Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe en la cathédrale Notre-Dame de Paris
Dimanche 10 mai 2026 - Notre-Dame de Paris
– 6e dimanche de Pâques – Année A
11h30
- Ac 8,5-8.14-17 ; Ps 65,1-7.16.20, 1 P 3, 15-18 ; Jn 14, 15-21
Frères et Sœurs,
Je l’ai dit en entrant dans cette célébration, il y a quelques instants : nous approchons du temps de la Pentecôte et du don de l’Esprit Saint. Nous sentons, à travers les lectures d’aujourd’hui, qu’il s’annonce ; nous savons déjà qu’il va venir. Et remarquez bien que 800 personnes dans le diocèse de Paris attendent de recevoir la marque de l’Esprit Saint au temps de Pentecôte. Il y a déjà eu plus de 800 personnes qui ont demandé le baptême adulte, 300 jeunes adolescents qui l’ont demandé aussi et qui recevront peut-être la confirmation en ce dimanche de Pentecôte… en tout cas ce sont 800 ou 900 peut-être, plus des jeunes très nombreux, qui recevront le sacrement de confirmation dans ce temps de Pentecôte. Ils attendent, ils savent que l’Esprit est fait pour eux, de même que les apôtres et les disciples savaient que l’Esprit était fait pour eux.
Il avait déjà donné des signes de sa présence. Dans les premières communautés - vous avez entendu dans le Livre des Actes des Apôtres - le premier signe c’est l’accueil de la Parole de Dieu. Les assemblées qui se réunissaient ici et là dans les villes, à Antioche par exemple et ailleurs, attendaient la parole des apôtres. Et c’est déjà un signe magnifique que l’Esprit se manifeste. Ils voyaient aussi que les apôtres étaient capables de faire du bien, comme Jésus : là où ils passaient ils faisaient du bien, ils guérissaient les esprits dérangés ou difficiles. Et il s’ajoute un signe supplémentaire : quand on découvre qu’ils n’ont pas entendu encore parler de l’Esprit Saint ou qu’ils ne l’ont pas reçu, on prie sur eux et on leur impose les mains. Ce geste traditionnel dans l’Église prend son origine ici, en partie. On impose les mains pour dire : Viens Esprit Saint sur ces personnes qui t’attendent. Et ce geste continue d’être pratiqué dans l’Église au moment des grands signes sacramentels. Nous le faisons sur les confirmands pour qu’ils reçoivent l’Esprit ; nous le faisons sur les ordinands, ceux qui reçoivent une mission d’Église et qui sont ordonnés diacres, prêtres, évêques ; nous le faisons à chaque eucharistie, sur le pain et le vin pour que l’Esprit les habite de sorte qu’ils deviennent le Corps et le Sang du Christ. Voilà ces gestes et ces signes que l’Esprit dispose devant nous pour que nous comprenions qu’il est là déjà au milieu de nous et qu’il peut s’emparer de notre propre cœur.
Et puis il y a la promesse dans l’évangile que nous venons d’entendre, que Jésus enverrait, quand il ne serait plus visible à nos yeux, qu’il ne serait plus à cheminer avec ses pieds sur la terre que nous foulons, son Esprit pour que nous puissions vivre avec lui et comme lui, c’est-à-dire capables de faire du bien au nom de Jésus, capables de dire une parole qui soit ouverte sur la joie de la bonne nouvelle, capables, quand les foules sont là, d’être touchés par des paroles qui changent le cœur et qui le transforme. Voilà la promesse qui est faite. À quoi s’ajoute ce que nous avons entendu dans la deuxième lecture, la Lettre de Pierre : le témoignage de la foi. Ceux qui ne sont pas faits pour être des prédicateurs sont pourtant faits pour donner le témoignage de leur foi avec la force de l’Esprit Saint. L’apôtre Pierre nous le dit : « Ne vous dérobez jamais à donner le témoignage de votre foi quand on vous demande de rendre compte de l’espérance qui est en vous. » Et cette espérance c’est le Christ qui vous la donne, c’est son Esprit qui vous la donne pour que vous puissiez la communiquer : l’espérance que le Seigneur ne nous abandonne jamais ; l’espérance que ce monde est fait pour recevoir la Bonne Nouvelle ; l’espérance que les cœurs humains sont faits pour être transpercés par le bonheur de vivre dans la joie de Dieu et de se laisser transformer. Voilà ce que le Seigneur nous promet quand il dit que « l’Esprit Saint va venir chez vous et vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit, il vous fera faire du bien en mon nom, il vous fera prononcer des paroles qui font du bien à vos frères et à vos sœurs, il vous donnera le courage du témoignage de la foi. » Voilà celui que nous attendons.
Alors, ce que nous pouvons dire rejoint ce que j’ai entendu ces jours-ci, à l’occasion de la mémoire des martyrs d’Algérie des années 1990 à 2000, une mémoire entretenue notamment par un groupe qui a tenu congrès ici ces jours derniers, et qui avait donné pour thème à son rassemblement : « Pouvons-nous attendre une lumière même dans les moments les plus sombres ? » Évidemment cela faisait allusion à ces dix années terribles vécues en Algérie au milieu desquelles des chrétiens ont donné leur vie par amour de Jésus et par amour du peuple algérien. Oui, ces martyrs étaient capables de dire la lumière de Jésus au milieu des moments les plus sombres de l’histoire de leur pays. Oui, ils ont été capables, par le don d’eux-mêmes, jusqu’au bout, dans le martyre, d’être des lumières pour ce pays dans lequel ils vivaient et qui était traversé par tant de violence.
De la même façon, aujourd’hui, et cet après-midi tout particulièrement, nous fêterons les 170 ans d’une association qui a apporté beaucoup de bien en Orient, l’association qui porte le nom d’Œuvre d’Orient. Elle compte 170 ans au service du lien entre nos communautés chrétiennes ici en Occident et avec les communautés chrétiennes souvent maltraitées en Orient, à cette époque-là au milieu du XIXe siècle et, comme nous le savons, aujourd’hui encore au milieu des violences et des guerres. L’Œuvre d’Orient a été et est encore une lumière au milieu des moments les plus sombres de la vie des peuples dont nous entendons parler tous les jours malheureusement. Nous savons qu’ils souffrent, nous savons que l’Œuvre d’Orient apporte de l’aide, de l’aide matérielle bien sûr mais surtout le lien spirituel qui unit chrétiens d’Orient et d’Occident, et surtout la prière, et surtout les relations que nous entretenons avec des frères et des sœurs de ces pays du Moyen-Orient et de ces pays orientaux y compris en Europe, de l’Ukraine jusqu’à l’Éthiopie, toute une ligne de pays dans lesquels existent des chrétiens et avec qui nous gardons le lien. Alors oui, l’Œuvre d’Orient est une lumière au milieu des moments les plus sombres que vivent nos frères au loin.
Regardons ce que l’Esprit est capable de faire dans nos cœurs pour nous ouvrir ainsi les uns aux autres, découvrir les richesses de la vie chrétienne, les richesses de fraternité. C’est lui, l’Esprit, qui met tout cela en nous. Nous attendons sa venue, une nouvelle fois, que nous célébrerons au jour de Pentecôte.
+ Laurent Ulrich, archevêque de Paris