Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe en la basilique Saint-Denys d’Argenteuil à l’occasion de la journée du Presbyterium de Paris

Mardi 19 mai 2026 - basilique Saint-Denys d’Argenteuil (95)

– 7e Semaine du Temps Pascal
(Sainte Tunique d’Argenteuil)

- Ac 20, 17-27 ; Ps 67 ; Jn 17, 1-11a

Nous pouvons être impressionnés, quand bien même nous fréquentons la Sainte Couronne d’épines à Notre-Dame de Paris, de nous trouver devant cette autre relique qui marque tout autant et qui attire, elle-aussi, depuis si longtemps.

De ce que nous avons entendu à l’instant, par le Père Guy-Emmanuel Cariot, je retiens beaucoup de choses, mais je voudrais ajouter quelque chose au sujet de l’unité de l’Église. J’ai toujours été frappé qu’il soit dit de la Sainte Tunique, de la tunique du Seigneur, qu’elle a été tissée tout d’une pièce de haut en bas. Comme on le sait, pour saint Jean les détails comptent toujours : c’est le signe en effet que l’unité nous vient d’en-haut, que l’unité de l’Église, l’unité du presbyterium, nous viennent d’en-haut. L’unité est un don qui nous est fait. Un don auquel, hélas, nous ne sommes pas toujours fidèles et auquel l’Église tout entière n’a jamais été complétement fidèle. Et les membres de l’Église que nous sommes, et les ministres de l’Église que nous sommes, n’avons pas été non plus d’une fidélité exemplaire à ce don qui nous a été fait. Mais, sans cesse, l’Église est maintenue dans l’unité à travers les diversités, les conflits, les oppositions, par ce don que le Christ fait de lui-même pour que nous soyons maintenus ainsi.

Donc notre prière se fait forte, notre prière se fait insistante pour que nous soit donnée cette unité et que nous sachions rejoindre le don qui nous est fait. Non seulement l’accueillir en parole, mais faire tout, tout ce qui est en notre pouvoir pour la garder. Faire en sorte qu’au travers des aléas de l’histoire et des moments les plus douloureux, et chaque époque a vécu de ces moments douloureux qui ont mis en péril l’unité de l’Église et certainement encore aujourd’hui, à travers tous ces aléas de l’histoire nous implorions sans cesse le Seigneur pour que le témoignage du don de sa vie passe dans notre monde grâce à cette unité qu’il nous donne et dont nous ne sommes pas les auteurs.

Nous sommes venus ici à la suite de centaines de milliers et de millions de personnes qui sont venues se recueillir devant cette Sainte Tunique. Et nous sommes venus, comme tous ces pèlerins, dans la simplicité de notre existence. Des princes et des rois sont venus ici, mais aussi et plus essentiellement les fidèles les plus simples, les gens du peuple, dont nous savons que nous sommes nous-mêmes. Et devant ce moment que nous vivons, j’ai repensé au chapitre 12 de la Lettre aux Hébreux : nous sommes venus ici, non pas vers une réalité palpable, embrasée par le feu, comme la montagne du Sinaï, nous ne sommes pas venus à la recherche de quelque chose d’ébouriffant, nous ne sommes pas venus pour regarder quelque chose d’étincelant, nous ne sommes pas venus pour une simple curiosité, même si elle existe, et même si la leçon d’histoire est extrêmement nécessaire pour comprendre ce que le Seigneur a à nous dire à travers cette piété qui est donnée en ce lieu, cette piété qui est suivie par tant de monde. Nous ne sommes pas venus pour voir quelque chose d’extraordinaire mais nous sommes venus vers une relique, un reste, un reste malmené par l’histoire, une relique tirée d’une vie quotidienne, de la vie de l’un des nôtres, histoire humano-divine, divino-humaine, mais histoire humaine bien sûr. Histoire vécue dans la quotidienneté des jours que Jésus-Christ a vécus sur cette terre, qui l’ont amené jusqu’à sa mort et dont l’image visible peut nous être ainsi transmise. Nous sommes venus devant une relique, un signe bien sûr, mais en même temps ignorée, mal connue, une relique qui n’est pas accueillie par tous comme un signe magnifique. Mais dans l’humilité de tous ceux qui sont venus ici, elle est reconnue comme le signe de ce que le Christ a vécu. Le signe du don de sa vie qui passe par le don de sa vie humaine. Cette relique a été protégée en s’approchant de lieux qui étaient moins en danger, comme nous l’avons compris tout à l’heure. Elle est venue rejoindre notre pays d’Europe comme d’autres reliques que l’on trouve à Paris, à Turin - et je ne peux m’empêcher de dire qu’elle a été aussi à Chambéry pendant 150 ans, cette relique du Linceul de Turin - et à Oviedo. Et puis d’autres lieux qui ont aussi accueilli des reliques plus ou moins reconnues, mais qui étaient le signe de cette piété qui est capable de s’incliner devant quelque chose qui a servi à un homme d’une façon ou d’une autre.

