Visite du pape Léon XIV à l’UNESCO

Le vendredi 25 septembre 2026, le Pape Léon XIV s’est rendu au siège de l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO) où il a prononcé un discours.

© Mathilde Rambaud / Paris Notre-Dame

« Promouvoir l’éducation, les sciences et la culture est en effet impossible sans promouvoir la vie de l’homme et de la femme, qui en sont les protagonistes. (...) Aucune éducation n’est complète si elle ne parle pas de la question du sens. Dans ce même discours, saint Jean-Paul II le rappelait : éduquer, c’est aider l’homme à « être » davantage et non seulement à « avoir » plus, en reconnaissant en lui aussi cette transcendance de la personne qui appartient à la plénitude de son humanité. Il faut promouvoir une vertu, aussi rare que désirée : la confiance ; confiance que les différences ne constituent pas nécessairement une menace ; confiance que le dialogue sincère peut engendrer un bien plus grand que celui que chacun pourrait obtenir seul. Le Saint-Siège souhaite insuffler cette confiance à l’UNESCO, comme aux autres organisations internationales, conscient que chaque peuple possède une richesse à partager dans la recherche de ce progrès authentique que seule la paix peut garantir. Il ne s’agit pas de prôner un optimisme naïf, qui ignore les difficultés, mais de persévérer dans l’espoir que le bien est toujours possible. Chaque enfant qui naît apporte de l’espérance. Chaque homme et chaque femme qui consacre sa vie à la recherche de la vérité accomplit un acte d’espérance. »
Pape Léon XIV, 25 septembre 2026.

Discours du Pape Léon XIV lors de la visite à l’Orgaisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO)

Monsieur le Directeur général,
Monsieur le Président de la Conférence Générale,
Monsieur le Président du Conseil Exécutif,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

je suis heureux de me trouver aujourd’hui au sein de cette assemblée des Nations, où les langues et les cultures se rencontrent pour coopérer à un projet qui concerne l’ensemble de la famille humaine : « Contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en resserrant, par l’éducation, la science et la culture, la collaboration entre nations, afin d’assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l’homme et des libertés fondamentales » (Acte constitutif de l’UNESCO, art. 1, al. 1). Construire ensemble un monde juste est, en effet, le fondement même de la coopération internationale. Nos expériences, nos aptitudes et nos compétences visent à édifier un espace accueillant pour tous et fécond pour chacun, afin que tous les peuples puissent grandir dans la paix.

En tant que témoin de la paix, je vous adresse mes salutations cordiales, Représentants des États membres et Observateurs, des Organisations internationales, du monde universitaire et de la société civile. Je remercie Monsieur Khaled El-Enany, Directeur Général de cette Organisation, pour son invitation chaleureuse et pour les paroles qu’il nous a adressées. En ma qualité de pasteur, je vous transmets la parole de l’Église, qui se fait sans cesse “message et conversation” à l’intention de tous les peuples, femmes et hommes de bonne volonté (cf. Paul VI, Lett. enc. Ecclesiam suam, n. 67).

Le projet de construire ensemble un monde juste coïncide avec une mission que nous avons appris à partager au fil de l’histoire. À cet égard, l’UNESCO représente à la fois un objectif et un outil pour poursuivre aujourd’hui, avec un engagement accru, cette tâche, selon nos multiples domaines d’activité. En 2027 [deux mille vingt-sept], nous célébrerons le 75e [soixante-quinzième] anniversaire de la présence du Saint-Siège à l’UNESCO : une présence qui découle de la conviction que l’avenir dépend avant tout du respect et de la promotion de la dignité inaliénable de chaque être humain créé à l’image de Dieu. C’est pourquoi nous considérons cette Organisation comme un interlocuteur privilégié au service du bien commun, qui est la “forme sociale de la dignité” que nous partageons tous de manière originelle et égale (cf. Lett. enc. Magnifica Humanitas, n. 59). Depuis 1952 [mil neuf cent cinquante-deux], la Mission permanente d’observation du Saint-Siège discerne et accompagne, dans cette perspective, les initiatives de l’UNESCO, en apportant sa contribution au dialogue entre les nations, afin de soutenir un authentique développement humain, qui n’est tel que lorsqu’il est orienté à « promouvoir tout homme et tout l’homme » (Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio, n. 14).

