Témoignage de Sarah
Sarah est néophyte : elle a été baptisée en 2025 à Saint-Lambert de Vaugirard (15e).
Je m’appelle Sarah, j’ai presque trente-sept ans, je suis mère, je suis médecin, rien de remarquable en apparence ; ma vie suivait simplement son cours lorsque, il y a deux ans, on m’a parlé de Jésus-Christ pour la première fois.
Bien sûr, j’avais déjà entendu son nom, mais je ne savais rien de lui. Pour moi, c’était une affaire de chrétiens, de catholiques, une référence lointaine servant tout au plus de repère au calendrier que j’utilisais. C’est tout.
En revanche, j’avais beaucoup entendu parler de l’Église. À la maison, on la considérait comme une affaire de « faibles » ; à l’école, on m’enseignait les guerres de religion et le sang versé au nom de Dieu. J’ai grandi dans une France, une école et une famille athées, où Dieu n’existait simplement pas.
Je n’avais alors que ma vie.
N’avoir que sa vie, lorsque Dieu n’existe pas, représente un défi organisationnel colossal, car on ignore de combien de temps on dispose pour la mener à bien. Il faut à tout prix ne pas la gâcher, ne rien manquer, s’inscrire dans le circuit le plus efficace et le plus performant possible.
Le corollaire naturel est de lutter de toutes ses forces contre les embûches, les obstacles, tout ce qui pourrait entraver notre volonté, notre bonheur, notre précieuse existence.
Le projet est ambitieux, risqué, et les chances de succès si incertaines qu’il m’apparaissait nécessaire de bâtir un véritable plan d’action.
Je crois que tout a commencé ainsi : par la recherche d’une manière de ne pas gâcher sa vie. Existe-t-il une réponse ? Existe-t-il une méthode ?
D’abord, je me suis tournée vers le matériel. Enfant, cela passait par la réussite scolaire. Adulte, la liste s’est allongée : la santé, la réussite professionnelle, l’argent, les amis, la famille, les défis sportifs, les beaux vêtements, les voyages… Rien d’excessif, seulement ce que l’on considère comme raisonnablement désirable. Mais cette quête matérielle est sans fin, et elle laisse un goût de vide, presque d’inquiétude. Bien sûr, il y avait aussi la joie, le bien, l’amour — c’est incontestable — mais cela ne constituait pas la réponse absolue. L’accomplissement par le confort matériel, censé répondre au bonheur humain, s’est révélé pour moi, de façon très concrète, trop incertain et trop instable.
Alors j’ai lu des quantités de livres de philosophie, de développement personnel, de méditation, d’art ; j’ai continué à chercher. C’était intéressant, mais, une fois passée la curiosité initiale, tout cela demeurait fade.
Le bonheur semblait pourtant entrer en résonance avec la paix. Parfois je repensais aux belles églises, qui nous enveloppent de leurs bras épais de silence et de calme. Aux sons graves des cloches dans les fraîches soirées normandes. Aux tableaux mystérieux de ces martyrs et de Marie, intimidants. Aux chrétiens que je voyais sortir de la messe, ils semblaient heureux.
Un jour, sans attente particulière, peut-être en repensant à ces souvenirs, j’ai demandé le baptême. Pourquoi ne pas explorer cette voie ? Au pire, cela enrichirait ma culture générale et m’aiderait à comprendre les références bibliques des musées. Cela me paraissait être une sorte de diplôme officiel.
C’est alors que j’ai entendu, pour la première fois, ce que Jésus-Christ était venu nous dire.
Je suis tombée de mille étages en apprenant qu’à la question « que faire de ma vie ? comment ne pas la gâcher ? », Dieu avait envoyé son propre Fils pour apporter une réponse concrète et totale. Que tout avait été dit. Que « tout était accompli ».
En écrivant cette lettre, je voulais d’abord témoigner du renversement qu’une telle révélation a provoqué en moi. Des changements discrets en apparence, mais fondamentaux. Je suis passée d’une existence confortablement nourrie des plaisirs de ce monde, mais incertaine, solitaire, mue par une sorte de « collectionnite » de cases à cocher, une vie dont l’objectif semblait surtout que rien ne bouge et que rien ne se brise.
Je suis entrée dans une confiance nouvelle : tout ira bien ; les tempêtes peuvent venir, je ne crains rien, je suis aimée et attendue. Peu à peu, le catéchuménat m’a fait découvrir l’Évangile, la Tradition, les témoignages chrétiens. Plus j’apprenais, plus ce qui m’était révélé ne me paraissait pas appartenir à ce monde ; cela n’avait rien de commun avec ce que j’avais étudié jusque-là. Et plus mon intelligence accueillait ces vérités, plus approchait le moment du saut dans la foi. Ce moment où l’amour dépasse la raison, où la confiance remplace l’inquiétude ; j’avais compris que Dieu voulait recevoir librement mon amour, et non plus seulement mon adhésion intellectuelle.
J’ai compris que le bonheur, c’était de vivre le plus proche possible de Dieu, et que le moyen, c’était de rejoindre et de suivre le trésor qu’est l’Église du Christ, livré pour nous, les hommes.
Je remercie le Seigneur de pouvoir raconter cela, mais surtout de pouvoir adresser une lettre d’amour fraternelle, une lettre de gratitude à tous les chrétiens de ce monde, ainsi qu’à ceux qui ont déjà rejoint le Seigneur.
Merci pour ces sublimes cathédrales. Merci pour ces majestueux tableaux. Merci pour ces divines mélodies. Merci pour ces romans admirables. Merci à tous ces chrétiens qui font sonner les cloches, ouvrent les églises, montent ensemble les marches le dimanche. Merci aux courageux martyrs. Merci à ceux qui m’ont offert gratuitement leur bonté. Merci à tous ceux qui portent une croix dans le métro. Merci à ceux qui ont parlé sans retenue et sans peur. Merci de ne pas m’avoir jugée. Merci de m’avoir accueillie. Merci de m’avoir donné l’Évangile. Merci à tous ceux que je ne peux nommer ici, mais envers qui mon âme demeure à jamais reconnaissante.
Vos efforts, votre amour ont été ces discrets bastions de beauté qui m’ont montré l’issue.
Nulle apparition, nulle expérience mystique n’ont été nécessaires pour moi, seul le sel que vous avez saupoudré, seule la lumière que vous avez accrochée au boisseau ont été suffisants pour que je retrouve le chemin de la maison du Seigneur. Vous avez fait ce que le Seigneur vous a demandé, vous avez annoncé la Bonne Nouvelle, dans vos œuvres les plus humbles comme les plus grandioses, vous avez proclamé l’Évangile, et vous m’avez sauvée.
Peu importent la médisance, les offenses, votre beauté est sans pareille. Le cœur et l’esprit des hommes le savent. En mémoire ne reste que la beauté, qui réchauffe le cœur, c’est elle qui nous guide. L’homme est fait ainsi. Ne craignez pas le résultat, car le Salut, c’est vraiment une graine de moutarde, suffisante et grandiose. À chaque fois qu’un chrétien dépose de la beauté en ce monde, quelqu’un de l’autre côté tombera dessus, la gardera dans son cœur et l’Esprit Saint peut œuvrer.
Ce Carême 2026, et tous les Carêmes du reste de ma vie, je vais prier pour qu’il me soit accordé de vous ressembler, vous qui n’avez pas abandonné le Christ. À mon tour, j’entre dans l’Évangélisation, avec le souvenir ému et la certitude qu’à chaque fois que je choisis le Christ, cela aide mes frères et sœurs de l’autre côté à trouver le chemin vers la maison.