de la prochaine célébration liturgique, le couple l’assure : « On sera présent le 5 mai 2027 à St-Germain-l’Auxerrois. »

Pour l’année prochaine, le P. Paul de Quatrebarbes, chargé d’organiser la messe, indique vouloir « anticiper davantage », notamment en termes d’invitation. Lancée début avril, la préparation de l’événement s’est faite à la hâte, ne permettant pas de contacter davantage de groupes scouts ou de descendants des martyrs. « C’était un lancement, rappelle le prêtre, néanmoins réjoui par cette première célébration liturgique. L’affluence ressemblait assez à celle du 7 décembre, quand l’église est devenue officiellement celle du Séminaire de Paris : des personnes d’états de vie différents, venues de tout le diocèse, des jeunes… Et je suis très touché que des familles de martyrs aient pu venir. »

Le P. de Quatrebarbes est également « particulièrement ému » par la figure de Robert Beauvais, l’un des six martyrs parisiens. La paroisse dans laquelle il a fait sa première communion et sa confirmation en 1934, St-Germain-l’Auxerrois, devient, près d’un siècle plus tard, le lieu qui garde sa mémoire pour l’éternité. Une « magnifique » providence…

Guillaume Decourt

Pour aller plus loin

Deux séries de podcasts ont été réalisées par le diocèse de Paris. L’une en six épisodes sur la vie du P. Jean Batiffol, l’autre sur l’ensemble des cinquante martyrs, avec un épisode consacré à chacun.

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