Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Consécration de quatre candidates dans l’Ordre des Vierges en la cathédrale Notre-Dame de Paris

Samedi 13 juin 2026 - Notre-Dame de Paris

- Is 44/1-5 ; Ps 62 ; Jn 17/20-26

Les lectures que nous venons d’entendre et le témoignage de celles que vous connaissez et qui s’engagent aujourd’hui dans la voie de la virginité offerte à Dieu et à vous, au peuple de Dieu, nous indiquent clairement que c’est le choix de Dieu qui se manifeste devant nous.

Nous l’avons entendu dans la première lecture tirée du Livre d’Isaïe : « Sois sans crainte, Israël, que j’ai choisi. » Et cette phrase est répétée, presque mot pour mot, deux fois au cours de ce récit. Nous voyons bien que le Seigneur s’adresse à Jacob Israël - Jacob comme un nom singulier, le nom d’une personne ; Israël pour désigner le même et aussi le peuple qui descend de lui - Jacob Israël, un nom de personne, un nom de peuple. Le Seigneur s’adresse à son peuple et il s’adresse à une personne particulière : « Je t’ai choisi. » Et la personne en question et le peuple tout entier répondent : « Je suis au Seigneur, j’appartiens au Seigneur. » Le peuple que nous formons appartient au Seigneur, et dans ce peuple les personnes disent : « Moi, je le prends pour moi-même, j’accueille cet appel que le Seigneur m’a fait, j’accueille l’appel que Dieu veut pour moi et qu’il m’a fait découvrir peu à peu. »

Dans le psaume, nous avons vu que c’est un chemin - « Je te cherche dès l’aurore ; je t’ai contemplé au sanctuaire ; ma force et mon chant c’est toi ; je veux être avec toi tous les jours » - Il s’agit d’un chemin qui passe dans la vie la plus quotidienne, à travers la rencontre avec le Seigneur dans le temple. Un chemin qui passe et qui nourrit la rencontre quotidienne. « Je chante et je crie de joie, » dit le psalmiste. Tous les jours depuis l’aube, depuis l’aube du jour de chacun, jusqu’au soir de la vie de chacun, depuis l’aube de la vie de ce monde jusqu’au soir de la vie de ce monde, il y aura des personnes pour dire : « Je suis au Seigneur ; j’accepte d’être choisi par lui ; j’ai compris qu’il m’appelait et je lui réponds dans la joie et dans la quotidienneté de mes jours. » Et cela se passe avec le Seigneur Dieu, cela se passe avec le Christ. Il est là, sur le chemin, avec vous - vous quatre - mais aussi avec nous qui sommes son peuple. Il est avec nous et vous avez pu comprendre peu à peu comment il vous appelait. Vous l’avez compris à travers ce retour insistant de l’appel, même quand vous avez eu envie – et ce peut être normal – de le chasser et de vous dire : « ce n’est pas pour moi, pourvu que cela tombe sur quelqu’un d’autre. » Cela est possible, cela se comprend, la Bible est pleine de ces allers et retours. Mais un jour le désir a été plus fort, votre désir a été le plus fort. Vous avez compris que c’était dans la joie que vous pouviez le choisir, que c’était le chemin pour vous. Et c’était un chemin responsable, un chemin qui peut ne pas être compris de tous. Vous avez compris que ce chemin était pour toujours, pour l’éternité - dit au moins l’une d’entre vous, mais je crois que toutes le pensent -, un choix d’aujourd’hui qui vous conduit jusqu’à l’éternité. Quel aveu extraordinaire, qui a quelque chose d’intempestif, c’est-à-dire de mal compris par notre temps et, d’une certaine façon, de mal compris par tous les temps. À chaque moment de l’histoire, il y a eu, et il y aura, des personnes pour mettre en cause ce type même de choix, pour se dire que cela n’est pas possible, que cela est hors des forces humaines, et que cela n’a pas de sens.

Que ce soit hors des forces humaines, c’est bien probable, mais vous savez que le Seigneur qui vous y a appelées vous en donnera la force jour après jour. Et c’est cela qui est intempestif : de croire que le Seigneur soit là à ce point qu’il veille sur l’engagement que vous prenez, que nous prenons, dans nos vies engagées. Vous avez désiré qu’il soit donc un choix pour l’éternité. Vous avez désiré que ce soit un choix d’être avec Dieu : cela aussi est intempestif, cela aussi n’est pas compréhensible dans le monde d’aujourd’hui et, je pense, à toutes les époques, de croire que Dieu puisse être à ce point présent. La dernière phrase de l’évangile que nous avons entendu le disait : « Père, je voudrais que l’amour qui est en moi et que je leur donne, soit en eux et que moi aussi je sois en eux. » Cette union si forte avec le Christ, vous l’avez voulue ; cette union si forte avec le Christ vous savez qu’elle se vit d’abord dans la solitude de votre choix et dans la solitude de votre manière de vivre. Mais, attention, cette solitude n’est pas un enfermement sur vous-même, cette solitude ne crée pas un monologue avec vous-même, cette solitude ne crée pas un faux dialogue avec un dieu qui n’existerait pas ou qui serait trop absent, évanescent. Vous croyez que cette solitude est nécessaire pour creuser en vous le désir de l’union avec lui et pour creuser en vous le désir de la fraternité la plus large possible. Vous voulez vivre ce choix qui vous met dans une certaine solitude pour vous préparer tous les jours à la fraternité la plus large. La fraternité la plus large qui se vit dans votre vie professionnelle, dans vos relations sociales, dans votre manière d’être en Église. Vous mettez en relation votre choix de virginité et de solitude avec le choix de vivre les choix de l’Église et avec le choix de vivre en Église, en Église diocésaine, dans votre paroisse, dans les différents groupes dans lesquels vous pourrez intervenir et surtout dans toutes sortes de relations qui pourront conduire jusqu’au Seigneur.

Voilà le rôle qui vous est échu ; voilà ce choix que Dieu a fait de vous pour ouvrir des chemins à la fois de profondeur, de relation avec lui, d’amour universel à la manière de Jésus et avec lui.

Rendons grâce au Seigneur puisqu’il vous a choisies. Rendons grâce au Seigneur pour la vocation qu’il a mise en vous, que vous avez accueillie, acceptée, nourrie et laissée grandir dans votre cœur. Rendons grâce au Seigneur pour tous les appels qu’il adresse à des hommes et à des femmes dans notre temps, comme autrefois, et comme il le fera demain et plus tard. Rendons grâce au Seigneur pour toutes les vocations que la vôtre permettra d’entretenir dans le cœur d’hommes et de femmes autour de vous, plus jeunes que vous, plus âgés que vous peut-être, et qui se tourneront définitivement vers cet appel à une fraternité la plus grande possible, nourrie de l’intimité avec le Seigneur.

+Laurent Ulrich, archevêque de Paris

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