Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe et sacrement des malades à Saint-Christophe de Javel

Dimanche 12 avril 2026 - Saint-Christophe de Javel (15e)

– 2e dimanche de Pâques – Miséricorde divine – Année A

- Ac 2,42-47 ; Ps 117,1.4.13-14.19.21-25 ; 1 P 1,3-9 ; Jn 20,19-31

Chaque année en ce dimanche de la Miséricorde divine, le deuxième dimanche de Pâques, nous entendons cet évangile tiré de saint Jean, où Jésus apparaît à ses disciples, après sa résurrection, le jour-même dans la première partie que nous venons d’entendre, et huit jours plus tard en présence de l’apôtre Thomas qui avait marqué son incrédulité.

Qu’est-ce rapportent ces récits d’apparitions de Jésus après sa résurrection ? Qu’est-ce qu’ils nous disent ? Nous comprenons ce que Jésus apporte à ses disciples qui nous le transmettent : alors qu’ils sont enfermés par peur des événements qui se déroulent autour d’eux à la suite de la mort de Jésus, il leur apporte la paix. Au milieu de leur difficulté à croire, car tous les disciples ont des difficultés à croire et Thomas est l’un d’eux, il apporte la foi. Et au milieu de leur tristesse, de leur difficulté à être dans la joie de cette résurrection qui leur a pourtant été annoncée, il leur apporte la foi : la joie, la paix, la foi.

C’est cela que nous entendons, que nous comprenons et que nous retenons de cet évangile d’aujourd’hui et de la bonne nouvelle qu’il nous transmet. Et c’est toujours ce que Jésus fait à notre égard, de génération en génération, il apporte la paix, la joie et la foi. La paix : comme je l’ai dit au début de cette eucharistie, dans la salutation des évêques à une communauté chrétienne, il y a toujours « la paix soit avec vous », c’est la phrase même de Jésus. Et nous avons bien besoin d’entendre cette invitation à la paix que le Seigneur nous donne. Nous avons tellement de raisons, dans le monde bousculé où nous vivons, d’être marqués par une peur, une peur du monde, de l’impression que nous avons qu’il va vers sa destruction le plus souvent. Une peur que nous avons peut-être aussi des relations avec les autres, à l’intérieur même de notre cercle le plus proche. Nous avons peut-être, et souvent, ce sentiment de la peur qui nous oppose, qui nous coupe de la relation avec les autres et d’une relation fraternelle. Et Jésus nous apporte la paix. Quand Jésus transforme notre cœur, il le transforme pour lui donner de la paix, aujourd’hui encore.

Nous sommes aussi, souvent, marqués par la tristesse des inquiétudes que nous avons au sujet de notre propre vie, de notre propre devenir, ce qu’il va advenir de notre vie dans les difficultés qu’elle rencontre, et nous avons besoin d’être marqués par la joie. Et la joie qui habite le peuple chrétien en ce moment, c’est celle de tous ceux qui viennent demander le baptême, de tous ceux qui ont demandé le baptême en cette nuit dernière de Pâques - je vois ici, devant nous, les néophytes qui ont reçu le baptême la semaine dernière. C’est une vraie joie que nous recevons, une vraie joie que nous comprenons. À celle-ci s’ajoute aujourd’hui la joie de ces personnes qui sont aussi ici devant nous et qui recevront au cours de cette célébration, dans quelques instants, le sacrement, l’onction des malades, parce qu’ils sentent que leur fragilité physique, leur avancée en âge, risquent de les laisser aller, sans la force du Christ, vers une inquiétude. Nous demandons au Seigneur, pour eux, de partager cette joie de recevoir sa force qui permet d’affronter les circonstances difficiles de l’existence.

Et puis la foi, nous sentons bien qu’elle est tellement nécessaire dans notre existence, elle est tellement belle, elle est tellement nourrissante pour nous et pour le monde d’aujourd’hui. Heureusement qu’il y a dans le monde d’aujourd’hui des croyants, heureusement qu’il y a dans le monde d’aujourd’hui des chrétiens qui sont capables de mettre au plus haut la présence du Seigneur dans la vie du monde ! La foi, nous avons besoin de savoir en témoigner, de savoir être remplis d’espérance. Nous l’avons entendu dans la deuxième lecture, tirée de la Lettre de saint Pierre, apôtre : « Dans sa grande miséricorde, Dieu le Père de notre Seigneur Jésus Christ, nous a fait renaître pour une vivante espérance, grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts. » De cela nous avons besoin d’être nourris, et de penser que l’espérance qui nous habite, et que le Christ met en nous, n’est pas simplement une espérance pour la vie après la mort, mais prend déjà racine dans l’existence que nous menons jour après jour. L’espérance, c’est celle de pouvoir combattre avec le Christ contre le mal qui est en nous, contre le mal qui est dans cette vie humaine, de tous les temps et pas spécialement dans le nôtre, mais dans le nôtre aussi : nous avons besoin de sa force, nous avons besoin de l’espérance qu’il nous donne, dans le combat contre le mal, contre l’injustice, contre les erreurs de toute sorte, contre les défaitismes qui peuvent s’emparer de nous. Nous avons besoin de comprendre que le Seigneur est là et qu’il anime en nous une espérance si forte.

