Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe lors de la journée de la Fraternité Diaconale du diocèse de Paris

Samedi 7 février 2026 - Cathédrale Sainte-Geneviève et Saint-Maurice de Nanterre (92)

- 1 R 3,4-13 ; Ps 118 ; Mc 6, 30-34

Il faut bien se mettre, de temps en temps, sinon en repos du moins à l’écart. C’est ce que Jésus invite ses apôtres à faire avec lui. Ils reviennent de mission, ils ont vu des choses, ils ont écouté, ils ont probablement parlé et « fait du bien ». Dans l’habitude des textes évangéliques, « faire du bien » c’est guérir, c’est un mot évidemment extrêmement important que nous traduisons plus largement par cette expression « faire du bien », c’est-à-dire se mettre à la disposition de nos semblables, se mettre à disposition pour les servir et pour faire que la parole que nous prononçons, l’écoute que nous avons de ceux que nous rencontrons, ne soient pas simplement parole vide et écoute inattentive mais au contraire parole capable d’engendrer quelque chose de neuf dans la vie de ceux que nous rencontrons, les vies que nous traversons, les vies à côté desquelles nous nous trouvons. Une parole qui guérit, qui est efficace et qui fait du bien, c’est une parole qui fait confiance tout simplement à la Parole du Christ. Car quand le Seigneur demande à ses apôtres de se reposer après le travail pastoral qu’il leur a donné, il se trouve que, tout d’un coup, le Seigneur lui-même s’aperçoit qu’il y a encore des gens qui ont besoin de lui, de sa parole, et de sa parole efficace, performative comme on dit. Ce qui signifie que c’est Jésus qui prend le relais de ses apôtres.
C’est un jeu assez intéressant de voir, dans ce court passage d’évangile, que Jésus invite ses apôtres à le relayer et à aller au loin, à partir, à aller à la rencontre. Et vous savez aussi que, quand ils vont à la rencontre, ils découvrent que le Christ est déjà présent, d’une certaine façon, dans le cœur de ceux qui écoutent leur parole. Et puis, à leur retour, il leur dit : « reposez-vous, ne le faites plus », et c’est lui qui continue. C’est sa propre parole qui est efficace. C’est bien mystérieux, mais je crois que nous ne pouvons pas être envoyés en mission sans prendre en compte ce mystère-là : le Seigneur est avant nous sur le terrain. Et le Seigneur continue après nous l’œuvre que nous avons essayé de faire à sa place parce qu’il nous a envoyés la faire. Retenons bien ceci : nous avons besoin, certes, de nous reposer, mais Dieu lui-même, à travers son Fils, continue d’agir. Si la parole que nous avons est une parole efficace, ce n’est pas parce que nous sommes vraiment intelligents, ce n’est pas vraiment parce que nous sommes capables, ce n’est pas parce que nous-mêmes nous faisons du bien, c’est parce que lui le fait à travers nous. Nous ne pouvons jamais oublier cette particularité de la parole qui vient de Dieu : elle nous traverse, elle fait du bien en nous et elle fait du bien à travers nous. Ce ne sont jamais nos astuces, ce n’est jamais notre intelligence – qui est nécessaire quand même ! – mais c’est toujours en se remettant à Dieu que l’on comprend ce que l’on est en train de faire, même ministériellement.
L’apostolat que nous avons et le ministère que vous avez, frères diacres, est un ministère qui s’enracine dans cette Parole de Dieu qui ne cesse d’agir dans le cœur des hommes et qui ne nous enferme pas sur nos procédés, sur nos méthodes, sur notre capacité de convaincre. Tant de fois l’apôtre Paul le dit : « c’est Jésus à travers moi. » Voilà pourquoi la première lecture a aussi son importance. Nous commençons ces jours-ci une lecture autour du roi Salomon qui va se poursuivre pendant plusieurs jours ; après que nous avons eu le cycle de David, maintenant nous entendons ce que fait Salomon. Et Salomon est bien convaincu qu’il ne peut rien faire sans le Seigneur lui-même. Placé jeune à la tête du peuple pour succéder à son père, il est bien convaincu qu’il ne saura pas gouverner si Dieu n’est pas avec lui, qu’il n’aura pas de sagesse de gouvernement. Et la sagesse de gouvernement est une sagesse particulière : ce n’est pas simplement la sagesse qui est nécessaire pour conduire sa vie, mais la sagesse que Dieu donne pour conduire un peuple, ce qui n’est pas tout à fait la même chose et n’obéit certainement pas exactement aux mêmes règles. Il y a des règles pour diriger, pour faire grandir un peuple et pour l’amener jusqu’à Dieu qui ne sont pas simplement des règles de sagesse personnelles mais qui s’appliquent à un peuple tout entier. Salomon est tout à fait inquiet comme l’exprime le psaume que nous avons entendu : « Comment jeune, garder pur mon chemin ? » C’est-à-dire comment vais-je faire pour ne pas me laisser tenter par la richesse, pour ne pas me laisser tourner la tête par le pouvoir, pour ne pas être complétement débordé par les multiples responsabilités que l’on encourt quand on dirige un peuple qui est toujours prêt à laisser tomber le Seigneur ? Il demande donc la sagesse. Et Dieu lui dit que c’est très beau qu’il ait demandé la sagesse, qu’il n’ait pas demandé le pouvoir, l’argent ni la richesse, mais la sagesse pour gouverner.
Je ne sais pourquoi, quand on lit ce texte tous les deux ans dans ces années paires, il n’est pas accompagné de la prière même qui est dans le Livre de la Sagesse et que nous avons la joie de dire chaque troisième samedi matin au bréviaire : « Seigneur, Dieu de mes pères, tu as fait la Création, tu as fait l’homme à ton image, donne-moi la sagesse qui vient de toi ! » C’est une prière que nous avons besoin de dire, qui ne vient qu’une fois toutes les quatre semaines dans le bréviaire mais qui a tant de force et est tellement nécessaire pour accompagner toutes sortes de ministère. C’est de cela qu’il s’agit : il s’agit d’accompagner le ministère de l’évêque, du prêtre et du diacre puisque les uns et les autres sont en relation avec un peuple tout entier ; il s’agit pour nous de gouverner et, pour vous les diacres, de manifester le service que l’Église est capable de donner, de prodiguer à l’égard de tous ceux que nous rencontrons.

Je vous invite à dire souvent cette prière et à demander au Seigneur d’agir en son nom et jamais en notre nom personnel. Que le Seigneur nous en fasse la grâce, qu’il nous ouvre les richesses de sa miséricorde, qu’il nous ouvre les richesses du bonheur qu’il entend apporter à l’humanité tout entière et du bonheur pour lequel il nous a choisis pour être ses serviteurs, ses ambassadeurs, ses apôtres et les serviteurs de tous.

+Laurent Ulrich, archevêque de Paris

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