Fin de vie : « Le temps du possible »
Paris Notre-Dame du 11 juin 2026
À Notre-Dame de Paris, le mercredi 3 juin, la 17e édition de la Veillée pour la vie se tenait dans un contexte marqué par de vifs débats parlementaires sur le droit à mourir. Un enjeu présent dans l’esprit des évêques et des fidèles, opposés à l’euthanasie et au suicide assisté.
L’année dernière, la Veillée pour la vie faisait son retour à Notre-Dame de Paris dans un contexte politique marqué par les premiers débats concernant la proposition de loi ouvrant la voie à l’euthanasie et au suicide assisté. Un an plus tard, le mercredi 3 juin, pour sa 17e édition, le contexte est similaire. Il s’est même légèrement tendu… Ces derniers mois, les députés ont, en effet, adopté par deux fois ce texte. Le Sénat, lui, s’y est opposé à deux reprises. Et le mardi 2 juin, veille de la veillée, la commission mixte paritaire, réunissant quatorze élus des deux chambres, a échoué à trouver un compromis. Le dernier mot sera donné par l’Assemblée nationale en juillet…
« Faire entendre notre voix »
« En tant que croyant, c’est le moment de peser de tout notre poids et de faire entendre notre voix, confie Antoine, 32 ans, hostile à la loi. Le dernier vote des députés était serré, il faut y croire. » Même son de cloche pour Louise, 19 ans, qui refuse de baisser les bras. « Je suis contre l’euthanasie… Pour moi, c’est un meurtre ! Et c’est abandonner une personne qui est encore là. Venir à cette soirée de prière me donne la force de témoigner, notamment auprès de mes amis qui ne partagent pas mon point de vue. »
Dans une cathédrale à moitié remplie, la cérémonie débute à 19h30 : la procession s’élance, soutenue par la musique du Chœur Éphata. Puis, face aux évêques des huit diocèses d’Île-de-France et celui aux Armées, trois témoignages font échos aux préoccupations législatives des fidèles. Notamment celui du jeune Callixte, 17 ans, atteint d’un cancer des os, qui conserve sa soif de vie malgré les souffrances. Puis, celui d’Élisabeth, ergothérapeute, racontant l’histoire d’un patient qui disait « préférer mourir que voir sa vie diminuer », lors de son arrivée à l’hôpital. « Et on pouvait le comprendre, glisse-t-elle. Et puis, un jour, quelque chose a changé… » Le patient s’est mis à aider les autres, les accompagner à la cantine, chercher leur courrier… « À partir de ce jour-là, il n’a plus jamais dit qu’il préférerait mourir », raconte Élisabeth. Et de conclure : « Pour moi, c’est la preuve que la fin de vie est un temps du possible, un temps où l’on peut trouver du sens, un temps pas moins important que le reste. »
L’homélie est ensuite donnée par Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris : « Dès que je suis arrivé ici, il y a quatre ans, dès les premières homélies et interventions, j’ai toujours cherché à faire connaître notre position de chrétiens, que nous partageons souvent avec les autres croyants. » Notamment la promotion des soins palliatifs, qui doivent être « accessibles à la grande majorité de nos concitoyens ». Et de poursuivre : « La dernière proposition concernant ces soins a été votée à l’unanimité par le parlement. C’est heureux. Tant mieux. Mais cela n’a pas du tout arrêté les propositions de loi sur l’euthanasie, l’aide active à mourir, dit-on. » L’archevêque dit « fortement redouter » le prochain vote de l’Assemblée. « Mais voici que nous entendons ce (mercredi) soir des exemples de vie qui nous ouvrent le cœur et l’esprit. La vie, même extrêmement fragile, est un temps pour l’accompagnement, un temps pour la fraternité, pour l’amitié, un temps pour l’apaisement… C’est le temps pour l’espérance partagée. »
À l’issue de cette veillée de deux heures, André, 70 ans, diacre dans le diocèse de Nanterre (Hauts-de-Seine), témoigne : « Prier pour ces questions est très important, surtout à une époque où la vie est menacée. Et à chaque fois que je prie, cela me donne de l’espoir. » Un espoir partagé par les fidèles qui se dispersent désormais sur le parvis de la cathédrale, ravivés par ce temps de prière mais déterminés à suivre attentivement le vote de leurs députés.
Guillaume Decourt
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