S’adressant à cette assemblée, mon vénéré prédécesseur saint Jean-Paul II rappelait que « genus humanum arte et ratione vivit ». Puisqu’en effet « l’homme vit d’une vie vraiment humaine grâce à la culture », [1] ce mot “culture” désigne la manière d’être par laquelle l’homme donne un sens à tout ce qu’il fait. Quarante-six ans plus tard, alors que je renouvelle parmi vous l’engagement de collaboration du Saint-Siège, je vous invite à considérer l’UNESCO non seulement comme une Organisation internationale illustre, mais aussi comme un lieu où l’humanité réfléchit sur elle-même, sur son histoire et sur son avenir. Promouvoir l’éducation, les sciences et la culture est en effet impossible sans promouvoir la vie de l’homme et de la femme, qui en sont les protagonistes.

Dans le domaine de l’éducation, l’Église catholique apporte une expérience très ancienne : depuis des siècles, ses communautés ouvrent des écoles et des universités, enseignent à lire et à écrire, et sont présentes même dans les endroits les plus pauvres et les plus reculés. Avec le Pacte éducatif mondial, mon prédécesseur François a souhaité inscrire cette expérience dans une alliance éducative plus large, ouverte à la contribution de tous. Mais ce que je souhaite vous transmettre, ce ne sont pas d’abord les œuvres : c’est la conviction dont elles découlent. Aucune éducation n’est complète si elle ne parle pas de la question du sens. Dans ce même discours, saint Jean-Paul II le rappelait : éduquer, c’est aider l’homme à « être » davantage et non seulement à « avoir » plus, en reconnaissant en lui aussi cette transcendance de la personne qui appartient à la plénitude de son humanité (cf. ibid., nn. 10-11).

In this assembly, then, a fundamental question deserves to be explored, one that urgently calls for a response : What does it mean to be human ? Every culture is challenged by this question, which lies at the heart of every form of knowledge, every art and every religion. Even in the twenty-first century, after all, we cannot take for granted that we know who the human person is or what it means to live as a human being. Indeed, every generation is called to grapple with this question, especially in the face of tragedies that, regrettably, occur even today.

[Dans cette assemblée, une question fondamentale mérite donc d’être approfondie, une question qui appelle de toute urgence une réponse : Que signifie être humain ? Chaque culture est confrontée à cette question, qui est au cœur de toute forme de savoir, de tout art et de toute religion. Même au XXIe siècle, après tout, nous ne pouvons pas tenir pour acquis que nous savons qui est la personne humaine ni ce que signifie vivre en tant qu’être humain. En effet, chaque génération est appelée à se confronter à cette question, en particulier face aux tragédies qui, malheureusement, se répètent encore aujourd’hui.]

Before all else, the human person is someone who is conceived and born. Thus, first of all, to be human means to be a child. None of us chose to be so. None of us decided from whom, when or where to be born. This evident truth sheds light on something that is not merely biological but ethical : as children, we are all brothers and sisters. From the outset, our humanity is a gift and a trial, a promise and a responsibility. For every human being, birth establishes a primordial bond — a communion of life that has its source, and its first educational setting, in the family.

[Avant toute chose, la personne humaine est un être conçu et né. Ainsi, être humain, c’est d’abord être un enfant. Aucun d’entre nous n’a choisi de l’être. Aucun d’entre nous n’a décidé de qui, quand ni où naître. Cette vérité évidente met en lumière un aspect qui n’est pas seulement biologique, mais éthique : en tant qu’enfants, nous sommes tous frères et sœurs. Dès le départ, notre humanité est un don et une épreuve, une promesse et une responsabilité. Pour chaque être humain, la naissance établit un lien primordial – une communion de vie qui trouve sa source, et son premier cadre éducatif, dans la famille.]

Secondly, we are all born naked and in need. We are poor by birth, in need of bread and words, of care and affection — that is, of all that nourishes body and spirit. We know this well, and yet, as we become adults, we risk forgetting it. It is precisely those in need who suffer the greatest consequences of this forgetfulness, whenever their humanity is betrayed or cast aside, exploited or deceived. Forgetting the circumstances of our birth obscures the very idea of human life, because it detaches life from the history common to us all. Thus, life is no longer understood as a gift, but as a commodity. It is no longer viewed as a summons to care and responsibility, but as a product to be exploited. Indeed, this tragic alternative reminds us that to be human is to be free by nature. Since all of us have been children, our freedom begins with our response to the freedom of the one who first turns to us — whether with gestures of affection or rejection, of loving welcome or neglect and cruelty.