Alors, étant ainsi touchés par la foi que le Christ nous donne, l’espérance qu’il entretient en nous et qui donne de la joie, et la paix qu’il nous annonce quotidiennement, nous comprenons que nous pouvons bâtir solidement la vie de nos communautés chrétiennes, à l’exemple de la première lecture, tirée des Actes des Apôtres, qui dit comment les communautés chrétiennes se reconnaissent et doivent vivre. Elles sont d’abord, dit ce passage du Livre des Actes des Apôtres, fidèles à l’enseignement des apôtres : c’est ce que nous recevons et que nous avons reçu par l’Évangile. L’Évangile c’est l’enseignement des apôtres, c’est ce qu’ils ont voulu nous transmettre pour que nous ayons la foi comme eux. L’Évangile le disait à l’instant : « Il y a tant d’autres signes que Jésus a faits qui ne sont pas tous consignés dans ce livre, mais ceux-là l’ont été pour que vous ayez la foi. » Être fidèle à l’enseignement des apôtres, c’est en effet écouter la Parole de Dieu, c’est la recevoir ensemble dans une assemblée, c’est la recevoir personnellement aussi dans la lecture que nous sommes capables d’en faire, peut-être un peu tous les jours pour qu’elle grandisse en nous, qu’elle nous transforme et qu’elle nous fasse parler de Jésus et de sa Bonne Nouvelle jour après jour. Que nous en soyons tellement nourris que cela change notre existence !

Fidèles à l’enseignement des apôtres, fidèles aussi à se réunir pour « la fraction du pain », dit le texte des Actes des apôtres. Pour la fraction du pain, c’est-à-dire ce que nous vivons dans l’eucharistie et dans les autres sacrements : il s’agit toujours d’une sorte de diffusion de l’eucharistie, c’est toujours le Christ qui se donne à travers le pain, à travers l’eau du baptême, à travers l’huile de la confirmation, l’huile des malades, l’huile des catéchumènes, à travers le sacrement de la réconciliation, la pénitence, cela aussi c’est une manière de vivre fidèlement et de trouver le signe de Dieu, le signe du Christ présent au milieu de nous. Fidèles aussi, dit le texte des Actes des apôtres, aux prières. Et nous avons tellement d’occasions d’être rassemblés ou d’être chacun chez soi dans la chambre la plus retirée, pour manifester notre désir en relation et en dialogue avec le Seigneur qui nous parle et qui nous écoute. Et la prière des chrétiens, qui se manifeste mieux peut-être qu’elle ne l’a fait dans les décennies précédentes, dans notre mode de société, a peut-être été invisibilisée mais elle redevient comme un signe plus vivant, plus visible dans le monde d’aujourd’hui. Et c’est une joie et un bonheur que d’être témoin de ce temps qui manifeste davantage et sans peur la prière au cœur du monde, la prière au Christ vivant ressuscité, la prière d’espérance pour le monde tout entier, la prière d’espérance et de confiance pour chacun d’entre nous. Nous savons échanger les uns avec les autres au sujet de notre prière ; nous savons nous confier les uns aux autres et nous avons bien raison.

Et puis, être fidèles aussi à l’amour fraternel et au service des autres. Je suis toujours extrêmement touché de ce qui se manifeste dans les paroisses de Paris à travers tant de gestes de solidarité, à travers tant de signes manifestes du partage avec les plus pauvres et je sais que dans cette paroisse, comme dans d’autres, l’Hiver Solidaire par exemple manifeste une telle présence, une présence de proximité avec ceux qui sont les plus pauvres ici dans ce quartier, mais aussi bien d’autres actions que vous êtes capables d’entreprendre au nom de la foi. Pas simplement par une générosité qui nous serait personnelle et spontanée mais parce que le Christ l’entretient en vous, parce que le Christ l’entretient en nous.

Voilà ce que les communautés chrétiennes sont capables de vivre et que, je sais, vous vivez. Ce n’est pas toujours simple, nous ne sommes pas toujours exemplaires, nous savons que nous avons aussi bien des raisons de nous plaindre de nous-mêmes de ne pas être assez à l’écoute de l’Évangile, de ne pas être assez vivants dans les sacrements, de ne pas être assez priants, de ne pas être assez charitables. Nous avons tous des raisons de nous plaindre de nous-mêmes, mais je crois qu’il faut aussi dire que, ce que nous vivons, nous le vivons parce que le Christ nous appelle à le vivre, et que nous essayons de l’écouter.

Que le Seigneur soit vraiment proche de chacun d’entre vous, de chacun d’entre nous ; de votre communauté comme telle et de la vie de chacun pour que nous vivions fidèlement la vie de communauté chrétienne qui est ainsi décrite et qui nous appelle sans cesse. Nous demandons au Seigneur qu’il nous bénisse, qu’il nous fasse grandir sur le chemin où il est toujours avec nous et nous donne sa paix.

+ Laurent Ulrich, archevêque de Paris

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