St-Merry : des martyrs pour s’unir

Paris Notre-Dame du 9 avril 2026

À l’invitation de la communauté Sant’Egidio, l’église St-Merry a accueilli une veillée œcuménique en ce lundi 30 mars. Autour de Mgr Celestino Migliore, fidèles et représentants de diverses confessions chrétiennes se sont réunis pour honorer la mémoire des nouveaux martyrs qui, partout dans le monde, continuent de donner leur vie pour l’Évangile.

La veillée de prière était présidée par Mgr Celestino Migliore, nonce apostolique.
© Grégoire Delatouche

« C’est dans l’œcuménisme des martyrs que se révèle une unité fondamentale entre nous chrétiens. » Les mots de Mgr Celestino Migliore, nonce apostolique, résonnent entre les murs de l’église St-Merry (4e). En ce Lundi saint, les rangs sont occupés par une assemblée cosmopolite, allant de réfugiés ukrainiens à des personnes franco-marocaines, venus vivre, ce soir-là, une veillée de prière en mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour l’Évangile ces dernières années... voire ces dernières semaines. Organisée par la communauté Sant’Egidio, cette célébration s’inscrit dans une tradition déjà ancrée. Le P. Philippe Perraud, curé de St-Merry, revient sur la genèse de l’événement : « Dans les années 2000, le pape Jean-Paul II comprend que les XXe et XXIe siècles comptent beaucoup de martyrs. Face à ce constat, il met en place une commission des nouveaux martyrs dont Andrea Riccardi, le fondateur de la communauté Sant’Egidio, va être membre. Cela va influencer notre communauté, nous qui vivons de la mémoire, non pas une mémoire figée, mais une mémoire qui nous aide à construire le monde d’aujourd’hui et demain. Chaque année, une veillée de prière dédiée aux martyrs de notre siècle est ainsi organisée. »

« Dépasser toutes les divisions »

Mais ce qui fait la particularité de l’événement, c’est aussi sa dimension œcuménique. Anglicans, protestants, orthodoxes et catholiques sont ainsi réunis auprès de l’autel, à l’image de F. Émile, membre de la communauté de Taizé : « Je crois que c’est une conviction très profonde dans l’histoire des chrétiens que les martyrs sont unis dans la foi ; que le martyre nous fait dépasser toutes les divisions, offrant une profonde unité dans le mystère du Christ. En Ouganda, les martyrs anglicans et catholiques sont enterrés ensemble, vénérés ensemble. On ne fait plus de distinction. Ils ont donné leur vie, dans la plénitude de la foi. » Le P. Mihai Marina, curé de la paroisse gréco-catholique roumaine de Paris, complète son propos : « Il est important de nous entendre et de nous rejoindre dans des pays libres, pour écouter des témoignages de chrétiens capables de donner leur vie pour la foi dans des pays où la liberté est bien moins présente. »

Une longue litanie de martyrs contemporains

Après l’homélie de Mgr Celestino Migliore, débute alors le temps de « mémoire de ceux qui ont offert leur vie pour l’Évangile » ; sont alors égrenés les noms des martyrs, rassemblés par continent, tandis que le chœur chante, à la manière d’une litanie, Kyrie eleison. Résonnent ainsi, sous les voûtes de l’église parisienne, des noms aux sonorités lointaines et peu connus du grand public, venus des quatre coins du monde. Et d’abord, d’Afrique : « Notre frère de la Communauté Sant’ Egidio, le bienheureux Floribert Bwana Chui, tué au Kivu, en République démocratique du Congo, pour avoir résisté à la corruption et à l’idolâtrie de l’argent. » Puis en Asie et au Moyen-Orient : « Au sud du Liban, nous nous souvenons du Père Pierre El-Raï, prêtre maronite, tué dans un bombardement le 9 mars 2026 alors qu’il portait secours à un paroissien blessé. » En Amérique : « Le cardinal Posadas Ocampo, assassiné pour son opposition au trafic de drogue. » Enfin, en Europe : « Le Père montfortain Olivier Maire, tué par l’auteur de l’incendie de la cathédrale de Nantes qu’il hébergeait pour l’aider dans sa guérison. » Pour chaque continent, une croix est portée en procession dans la nef pour être plantée sur l’autel. « Les croix sont tous ces noms que nous avons portés dans la prière, qui viennent se planter dans la table de la fraternité, de l’eucharistie, la table où Jésus se donne, décrit le P. Perraud. Leur vie est donnée pour donner la vie ; c’est ça le martyre. » La veillée se conclut par l’hymne de l’entrée à Jérusalem rappelant à l’assemblée la temporalité dans laquelle s’inscrit cette soirée : « C’est la semaine du martyre de Jésus, souligne Mgr Migliore. C’était le bon moment pour vivre cet événement, car nos martyrs participent au martyre du Christ. »

Grégoire Delatouche

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