« Faire se rencontrer le monde de la foi et le monde universitaire »

Paris Notre-Dame du 5 février 2026

Alors que les périodes d’inscriptions pour l’enseignement supérieur battent leur plein, l’Institut Catholique de Paris (ICP) – connu sous l’appellation de « La Catho » – propose une journée portes ouvertes de son campus parisien, le samedi 7 février.

Fondé, comme les autres universités catholiques, en 1875, l’ICP veut porter, depuis 150 ans, une voix exigeante et différente dans l’enseignement supérieur. Entretien avec le P. Emmanuel Petit, recteur de l’Institut Catholique de Paris.

Le 10 septembre, l’ICP fêtait les 150 ans de sa fondation à Notre-Dame de Paris, lors d’une messe d’action de grâce présidée par Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, et chancelier de l’ICP, en présence de douze évêques, dont le cardinal Jean-Marc Aveline et le nonce apostolique, Mgr Celestino Migliore, et de plusieurs prêtres de l’Institut Catholique de Paris.
© Charlotte Reynaud

Paris Notre-Dame – Quel est le projet d’une université telle que l’Institut Catholique de Paris ?

P. Emmanuel Petit – Pour une université catholique – et donc pour l’Institut Catholique de Paris –, l’un des principaux objectifs est de faire se rencontrer le monde de la foi et le monde universitaire. C’est l’ADN de toute l’université catholique, et c’est aussi au cœur de la mission de l’Église, qui s’est toujours passionnée pour la recherche, car dans l’étude, il y a toujours une quête, celle de la vérité, et donc une dimension spirituelle. L’université catholique est, en quelque sorte, l’héritière des monastères ; pendant des siècles, ils ont offert, à la fois, ce retrait par rapport au fracas du monde, une grande hospitalité et une forme d’affranchissement de toutes les contingences ou logiques économiques immédiates. Cette tradition se retrouve dans nos universités, qui veulent être des lieux de quiétude – où l’on peut se former, débattre dans le respect et grandir à travers la différence de l’autre – et de grande hospitalité. Un établissement comme le nôtre est habité par cette quête du savoir, humaine, spirituelle et, en même temps, cet accueil inconditionnel de chacun.

P. N.-D. – Pourquoi est-il important de favoriser cette rencontre entre le monde de la foi et de la recherche ?

E. P. – Il y a peu de lieux où cela puisse se faire de manière apaisée. Il y a pourtant un grand enjeu, aujourd’hui, à faire vivre la théologie dans un lieu universitaire, non seulement pour favoriser la rencontre entre les sciences sacrées et profanes, mais aussi pour intéresser de nouveaux publics à la question religieuse, qui ne se limite pas du tout à la théologie. C’est une question transverse qui irrigue toute notre société, suscite une nouvelle forme d’intérêt et nourrit, aussi, bien des peurs et des incompréhensions. L’une des missions d’une université catholique comme l’ICP, c’est justement de travailler à ces différents enjeux – notamment de connaissance mutuelle – et d’y répondre. C’est important non seulement pour les chrétiens, mais pour toute la société.
La théologie, elle-même, a besoin de trouver une assise plus large – bien au-delà du strict domaine de la formation des clercs –, afin de retrouver une place dans le monde de la recherche et de la pensée. C’est d’autant plus pertinent, que le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche est un lieu où le message de l’Église reste crédible. C’est une parole qui est respectée et même, souvent, attendue.

P. N.-D. – À l’échelle de l’ICP, comment mettez-vous en œuvre ce dialogue entre les sciences profanes et sacrées ?

E. P. – La rencontre entre les sciences sacrées et les disciplines profanes fait vraiment partie de l’ADN de l’ICP, notamment à travers l’interdisciplinarité, très importante chez nous. Cette volonté d’associer plusieurs disciplines se manifeste aussi, par exemple, par la construction d’une nouvelle bibliothèque, qui centralisera et unifiera les fonds et les quelque 700 000 ouvrages de la Catho actuellement répartis dans cinq lieux différents. Elle prendra place au cœur de l’université et sera beaucoup plus grande, visible et fonctionnelle, ce qui favorisera davantage encore les échanges entre disciplines.
L’avantage d’une université, c’est aussi de toucher un public extrêmement varié, parfois inattendu, et de le rassembler en un lieu. La dimension universitaire permet cette unité, cette rencontre de gens profondément différents mais heureux de pouvoir échanger, dans un climat qui favorise une bonne qualité de dialogue. C’est très important. Cette possibilité de dialoguer sereinement est très précieuse, et ce n’est pas si facile de la trouver, aujourd’hui, dans le monde de l’enseignement supérieur, où tout devient vite polémique et idéologisé.

