Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe en la cathédrale Notre-Dame de Paris
Dimanche 19 juillet 2026 - Notre-Dame de Paris
– 16e dimanche du Temps Ordinaire – Année A
- Sg 12,13.16-19 ; Ps 85, 5-6.9-10.15-16 ; Rm 8,26-27 ; Mt 13, 24-43
Probablement que, comme les disciples de Jésus il y a deux mille ans, nous avons, nous aussi, besoin d’une explication de la parabole. Reprenons donc les mots par lesquels Jésus s’explique. Il dit que celui qui sème c’est le Fils de l’Homme, et nous comprenons : c’est le Christ lui-même, c’est Jésus, celui qui parle à ses disciples. Le champ, dit-il, c’est le monde : cela nous avions compris aussi, nous comprenons que c’est le monde dans lequel nous sommes. Il faut que nous comprenions aussi que le monde dont parlait Jésus il y a deux mille ans c’est, d’une certaine façon, encore le monde d’aujourd’hui qui est traversé des mêmes inquiétudes, des mêmes défauts, des mêmes fautes et des mêmes péchés, mais aussi des mêmes espérances. Et puis, ensuite, il parle de la semence, de ce qui est semé. Vous vous attendez à entendre : c’est la Parole de Dieu, c’est la bonne Parole de l’Évangile, c’est la Bonne Nouvelle. Eh bien non, ce sont les fils, les fils du Très-Haut, les fils du bien, les fils du Royaume. C’est-à-dire que ce qui est semé ce n’est pas simplement une parole qui s’en va et qui flotte dans le vent, c’est la parole qui est incarnée en chacun de nous. Vous qui m’écoutez, moi qui parle, c’est en nous qu’est la Parole de Dieu qui prend racine dans le monde. Nous avons donc une grande importance dans ce processus : il ne s’agit pas simplement que ce soit la Parole de Jésus proclamée, il faut que ce soit la parole vécue dans le concret de l’humanité que nous sommes.
Et l’ivraie, ce sont, dit-il, les fils du mauvais. Les fils du mauvais ? C’est-à-dire qu’il y aurait des gens qui font le mal en permanence et qui ne savent faire que cela, et puis des gens, comme nous, qui ferions le bien en permanence et qui ne sauraient faire que cela. Nous savons bien que notre expérience humaine nous montre que, comme dit saint Paul plus tard et ailleurs : « Je ne fais pas le bien que je voudrais et je fais le mal que je ne voudrais pas. » Nous sommes donc partagés et l’ivraie et le bon grain sont dans le champ du monde comme dans le cœur de chacun d’entre nous, cela est bien clair.
Cela veut dire qu’il y a en nous un vrai combat, une vraie bataille intérieure qui se livre jour après jour pour que nous fassions, nous, le bien auquel nous sommes entraînés par vocation, parce que nous avons décidé de suivre le Seigneur, d’écouter sa Parole et de la mettre en pratique. Entre cela - le bien qui est notre vocation la plus belle -, et le mal qui traverse encore l’existence de chacun d’entre nous, il y a un grand combat que nous avons à mener chaque jour, et le champ du monde, le champ de notre cœur, sont tout à fait mêlés. Nous savons que les uns et les autres font à la fois du bien et du mal et que nous avons à batailler ferme, jour après jour.
Alors nous comprenons dans cette parabole, qu’il ne s’agit pas de vouloir éradiquer de toute force et avec nos seules forces et le plus vite possible, et peut-être immédiatement, le mal qui est en nous, le mal qui est dans le monde, qui rôde sans cesse. Nous comprenons que c’est la force, la patience et la miséricorde de Dieu qui sont capables d’en venir à bout et non pas nous tout seuls.
La liturgie de ce dimanche nous a fait entendre en écho, et avant l’évangile, la première lecture tirée du Livre de la Sagesse qui reconnaît, affirmant que Dieu, de toute façon, serait capable de faire cela, mais qu’il préfère la conversion : tu as donné aux hommes une belle espérance, dit-il, après la faute la conversion, et voilà que nous pouvons compter sur ta miséricorde, Seigneur, pour nous aider à vivre ce combat, ne pas nous désespérer au jour le jour. Ce combat n’est pas perdu parce que nous avons continué à faire des fautes. Ce combat est en train d’être gagné grâce à la miséricorde de Dieu qui désire que nous soyons convertis, transformés, renforcés dans notre lutte. Et il nous donne les signes ainsi de sa patience, de sa miséricorde, qui est bien plus forte que sa puissance de tout créer et de tout renverser. Il pourrait le faire, il ne le fait pas, il veut que nous comprenions qu’il est un être de patience, un être d’indulgence, un être de miséricorde qui ne cesse de nous appeler.
Et la Lettre aux Romains dont nous avons entendu un passage en deuxième lecture nous le dit : de nous-mêmes nous ne savons pas prier, mais l’Esprit Saint est en nous qui nous apprend à rester le plus humain possible, à ne pas juger les autres comme s’ils étaient les uniques fauteurs du mal que nous voyons mais à comprendre que, nous aussi, nous y participons et que nous avons encore besoin d’être convertis. L’Esprit, dit-il, est capable de lutter pour nous et de nous inspirer la vraie et bonne prière, qui est celle de notre conversion, de notre transformation, et cela suscite chez nous de l’espérance, et donc aussi, à l’image de Dieu, de la patience. Le combat n’est pas perdu.
Le pape Léon XIV, dans l’encyclique qu’il nous a donnée il y a quelques semaines sur la manière d’être dans le monde marqué par l’intelligence artificielle, le dit tout de suite, dès les premiers numéros : « il nous faut, dit-il, rester humain. » Si je note cette formule du pape Léon XIV c’est que nous l’avons entendue dans la lecture de la Sagesse : « rester humain », c’est-à-dire ne pas chercher à combattre les autres mais savoir, comme Dieu, que nous avons besoin de temps et de patience pour nous transformer. Et, dit-il, « rester humain » pour préférer construire, vivre la communion avec les autres, vivre une société, un monde, une cité que nous construirons avec patience et avec les autres plutôt que de vouloir bâtir Babel, la cité orgueilleuse qui croit être capable de dominer toute chose, mais qui construit des donjons, dit le Pape, dans lesquels nous nous enfermons, des donjons appelés à s’écrouler, à s’effondrer.
Construisons donc Jérusalem, la Jérusalem céleste, qui est l’œuvre de Dieu et qui nous appelle à une plus grande communion, les uns avec les autres : c’est le terme de notre combat, le combat de la foi, de l’amour, de la charité, et le combat de l’espérance.
+Laurent Ulrich, archevêque de Paris