[Deuxièmement, nous naissons tous nus et dans le besoin. Nous sommes pauvres de naissance, nous avons besoin de pain et de paroles, d’attention et d’affection – c’est-à-dire de tout ce qui nourrit le corps et l’esprit. Nous le savons bien, et pourtant, en devenant adultes, nous risquons de l’oublier. Ce sont précisément ceux qui sont dans le besoin qui subissent les conséquences les plus graves de cet oubli, chaque fois que leur humanité est trahie ou mise de côté, exploitée ou trompée. Oublier les circonstances de notre naissance obscurcit l’idée même de la vie humaine, car cela détache la vie de l’histoire commune à nous tous. Ainsi, la vie n’est plus comprise comme un don, mais comme une marchandise. Elle n’est plus considérée comme un appel à la bienveillance et à la responsabilité, mais comme un produit à exploiter. En effet, cette alternative tragique nous rappelle qu’être humain, c’est être libre par nature. Puisque nous avons tous été des enfants, notre liberté commence par notre réponse à la liberté de celui qui se tourne vers nous le premier – que ce soit par des gestes d’affection ou de rejet, d’accueil aimant ou de négligence et de cruauté.]

Thirdly, to keep alive the memory of our common humanity is to recognize its grandeur — that is, its immense potential — even though it is diminished by many forms of evil and injustice. Those engaged in the fields of education, science and culture are called all the more to care for every person, so that the beauty of our freedom may shine forth. This beauty has a name : justice. Freedom is indeed beautiful when it is oriented toward goodness and truth ; it is disfigured when it descends into arbitrariness, violence or the thirst for power. To be human, then, implies a responsibility before history : the human being is one who grows, learns and works with both hands and mind. By that labor, we may cultivate the earth or disfigure it, create works of art or destroy them. At this particular juncture, we must recognize that the most terrible of “human works” is war, for then science itself is placed at the service of an inhumane will to destroy and to kill.

[Troisièmement, entretenir la mémoire de notre humanité commune, c’est reconnaître sa grandeur – c’est-à-dire son immense potentiel – même si elle est diminuée par de nombreuses formes de mal et d’injustice. Ceux qui œuvrent dans les domaines de l’éducation, de la science et de la culture sont d’autant plus appelés à prendre soin de chaque personne, afin que la beauté de notre liberté puisse resplendir. Cette beauté a un nom : la justice. La liberté est en effet belle lorsqu’elle est orientée vers le bien et la vérité ; elle est défigurée lorsqu’elle sombre dans l’arbitraire, la violence ou la soif de pouvoir. Être humain implique donc une responsabilité devant l’histoire. L’être humain est celui qui grandit, apprend et travaille à la fois de ses mains et de son esprit. Par ce travail, nous pouvons cultiver la terre ou la défigurer, créer des œuvres d’art ou les détruire. À ce moment précis, nous devons reconnaître que la plus terrible des “œuvres humaines” est la guerre, car c’est alors que la science elle-même est mise au service d’une volonté inhumaine de détruire et de tuer.]

In this regard, the Preamble of the Constitution of UNESCO opens with words that retain a striking relevance today – as we saw at the “Wall of Peace” – : “Since wars begin in the minds of men, it is in the minds of men that the defences of peace must be constructed” (Constitution of UNESCO, Preamble, 1945). These words were written in the aftermath of the Second World War, the most devastating tragedy of the past century. Humanity had come to realize that scientific progress, when severed from wisdom, can turn into a weapon of destruction ; that culture, when subjected to ideology, can degenerate into falsehood and propaganda ; and that education, when it abandons the truth, can become an instrument for manipulating consciences. The founding States of UNESCO understood that treaties are necessary, but not sufficient in themselves. They require a culture of peace and a shared commitment to peace, which sustain them. Peace cannot be built by treaties alone, nor by compromises between opposing forces. Peace is genuine when it springs from the virtue of justice rather than from a mere contract, and from an upright will rather than from an unstable balance of interests. Indeed, only an upright will can recognize in the other a brother or sister, a person like oneself.

[À cet égard, le préambule de la Constitution de l’UNESCO s’ouvre sur des mots qui conservent aujourd’hui encore une pertinence saisissante – comme nous l’avons vu au “Mur de la paix” – : « Que, les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix » (Acte constitutif de l’UNESCO, Préambule, 1945). Ces mots ont été écrits au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la tragédie la plus dévastatrice du siècle dernier. L’humanité avait pris conscience que le progrès scientifique, lorsqu’il est dissocié de la sagesse, peut se transformer en arme de destruction ; que la culture, lorsqu’elle est soumise à l’idéologie, peut dégénérer en mensonge et en propagande ; et que l’éducation, lorsqu’elle abandonne la vérité, peut devenir un instrument de manipulation des consciences. Les États fondateurs de l’UNESCO ont compris que les traités sont nécessaires, mais qu’ils ne suffisent pas à eux seuls (qu’ils ne sont pas suffisants en eux-mêmes). Ils ont besoin d’une culture de la paix et d’un engagement commun en faveur de la paix qui les soutiennent. La paix ne peut être construite seulement par des traités, ni par des compromis entre des forces opposées. La paix est authentique lorsqu’elle jaillit de la vertu de la justice plutôt que d’un simple contrat, et d’une volonté droite plutôt que d’un équilibre instable d’intérêts. En effet, seule une volonté droite peut reconnaître dans l’autre un frère ou une sœur, une personne comme soi-même.]