Ces modestes signes, parce que ce ne sont pas des choses brillantes, d’une histoire humaine, nous sommes allés les rejoindre. Une histoire qui a changé le cours de l’Histoire, nous le savons bien ; une histoire qui a orienté l’Histoire humaine vers la source de tout amour, de tout don. Et je continue en citant la lettre aux Hébreux : « Nous sommes venus vers la Montagne de Sion, vers la ville du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des myriades d’anges en fête, vers l’assemblée des premiers nés dont les noms sont inscrits dans les cieux. » Voilà ce que nous sommes venus faire : nous mettre à la suite des foules qui savent qu’elles ont déjà la tête dans le ciel même si les pieds sont bien toujours sur la terre. Des foules qui savent que, quand elles viennent ici, quand elles viennent célébrer l’eucharistie, elles viennent déjà annoncer la Jérusalem céleste à laquelle nous sommes destinés au travers d’une histoire qui peut être marquée, marquée de tant de souffrances, de tant de peines que tous ces pèlerins viennent partager devant le Seigneur.

Nous sommes venus ici ce matin en presbyterium, en assemblée des prêtres de Paris, touchés par cette piété populaire à laquelle nous nous associons et qui se constate aussi à Notre-Dame de Paris. Certes vous êtes nombreux à être déjà venus, mais certains, qui me l’ont dit sur le chemin, n’étaient jamais venus et sont mus à la fois par une curiosité bien naturelle mais aussi par ce désir d’être dans ce courant de prière et de piété. Il y a surtout du recueillement dans notre démarche et c’est ce qui se passe. Je me souviens de l’ostension de 2016, de ces foules recueillies, silencieuses, sur tout le pourtour de cette église, de cet endroit qui les touchait et ils avaient vraiment besoin d’être là : recueillement et imploration.

Nous sommes venus à la source de tout amour, à la source du don de soi, que le Christ vit devant nous, à la source de toute miséricorde aussi pour nos propres péchés, pour les faiblesses que nous reconnaissons dans nos vies et pour les péchés du monde, le péché d’orgueil qui ne sait pas reconnaître - et nous y sommes aussi associés - que tout vient d’en-haut, que tout ce que nous vivons de beau, tout ce que nous vivons de tragique aussi, Dieu est capable de le voir, de le sentir, de l’entendre et de le transformer pour que cela devienne signe d’amour.

Nous sommes venus à la source de toute parole qui sauve. Nous sommes venus à la source du don de l’eucharistie que nous vivons en ce moment, l’eucharistie en laquelle le monde entier est sauvé. Nous sommes venus pour rendre grâce et pour relancer toujours notre marche avec le Seigneur. Et bien sûr nous portons des intentions particulières et fortes, nous sommes ici dans ce diocèse de Pontoise, de la Province de Paris, qui vit avec nous, et nous le savons bien, ce moment intense de préparation de notre assemblée provinciale, de notre concile sur les catéchumènes, les néophytes, et ce que leur survenue change dans la vie de notre Église. Nous sommes venus pour rendre grâce au Seigneur de ce qu’il fait dans notre Église avec nous, mais nous le reconnaissons bien, sans que nous soyons vraiment pour quelque chose à l’arrivée de toutes ces personnes qui demandent à être mises sur le chemin du Seigneur. Nous reconnaissons cela et nous prions très fort pour que cette année qui est devant nous, et où nous tiendrons ces assemblées provinciales, nous oriente vers la reconnaissance surtout du don de Dieu, et nous permette d’identifier comment nous pouvons nous associer à ce don qu’il fait à son Église et au monde dans lequel nous sommes, sorte de révélation continuée, sorte d’ouverture offerte à tous.

Nous ne pouvons pas oublier non plus que nous sommes dans cette démarche de renouvellement de la vie de nos paroisses à Paris. Et c’est une intention forte que nous portons. Nous avons été, je crois, bien avertis et bien informés. Et je sais, et vous le savez comme moi aussi, que dans les paroisses cela a été une grande joie de travailler à ce renouveau et sur ce dossier qui a été préparé. Je sais que dans les paroisses, tous ceux qui ont pu y travailler ont senti la force que cela avait de recueillir tant d’informations sur la vie de notre ville, sur la vie de notre diocèse, et sur la vie de chacune des paroisses. Cela a été des moments intenses et partagés par un certain nombre qui m’ont dit leur joie et leur grand intérêt. Eh bien, c’est aussi une intention de prière très forte parmi tant d’autres intentions qui animent notre vie, qui animent notre prière, qui l’occupent.

Et, bien sûr, après avoir vécu tous ces temps avec les martyrs que nous avons célébrés depuis le début septembre de 2025, les carmélites de Compiègne, les martyrs de l’Apostolat, les martyrs de l’Algérie, nous avons été plongés dans ce mystère qui conduit des hommes et des femmes jusqu’au don le plus conscient de leur vie, appelant le martyre comme un signe de témoignage fort qui nous réconforte nous aussi. Tout cela habite notre cœur et la recherche de la paix dans notre monde passe par ce don que le Christ nous fait. Nous sommes portés par lui. Nous sommes entraînés devant cette Sainte Tunique à faire de la prière de Jésus la nôtre.

Que le Seigneur nous accueille dans cette démarche que nous faisons, qu’il nous permette de vivre le mieux possible et, jusqu’au bout de notre existence, dans le don de notre vie et par le sacerdoce dans lequel nous sommes engagés. Qu’il nous permette de vivre dans la fidélité de nos engagements et aussi dans la reconnaissance de nos fragilités par lesquelles il s’introduit dans notre vie à tous.

+Laurent Ulrich, archevêque de Paris

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