Les chemins de l’engagement en paroisse

Paris Notre-Dame du 24 février 2011

De l’animation liturgique à l’organisation d’activités pastorales, les paroisses proposent de nombreuses possibilités de s’engager. Un appel à prendre des responsabilités qui s’adresse à chacun, quel que soit son parcours. Rencontre avec trois paroissiens qui ont fait le pas.

« Seriez-vous disponible pour vous investir ? » Cette question, toutes les personnes engagées en paroisse l’ont entendue un jour, généralement à la sortie d’une messe ou dans le cadre d’une activité. Le début d’une aventure nouvelle, souvent exigeante mais aussi passionnante. Pour Gabrielle, 56 ans, cela s’est passé il y a environ vingt-cinq ans, lors d’une célébration à St-Jacques-St-Christophe (19e). A cette époque, la jeune femme, native du Vietnam, venait tout juste de redécouvrir sa foi après avoir « mis Dieu à la porte » pendant de nombreuses années. « Je ne fréquentais pas la paroisse depuis très longtemps quand un prêtre a annoncé qu’il recherchait un animateur de chant, se souvient-elle. Cela m’a intéressée mais je ne me sentais pas tout à fait prête, je ne connaissais pas bien les équipes pastorales. Plusieurs personnes m’ont encouragée et le prêtre m’a dit de me lancer. Alors je l’ai fait, en partie par obéissance, et ça s’est bien passé. » Si Gabrielle a franchi le pas de l’engagement, c’est en grande partie grâce à sa rencontre avec “Communion et Libération”, mouvement dans lequel elle s’est tout de suite sentie accueillie et aimée, ce qui l’a beaucoup aidée à approfondir sa foi et à donner à son tour. Sollicitée à plusieurs reprises par sa paroisse au fil des années, cette femme énergique et réfléchie a notamment animé le groupe de catéchèse puis, aujourd’hui, l’équipe d’aumônerie de sa seconde fille. Un rôle dans lequel elle met beaucoup d’elle-même.

« C’est une grande joie de témoigner auprès des jeunes de ce qui me rend heureuse, de cette rencontre avec le Christ qui est le sens de ma vie, souligne-t-elle. Mes engagements sont aussi une façon d’être disponible en Eglise pour la communauté qui m’aide à rendre vraie ma foi dans le quotidien. Ma seule préoccupation est d’annoncer ce qui a changé ma vie, là où je suis. »

Donner du sens

Pour Gilles, 30 ans, aujourd’hui membre du conseil pastoral de St-Denys de la Chapelle (18e), tout a commencé quand il a accepté de s’occuper de l’animation musicale d’un groupe de prière. Jusque-là, il s’était toujours tenu plutôt à l’écart de la vie des paroisses qu’il avait fréquentées. « Depuis mon enfance, passée en grande partie au Congo, j’ai toujours été pratiquant, mais longtemps ma foi a été plus culturelle que profondément vécue, explique le jeune consultant. Il m’a fallu poursuivre un long cheminement pour remettre cela en cause et faire le choix de croire en conscience. Ce n’est qu’ensuite que ma vie de chrétien adulte a commencé : j’étais désireux de m’investir. » En plus de son groupe de prière, Gilles découvre alors avec enthousiasme le parcours Alpha de sa paroisse. « J’ai tout de suite été séduit par cet outil d’évangélisation qui réunit autour de repas conviviaux des gens très différents. Chacun y apporte ce qu’il est, souligne-t-il.

Assez naturellement, j’ai eu envie d’aider à l’organisation. Et de manière progressive, porté par l’équipe, je suis devenu le responsable du groupe. » Une prise de responsabilité synonyme de fort investissement personnel, que Gilles ne regrette pas une seconde : « J’ai découvert qu’être au service du Christ donnait du sens à ma vie. Si je peux faire quelque chose pour Lui, selon mes moyens, c’est une grande joie. »

Dire “Oui”

Donner de soi même. Un désir simple qu’a également poursuivi Odile, 53 ans, à Ste-Rosalie (13e). « Mon expérience de femme, de laïque, puis de mère, j’ai voulu la mettre au service des autres », explique-t-elle. Elle aussi s’est d’abord investie dans le chant, après avoir été sollicitée par un prêtre, il y a environ trente ans. Dynamique et très engagée sur le terrain social, elle accepte ensuite de s’occuper d’un groupe de catéchisme et de l’Action catholique des enfants.