Eighty years later, the words of your founding Charter have lost none of their force. Yet we also see how profoundly this common principle is threatened by forms of barbarity that fuel rivalry and conflict. Among the challenges facing the worlds of science and education today, I would draw particular attention to those arising from the vast field of technology. Our efforts in this domain must ensure that new technologies remain at the service of the human person, rather than becoming yet another instrument of domination and injustice.

[Quatre-vingts ans plus tard, les mots de votre Charte fondatrice n’ont rien perdu de leur force. Pourtant, nous constatons également à quel point ce principe commun est profondément menacé par des formes de barbarie qui alimentent les rivalités et les conflits. Parmi les défis auxquels sont confrontés aujourd’hui les mondes de la science et de l’éducation, j’attirerais particulièrement l’attention sur ceux qui découlent du vaste domaine de la technologie. Nos efforts dans ce domaine doivent garantir que les nouvelles technologies restent au service de la personne humaine, plutôt que de devenir un instrument supplémentaire de domination et d’injustice.]

Over the centuries, many tasks once performed by human beings have been entrusted to machines, whose capabilities and applications have continued to expand. More recently, certain artificial systems have even been given the name of our human faculty of thought : intelligence. At the same time, however, our ideas and relationships risk being impoverished by a process of dehumanization. The paradox has become increasingly evident : while “intelligence” is attributed to computational systems, we struggle to recognize the inalienable dignity of human persons, whose lives are judged according to the criterion of efficiency and, when deemed no longer productive, are rejected and discarded.

[Au fil des siècles, de nombreuses tâches autrefois accomplies par des êtres humains ont été confiées à des machines, dont les capacités et les applications n’ont cessé de s’étendre. Plus récemment, certains systèmes artificiels ont même reçu le nom de notre faculté humaine de pensée : l’intelligence. Dans le même temps, cependant, nos idées et nos relations risquent d’être appauvries par un processus de déshumanisation. Le paradoxe est devenu de plus en plus évident : alors que l’« intelligence » est attribuée à des systèmes informatiques, nous avons du mal à reconnaître la dignité inaliénable des personnes humaines, dont les vies sont jugées selon le critère de l’efficacité et qui, lorsqu’elles ne sont plus considérées comme productives, sont rejetées et mises au rebut.]

This painful reality invites us to reflect both on the fragility of our human nature and on the immense dignity of every human person — a dignity that remains undiminished even in the most vulnerable circumstances, even to death itself. The human being is certainly one who is born, but also one who dies. Our dignity is not destroyed by illness or suffering, nor is it dependent upon our abilities. Rather, it calls for loving care at every stage of life.

[Cette réalité douloureuse nous invite à méditer à la fois sur la fragilité de notre nature humaine et sur l’immense dignité de chaque personne humaine – une dignité qui reste intacte même dans les circonstances les plus précaires, jusqu’à la mort elle-même. L’être humain est certes celui qui naît, mais aussi celui qui meurt. Notre dignité n’est pas détruite par la maladie ou la souffrance, et elle ne dépend pas non plus de nos capacités. Au contraire, elle appelle une attention bienveillante à chaque étape de la vie.]

For the Christian faith, the mystery of the human person finds its fullest light in Christ, who, “in the very revelation of the mystery of the Father and of his love, fully reveals humanity to itself and brings to light its very high calling” (SECOND VATICAN ECUMENICAL COUNCIL, Pastoral Constitution Gaudium et Spes, 22). In his light, every person appears to us as a creature willed and loved by God. This light also helps us to grasp more deeply the meaning of our shared human experience.

[Pour la foi chrétienne, le mystère de la personne humaine trouve sa pleine lumière en Christ, qui, « dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation » (Concile Œcuménique Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et Spes, n. 22). À sa lumière, chaque personne nous apparaît comme une créature voulue et aimée de Dieu. Cette lumière nous aide également à saisir plus profondément le sens de notre expérience humaine commune.]

Ladies and Gentlemen, as men and women of science, you are called to cooperate unremittingly in the name of our common history, so that, from a diversity of perspectives, a convergence of vision may emerge, and from this convergence, a harmony of action. This harmony is expressed in the work of UNESCO when it gives a symphonic voice to the highest aspirations for the good and the care of humanity. Where there is harmony, different voices find agreement, and the nations you represent are thus brought together in concord.