P. N.-D. – Est-ce que vous observez, à l’ICP, ce regain d’intérêt pour la question religieuse dont vous parliez ?

E. P. – Notre aumônerie est dynamique. Beaucoup de choses sont en évolution, voire en crise, mais il reste cette curiosité pour la foi. C’est particulièrement visible chez la jeunesse, parfois motivée, d’ailleurs, par l’influence ou la rencontre d’autres religions. On voit bien ici, par exemple, combien les cours de droit canonique, de théologie ou sur la Bible intéressent au-delà du public attendu. Il y a, ici, des jeunes qui découvrent la foi, certains allant jusqu’à demander le baptême. Pour d’autres, l’Institut catholique est le lieu de leur première vraie rencontre avec l’Église.

P. N.-D. – Quelle ambition portez-vous pour les jeunes inscrits à l’ICP ?

E. P. – Nous ne voulons pas que nos étudiants soient des personnes simplement compétentes dans leur discipline, mais vraiment pétries d’humanité ; qu’ils aient le sens de ce qu’est la personne humaine, de sa dignité, et de ce qu’est la société. Il s’agit d’aider à construire des personnalités sur lesquelles on puisse compter, par leur fiabilité, leur honnêteté et leur rigueur dans le travail. Notre enjeu, c’est de faire comprendre aux étudiants qu’ils ne portent pas seulement, à travers leurs études, le souci de trouver un travail pour demain, mais aussi de discerner quelle est leur place dans le monde et leur vocation, au sens large. Nous souhaitons aussi former des jeunes qui soient capables de prendre de grandes responsabilités dans le monde de demain. C’est, par exemple, l’un des objectifs de notre nouvel Institut Ozanam. Celui-ci propose un double diplôme (licence + bachelor) en Science politique, Géopolitique et Humanités, qui fonctionne dans l’esprit des prépas mais avec l’ambiance et la qualité de formation d’une université.

P. N.-D. – L’ICP est, depuis toujours, engagé dans la formation des futurs prêtres puisqu’il accueille, en ses murs, le séminaire des Carmes, dont la fermeture est annoncée pour la rentrée prochaine. Pourquoi cette décision ?

E. P. – Depuis une dizaine d’années, se posent des questions sur l’organisation de la formation des prêtres en Île-de-France. Les évêques de la province ont souhaité entamer un processus de rapprochement entre les deux séminaires, celui des Carmes – fondé initialement par la compagnie de Saint-Sulpice et qui se trouve à l’ICP –, et celui d’Issy-les-Moulineaux – tenu par les sulpiciens. L’objectif est d’imaginer un nouveau séminaire qui serait, à la fois, basé à Issy-les-Moulineaux pour la vie communautaire, et à l’ICP, pour la formation universitaire. Cette réorganisation permettra d’avoir un séminaire avec des séminaristes plus nombreux, tout en s’appuyant sur l’exigence et l’ambiance que peut apporter une université. Beaucoup de choses restent encore à penser. Mais ce qui est important, c’est de toujours remettre la formation des prêtres sur le métier, afin d’être le plus ajusté à notre époque et d’offrir la meilleure qualité de formation intellectuelle, humaine, spirituelle et pastorale aux séminaristes.

Propos recueillis par Charlotte Reynaud

En chiffres

  • 3 campus : Paris, Reims, Rouen, et deux antennes à Tours et à Cergy.
  • 6 facultés : faculté de droit canonique, faculté d’éducation et de formation, faculté des lettres, faculté de philosophie, faculté de sciences sociales, d’économie et de droit, faculté de théologie.
  • 1 unité de recherche « Religion, culture et société » : 4 pôles, 4 chaires et 5 instituts de recherche.
  • 250 doctorants.
  • 11 000 étudiants en prépa, bachelor, licence, master et doctorat.

Pour en savoir plus : icp.fr

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