« Mais moi qui n’avais appris que des bases de catéchisme dans mon enfance à Bayeux, j’avais parfois le sentiment, face à ces engagements, qu’il me manquait quelque chose. Un jour, on m’a parlé de l’EFAMO [1], une formation accessible et conviviale en dix-huit mois, proposée par la Mission ouvrière de Paris.

Cela m’a beaucoup plu : nous étions toute une équipe, sans hiérarchie, tous inscrits dans le même désir d’apprendre, chacun à son rythme. » Histoire de l’Eglise parisienne ou lecture de la Bible, l’EFAMO a permis à Odile d’acquérir de nombreuses connaissances. « Après, c’est plus facile de dire “oui” quand l’Eglise nous sollicite, souligne-telle.

C’est ainsi que j’accompagne depuis peu une catéchumène. S’engager comme ça, c’est bénéficier d’un vrai échange, nous apprenons l’une de l’autre. Si elle parvient au baptême, ce sera pour moi une grande grâce. » • Pierre-Louis Lensel

Trois questions au… P. Stéphane Esclef, curé de N.-D. de Lourdes (20e).

« Oser proposer de s’investir »

© Sophie Lebrun

En quoi l’engagement en paroisse est-il important individuellement et collectivement ?

S. E. – L’objectif est de permettre au plus grand nombre de trouver leur place dans la communauté. La plupart des fidèles participe à cette vie en venant le dimanche à la messe. C’est une première étape mais il faut aller plus loin. Chacun doit se sentir investi de la vie de sa communauté. C’est d’ailleurs souvent ce qui touche les personnes de passage : être accueillies par un plus grand nombre. Lorsqu’une personne commence prendre sa part de responsabilité dans la communauté, elle est invitée à rendre compte de l’espérance qui est en elle. C’est une expérience de foi et de témoignage. Cette démarche ecclésiale est aussi l’occasion de se confronter à la radicalité de l’Evangile, au vivre-ensemble et à des chemins de foi différents.

Une telle diversité est-elle compatible au sein d’une même communauté ?

S. E. – La paroisse dont j’ai la charge est composée de différentes cultures : africaine, antillaise, sud-américaine… et des habitants de Ménilmontant, quartier populaire par excellence. Lorsque j’ai pris ma charge de curé, je me suis souvent demandé comment des gens si différents pourraient vivre leur foi ensemble. Avec le temps, je me suis aperçu que cela n’était pas un obstacle mais une richesse. C’est une invitation au décentrement, à la rencontre de la différence. Il m’est alors paru important d’intégrer ces différences au sein du conseil paroissial. Chacun doit être représenté et avoir part à la vie de la communauté. Je suis le curé de tous, ce qui m’oblige à être vigilant à l’unité des fidèles. C’est une véritable expérience évangélique, une mini-Pentecôte.

Y a-t-il une spécificité de l’engagement dans le monde populaire ?

S. E. – Un des aspects particuliers me paraît être celui de la confiance : oser proposer à quelqu’un de simple un petit engagement – la distribution de feuilles à l’entrée de l’église par exemple –, l’accompagner sur sa route, m’émerveiller avec lui de ses progrès, cela peut paraître anodin mais c’est beaucoup. C’est une marque de confiance que le Seigneur lui fait à travers l’appel que je lui lance. Il m’est déjà arrivé de proposer à des personnes à qui on n’avait jamais rien osé demander, une formation biblique, théologique au Collège des Bernardins. Je n’ai jamais été déçu. Au contraire, j’ai été surpris de voir combien la personne pouvait grandir et s’épanouir dans sa vie chrétienne et paroissiale. • Propos recueillis par P.-L.L.

[1*Ecole de formation apostolique en mission ouvrière. Renseignement : moparis.canalblog.com

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