[Mesdames et Messieurs, en tant qu’hommes et femmes de science, vous êtes appelés à coopérer sans relâche au nom de notre histoire commune, afin que, d’une variété de perspectives, puisse émerger une vision commune, et de cette vision commune, une action concertée. Cette harmonie s’exprime dans l’œuvre de l’UNESCO lorsqu’elle donne une voix symphonique aux plus hautes aspirations pour le bien et le soin de l’humanité. Là où règne l’harmonie, les voix différentes trouvent un accord, et les nations que vous représentez sont ainsi réunies dans la concorde.]

In this regard, I would like to appeal to two images from the Bible, the great cultural treasury of humanity. They are the tower of Babel and the public square of Pentecost. I offer them as ways of representing the unity of the human family, which, even today, is continually called to discern its proper direction and the meaning of the history in which it is immersed. These biblical narratives portray two forms of life in society that invite us to reflect upon the circumstances of our own time.

[À cet égard, je voudrais faire appel à deux images tirées de la Bible, le grand trésor culturel de l’humanité. Il s’agit de la tour de Babel et de la place publique de la Pentecôte. Je les propose comme moyens de représenter l’unité de la famille humaine qui, aujourd’hui encore, est sans cesse appelée à discerner la voie qui lui est propre, ainsi que le sens de l’histoire dans laquelle elle est plongée. Ces récits bibliques dépeignent deux formes de vie en société qui nous invitent à réfléchir sur la réalité de notre temps.]

The tower of Babel represents a unity imposed through domination (cf. Gen 11:4). At the same time, this edifice reveals that the more power seeks to oppress, the more it weakens itself, exposing its inhumane face. We see this in the suffering and injustice caused by despotism, as well as in forms of exploitation that damage both society and the environment. As history teaches us, many empires have reveled in their power before being consumed by it and collapsing like a tower. The outcome of this pride, exalted and then brought low, is dispersion. The presumption of making oneself like God and subjecting peoples to a single yoke leads to a confusion of languages and a failure to understand one another. Instead of reaching heaven, as it presumed to do, the tower of Babel collapsed, with a twofold negative result. Since the unity it imposed was forced, the diversity that followed its collapse turned into a source of conflict. Today, the temptation of Babel reappears in a globalization pursued without fraternity, in rapacious forms of neocolonialism, in ideological impositions and in all those “contacts without bonds” that reduce human life to commerce (cf. INTERNATIONAL THEOLOGICAL COMMISSION, Quo Vadis, Humanitas ?, 42). Science itself, when reduced to a technique of power, no longer serves to elevate the human person, but instead risks degrading the fruits of human endeavor.

[La tour de Babel représente une unité imposée par la domination (cf. Gn 11, 4). En même temps, cet édifice révèle que plus le pouvoir cherche à opprimer, plus il s’affaiblit lui-même, dévoilant ainsi son visage inhumain. Nous le constatons dans les souffrances et les injustices causées par le despotisme, ainsi que dans les formes d’exploitation qui nuisent tant à la société qu’à l’environnement. Comme l’histoire nous l’enseigne, de nombreux empires se sont enivrés de leur puissance avant d’être consumés par celle-ci et de s’effondrer comme une tour. Le résultat de cette fierté, d’abord exaltée puis abaissée, est la dispersion. La prétention de se faire l’égal de Dieu et de soumettre les peuples à un joug unique conduit à une confusion des langues et à une incompréhension mutuelle. Au lieu d’atteindre le ciel, comme elle prétendait le faire, la tour de Babel s’est effondrée, avec un double résultat négatif. Comme l’unité qu’elle imposait était forcée, la diversité qui a suivi son effondrement s’est transformée en source de conflit. Aujourd’hui, la tentation de Babel réapparaît dans une mondialisation poursuivie sans fraternité, dans des formes rapaces de néocolonialisme, dans les impositions idéologiques et dans tous ces « contacts sans liens » qui réduisent la vie humaine au commerce (cf. Commission Théologique Internationale, Quo Vadis, Humanitas ?, n. 42). La science elle-même, lorsqu’elle est réduite à une technique de pouvoir, ne sert plus à élever la personne humaine, mais risque au contraire de dégrader les fruits de l’activité humaine.]

Today, in particular, we possess the means to connect people and continents instantaneously, yet, at the same time, we are witnessing new forms of isolation, material and spiritual poverty, and abandonment. Communication has become much faster, but not necessarily more truthful. Information is abundant, but is not synonymous with wisdom. Without a shared ethical foundation, the many channels of communication risk multiplying false information and giving currency to words devoid of meaning, thereby hindering dialogue rather than fostering it.

