Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe à la chapelle Notre-Dame de Paix avec la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et Marie

Jeudi 9 juillet 2026 - Chapelle Notre-Dame de Paix (12e)

– Fête de la Bienheureuse Vierge Marie, Reine de la Paix – Patronne des Missionnaires

- Is 9, 1-3, 5-6 ; Ps 84 ; Lc 1, 26-38

Ce sont deux récits d’annonces qui sont donnés dans les lectures d’aujourd’hui. Tirée du Livre d’Isaïe, d’abord, cette annonce que le peuple qui marche dans les ténèbres de la peur, dans les ténèbres de la violence, dans les ténèbres de la crainte des ennemis, de la crainte des adversités de toutes sortes, attend le Prince de la paix, celui qui sera bien au-dessus de tous et qui sera capable de donner au monde connu la paix qui est attendue et qui est espérée. On a bien sûr ce désir, et il est inscrit dans ce texte qui nous est si connu, que nous lisons en général au temps de l’Avent : alors on n’aura plus de peur, on n’aura plus de joug qui pèsera sur les pauvres ; il n’y aura plus de crainte pour ceux qui ne savent pas se défendre, parce que le Prince de la paix envoyé par Dieu est celui qui gouvernera, parce qu’il sera un prince doux, un prince qui désire le bien pour tous et qui ne s’impose pas avec violence.

De la même façon, l’annonce qui est faite à Marie, de celui qui doit venir, est une annonce douce pour le peuple. Le peuple du temps de la Vierge Marie, le peuple qui est à Nazareth, le peuple d’Israël, le Peuple des pauvres de Dieu, et évidemment le peuple de tous les temps qui met sa confiance dans le Seigneur et qui est chargé de répandre la paix avec lui, le Prince de la paix. D’une certaine façon, ce que nous venons d’entendre dit que l’humanité que nous sommes et les croyants que nous sommes sont toujours dans l’attente de la paix qui est annoncée. Cela ne veut pas dire que Dieu ne tient pas ce qu’il promet ; cela veut dire qu’il entretient son peuple dans ce désir profond d’être habité par la paix et qu’il invite chacun, chaque cœur, à croire que la paix commence en lui, que la paix est donnée par le Seigneur et que chacun peut se laisser habiter par la paix que le Seigneur lui donne. Voilà quelque chose de très profond que nous entendons et qui, de siècle en siècle, est proclamé par l’Église.

Vous avez évoqué tout à l’heure, dans l’introduction, le fait que notre pape Léon est très sensible à cette annonce de la paix dans le monde. Les premiers mots qu’il a dits au début de son pontificat sur la place Saint-Pierre à Rome - « La paix soit avec vous » - ce sont ceux que j’ai prononcés au début de cette eucharistie comme chaque évêque est invité à le faire au début de chaque eucharistie, reprenant les mots mêmes de Jésus après sa Résurrection et apparaissant à ses disciples. « La paix soit avec vous, » dit-il, toujours, chaque jour, et invitant le peuple de Dieu, le peuple des croyants, à croire cela et à croire que cela est possible grâce à lui, mais à partir du cœur de chacun d’entre nous.

Le pape Léon a une formule extrêmement touchante, qu’il a dite dès le premier soir, qu’il a renouvelée et qu’il a expliquée déjà depuis plus d’un an. Il parle, vous le savez, de « la paix désarmée et désarmante ». Qu’est-ce que cela veut dire « la paix désarmée » ? Le pape l’a expliqué, disant que c’est la paix qui ne s’impose pas par la violence, la paix qui ne s’impose pas par la menace, la paix qui ne s’impose pas par les armes. Évidemment cela peut sembler une gageure de penser que la paix puisse ne pas s’imposer par les armes. On sait bien que les armes sont prises très souvent comme le moyen de parvenir à une fin au service de celui qui déclenche la guerre. Mais l’invitation c’est que justement la vraie paix, la paix qui vient de Dieu, la paix qui sert le bien pour tous, est une paix qui ne se sert pas de la violence pour s’imposer. C’est très contraire à l’esprit du monde, c’est très contraire aux pratiques du monde qui a l’habitude de voir que la paix est la conclusion d’une guerre et la fin de l’utilisation des armes d’un peuple contre un autre, ou d’un puissant contre des peuples. C’est contraire aux habitudes du monde mais c’est dans le cœur de Dieu, le principe même de la vie en commun et de la vie fraternelle. Ce que nous espérons en effet, c’est une paix désarmée où la menace ne pèse pas. Et nous comprenons que ceci commence chez nous, dans notre cœur, dans notre relation fraternelle aux autres. Que nous n’utilisions pas les armes les uns contre les autres dans la vie civile c’est ce qu’il y a de plus fréquent, mais que nous utilisions des moyens de pression, parfois de la violence, parfois de la surprise, parfois de la menace, cela habite notre cœur et nous sommes capables de l’utiliser. Ce que demande le Seigneur, ce que le pape Léon nous enseigne, c’est que nous avons à désarmer notre propre cœur, à désarmer nos propres mots, les mots que nous utilisons les uns à l’égard des autres, pour ne pas vouloir dominer ceux qui sont autour de nous.

Alors, le pape continue en disant que la paix désarmée est aussi une paix désarmante. Parce que, quand on utilise les mots de la simplicité, les mots de la fraternité, les mots désarmés, les mots de la bonté, les mots du bien et de la vérité, alors les cœurs en face de nous peuvent se sentir en confiance. Ils peuvent être désarmés eux-mêmes et vouloir commencer une relation de bonté, de douceur, de simplicité et de bonheur.

La paix qui se désarme dans le cœur qui est le nôtre, est capable de pacifier le cœur des autres. C’est cela le vœu le plus cher, que le Seigneur, le Prince de la paix, fait pour nous. C’est celui-là qu’il nous donne comme une puissance qui révolutionne les cœurs, qui les transforme, qui les habite, et qui change peu à peu le cœur du monde. C’est un travail de longue haleine, mais le peuple de Dieu, d’après le prophète Isaïe, l’a déjà espéré et a espéré cette force-là. Le peuple de Dieu qui reçoit le Prince de la paix, le Fils de Dieu, le fils de la Vierge Marie, croit cela est le désire. Si vous venez ici, dans cette chapelle, vous qui êtes du village de Picpus ou vous qui êtes des cinq continents où la paix a été portée notamment avec les Congrégations des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, si vous êtes ici, c’est que vous avez été rejoints par ce désir de paix qui habite le cœur de la Vierge Marie, qui habite le cœur de Jésus, qui habite le cœur de Dieu et qui habite le cœur du peuple de Dieu. Nous en sommes, nous voulons être fidèles à cela, nous voyons bien que notre monde est rempli de violence, nous voyons bien que ces violences se perpétuent de siècle en siècle, mais nous voyons bien aussi que le peuple de Dieu, le peuple qui a de la bonne volonté, que les hommes de bonne volonté désirent cette paix de tout leur cœur.

Soyons porteurs de ce vœu que Dieu fait pour nous. Soyons porteurs de la paix que la Vierge Marie a toujours portée en son cœur : elle continue de répondre à chacun de ceux qui la prient, par la paix qui vient du Christ.
Que la paix de Dieu soit vraiment avec vous tous.
+Laurent Ulrich, archevêque de Paris

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