[Aujourd’hui, en particulier, nous disposons des moyens de relier instantanément les personnes et les continents ; pourtant, dans le même temps, nous assistons à l’émergence de nouvelles formes d’isolement, de pauvreté matérielle et spirituelle, et d’abandon. La communication est devenue beaucoup plus rapide, mais pas nécessairement plus véridique. L’information est abondante, mais elle n’est pas synonyme de sagesse. Sans un fondement éthique commun, les nombreux canaux de communication risquent de multiplier les fausses informations et de donner cours à des mots vides de sens, entravant ainsi le dialogue au lieu de le favoriser.]

Artificial intelligence amplifies this problem. Although such systems can correlate data, they cannot answer questions that concern the meaning of human life, which is rooted in lived experience. Yet human beings cannot live without meaning. Meaning is the oxygen of the mind. For this reason, the challenges of communication, which are always challenges of education as well, make the search for truth a matter of social justice and historical equity. That is why education in this area is essential, and I welcome UNESCO’s initiative through its Media and Information Literacy (MIL) program, which promotes the responsible use of media and digital tools.

[L’intelligence artificielle amplifie ce problème. Bien que ces systèmes puissent établir des corrélations entre les données, ils ne peuvent répondre aux questions qui concernent le sens de la vie humaine, lequel trouve ses racines dans l’expérience vécue. Or, les êtres humains ne peuvent vivre sans sens. Le sens est l’oxygène de l’esprit. C’est pourquoi les défis de la communication, qui sont toujours aussi des défis de l’éducation, font de la recherche de la vérité une question de justice sociale et d’équité historique. C’est pourquoi l’éducation dans ce domaine est essentielle, et je salue l’initiative de l’UNESCO à travers son programme d’éducation aux médias et à l’information (EMI), qui promeut l’utilisation responsable des médias et des outils numériques.]

Indeed, without truth, language becomes subject to the logic of violence and to the arbitrary will of the powerful. Others are then excluded in the name of profit, and the innocent are killed in the name of freedom. Instead of respecting the law, those in power invoke it when it serves their interests and disregard it when it restrains them, treating even justice itself as though it were a commodity to be bought and sold. If we realize that the corruption of the law begins with the corruption of the heart, we can recognize how every science risks losing its proper meaning when pursued without ethics, and thus ceasing to serve and reflect human dignity.

[En effet, sans vérité, le langage devient soumis à la logique de la violence et à la volonté arbitraire des puissants. D’autres sont alors exclus au nom du profit, et des innocents sont tués au nom de la liberté. Au lieu de respecter la loi, ceux qui détiennent le pouvoir l’invoquent lorsqu’elle sert leurs intérêts et la bafouent lorsqu’elle les entrave, traitant la justice elle-même comme s’il s’agissait d’une marchandise que l’on peut acheter et vendre. Si nous prenons conscience que la corruption de la loi commence par la corruption du cœur, nous pouvons reconnaître à quel point toute science risque de perdre son sens véritable lorsqu’elle est pratiquée sans éthique, et cesse ainsi de servir et de refléter la dignité humaine.]

In this regard, I encourage the international community as a whole to devote particular attention to the protection of children and young people. In the digital age, their vulnerability must never become an opportunity for exploitation. May these technologies support their growth, education and relationships, safeguarding their freedom to think and discern, and always remaining at the service of the dignity of the human person.

[À cet égard, j’encourage la communauté internationale dans son ensemble à accorder une attention particulière à la protection des enfants et des jeunes. À l’ère numérique, leur vulnérabilité ne doit jamais devenir une occasion d’exploitation. Puissent ces technologies soutenir leur croissance, leur éducation et leurs relations, en préservant leur liberté de penser et de discerner, et en restant toujours au service de la dignité de la personne humaine.]

The corruption of culture which we are considering finds its redemption in the public square of Pentecost. There, a message of peace is received as good news by people of every nation. This message proclaims the resurrection of Jesus, that is, the victory of life over death and the salvation that gives hope to the world. On the day of Pentecost, the public square becomes a place where the peace that heals every offence against the human person is celebrated. Each one present heard the message “in his own native language” (cf. Acts 2:8). Communion in no way suppresses diversity. Rather, it enables diversity to flourish in the harmony of voices and faces. In the proclamation of peace, the richness of cultures becomes a bearer of a universal truth. Biblical teaching thus shows us the way to achieve what we all seek : “that unity which does not cancel out differences but values the personal history of each person and the social and religious culture of every people” (Homily at the Mass for the Beginning of the Pontificate, 18 May 2025). It is not the domination of Babel, but the peace of Pentecost, that makes such communion among all peoples possible. Every culture, therefore, realizes its highest wisdom when it seeks peace and the good of all, bearing witness to the authentic meaning of our humanity.

[La corruption de la culture que nous examinons trouve sa rédemption sur la place publique de la Pentecôte. Là, un message de paix est accueilli comme une bonne nouvelle par les peuples de toutes les nations. Ce message proclame la résurrection de Jésus, c’est-à-dire la victoire de la vie sur la mort et le salut qui donne de l’espoir au monde. Le jour de la Pentecôte, la place publique devient un lieu où l’on célèbre la paix qui guérit toute atteinte à la personne humaine. Chacun des présents a entendu le message “dans sa propre langue maternelle” (cf. Ac. 2, 8). La communion ne supprime en rien la diversité. Au contraire, elle permet à la diversité de s’épanouir dans l’harmonie des voix et des visages. Dans la proclamation de la paix, la richesse des cultures devient porteuse d’une vérité universelle. L’enseignement biblique nous montre ainsi la voie pour atteindre ce que nous recherchons tous : « cette unité qui n’annule pas les différences, mais valorise l’histoire personnelle de chaque personne et la culture sociale et religieuse de chaque peuple » (Homélie lors de la messe d’intronisation, 18 mai 2025). Ce n’est pas la domination de Babel, mais la paix de la Pentecôte, qui rend possible une telle communion entre tous les peuples. Chaque culture, par conséquent, réalise sa sagesse la plus élevée lorsqu’elle recherche la paix et le bien de tous, témoignant ainsi du sens authentique de notre humanité.]

Those engaged in education know that only the truth sets us free. Those who teach and those who conduct research know that error enslaves us to ignorance and superstition. Whenever we encounter obstacles to our mission, let us remember that there is one earth for all and a common human nature. The human being cannot be understood by separating what belongs together : body and soul, personal life and relationships, our relationship with others and with the environment. All form part of the unity of our existence. For this reason, cultivating the earth also means cultivating the humanity that inhabits it. Education and science are called to this task. Indeed, it is no coincidence that every culture, according to the very etymology of the word, is an act of cultivation. I therefore renew the appeal of my predecessors to care together for the human person and for creation : Pope Benedict XVI spoke of the need for an ecology of the human person, while Pope Francis developed the perspective of integral ecology (cf. Benedict XVI, Address to the Bundestag, 22 September 2011 ; Francis, Encyclical Letter Laudato Si’, 137–162).

[Ceux qui œuvrent dans le domaine de l’éducation savent que seule la vérité nous rend libres. Ceux qui enseignent et ceux qui mènent des recherches savent que l’erreur nous asservit à l’ignorance et à la superstition. Chaque fois que nous rencontrons des obstacles à notre mission, rappelons-nous qu’il n’y a qu’une seule Terre pour tous et une nature humaine commune. On ne peut comprendre l’être humain en séparant ce qui est indissociable : le corps et l’âme, la vie personnelle et les relations, notre rapport aux autres et à l’environnement. Tout cela fait partie de l’unité de notre existence. C’est pourquoi cultiver la terre, c’est aussi cultiver l’humanité qui l’habite. L’éducation et la science sont appelées à cette tâche. En effet, ce n’est pas un hasard si chaque culture, selon l’étymologie même du mot, est un acte de culture. Je renouvelle donc l’appel de mes prédécesseurs à prendre soin ensemble de la personne humaine et de la création : le Pape Benoît XVI a évoqué la nécessité d’une écologie de la personne humaine, tandis que le Pape François a développé la perspective d’une écologie intégrale (cf. Benoît XVI, Discours au Bundestag, 22 septembre 2011 ; François, Lett. enc. Laudato Si’, nn. 137–162).]

The touchstone by which we can assess our commitment is the care we show for the littlest and for the poor : children in their mothers’ wombs andin the various theaters of war, persons with physical and intellectual disabilities, the elderly, migrants, refugees, and all those arrogantly excluded as unproductive. They are the true test of our claims to respect human dignity, and their protection and promotion extend also to creation. Opposed to this is a will to exploit and plunder, extracting as much as possible from every living being, consuming without safeguarding, destroying without cultivating. Thus, the present ecological crisis is an anthropological crisis ; moreover, the Church is convinced that every culture bears within itself a wisdom that matures in an ecosystem of peoples. The human person’s habitat is society — not a merely physical environment, such as the desert or the ocean for animals, but a moral and relational one. Where social peace prevails, peoples flourish in justice.

[La pierre de touche qui nous permet d’évaluer notre engagement est l’attention que nous portons aux plus petits et aux pauvres : les enfants dans le sein de leur mère et sur les différents théâtres de guerre, les personnes souffrant d’un handicap physique ou intellectuel, les personnes âgées, les migrants, les réfugiés, ainsi que tous ceux qui sont exclus avec arrogance au motif qu’ils ne sont pas productifs. Ils constituent le véritable critère de vérification de nos prétentions à respecter la dignité humaine, et leur protection et leur promotion s’étendent également à la création. À cela s’oppose une volonté d’exploiter et de piller, en tirant le maximum de chaque être vivant, en consommant sans préserver, en détruisant sans cultiver. Ainsi, la crise écologique actuelle est une crise anthropologique ; de plus, l’Église est convaincue que chaque culture porte en elle une sagesse qui mûrit au sein d’un écosystème de peuples. L’habitat de la personne humaine c’est la société – non pas un environnement purement physique, comme le désert ou l’océan pour les animaux, mais un environnement moral et relationnel. Là où règne la paix sociale, les peuples s’épanouissent dans la justice.]

C’est donc là que l’UNESCO trouve la synthèse de ses hautes missions éducatives et scientifiques : dans le travail patient de construction de la paix. Face aux nombreuses et complexes urgences de notre époque, le monde considère les institutions internationales avec des sentiments contrastés. D’une part, celles-ci sont appelées à relever des défis qu’aucun État ne peut affronter seul. D’autre part, ces mêmes institutions traversent une crise d’efficacité, surtout lorsque le dialogue est considéré comme un frein à l’action au lieu d’une ressource pour la paix ; comme une forme d’hypocrisie plutôt que comme une occasion de rechercher ensemble le bien. Face à ces dérives, il faut promouvoir une vertu, aussi rare que désirée : la confiance ; confiance que les différences ne constituent pas nécessairement une menace ; confiance que le dialogue sincère peut engendrer un bien plus grand que celui que chacun pourrait obtenir seul. Le Saint-Siège souhaite insuffler cette confiance à l’UNESCO, comme aux autres organisations internationales, conscient que chaque peuple possède une richesse à partager dans la recherche de ce progrès authentique que seule la paix peut garantir. Il ne s’agit pas de prôner un optimisme naïf, qui ignore les difficultés, mais de persévérer dans l’espoir que le bien est toujours possible. Chaque enfant qui naît apporte de l’espérance. Chaque homme et chaque femme qui consacre sa vie à la recherche de la vérité accomplit un acte d’espérance. Que l’UNESCO témoigne donc de cet espoir en favorisant l’entente entre les nations, par le dialogue entre leurs cultures respectives. Nous croyons, en effet, que l’éducation est l’instrument qui permet de surmonter les peurs réciproques et que la science peut être au service de la vie de chaque être humain, en semant aujourd’hui les graines d’une bonne récolte pour l’avenir. Cette confiance nourrit notre espérance dans la charité, c’est-à-dire dans le service pour le bien du prochain : en nous consacrant tous, avec cohérence, à notre magnifique humanité, la paix pourra enfin s’épanouir.

Alors que nous coopérons à cette œuvre, les traditions religieuses jouent un rôle culturellement nécessaire et irremplaçable, et les religions expriment nos interrogations face à l’origine de la vie et à sa fin, en élaborant le sens premier et ultime de l’existence, qui se reflète dans les choix quotidiens. En effet, lorsque les hommes et les femmes de bonne volonté orientent leurs actions vers Dieu, le pluralisme des cultures ne se disperse pas dans le désordre de Babel. L’humanité se retrouve au contraire dans une recherche commune de sens, et vers une destinée qui n’est pas la mort. Nous ne sommes pas en chemin vers le néant. C’est pourquoi l’âme humaine, dans sa relation avec Dieu, ressent encore mieux l’appel à cultiver la paix au moyen d’une alliance entre des peuples qui se reconnaissent comme enfants du même Père et comme frères et sœurs.

Je souhaite donc que notre rencontre renforce l’engagement de chacun à œuvrer sans relâche pour que la conscience d’appartenir à une seule famille humaine devienne plus vivante, plus active et plus juste. À cet égard, je tiens à exprimer mes sincères remerciements à l’ensemble du personnel de l’UNESCO, qui accomplit avec compétence et dévouement cette mission si noble : édifier la paix en cultivant toutes les sciences et tous les arts de l’homme.

Je vous adresse ces paroles à vous tous, aux peuples que vous représentez, et tout particulièrement aux jeunes. Ce sont en effet les nouvelles générations qui observent avec le plus d’attention notre action. Tout en soutenant leurs aspirations à la justice, c’est avec gratitude et estime que j’invoque sur vous tous et sur vos nations l’abondance des bénédictions de Dieu, Créateur tout-puissant et miséricordieux. Merci.

– Source : vatican.va.

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[1] Discours à l’UNESCO, 2 juin 1980. Cf. Thomas d’Aquin, In Aristotelis Posteriora Analytica, 1.

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