Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Appel décisif des catéchumènes Adultes en la cathédrale Notre-Dame
Samedi 21 février 2026 - Notre-Dame de Paris
– Voir l’album-photos des 2 célébrations.
– Célébration de 15h.
– Lc 19, 1-10
Chers catéchumènes, en ayant découvert l’Évangile comme vous avez pu le faire au cours de ces derniers mois de préparation, ou peut-être même avant, vous savez que l’histoire de Zachée est une de ces histoires exemplaires de l’Évangile, et qu’elle est connue, bien connue, des chrétiens qui fréquentent cette parole. Le personnage de Zachée a évidemment quelque chose de très impressionnant pour chacun de nous dans notre propre histoire.
Ce personnage de Zachée fait partie d’un groupe social, d’une catégorie qui n’est pas aimée dans la société, la catégorie des collecteurs d’impôts, surtout à une époque où, les choses étant moins cadrées administrativement qu’aujourd’hui, il est possible à ces collecteurs d’impôts de s’enrichir eux-mêmes sans trop de mal et pas simplement d’enrichir le prince, le souverain qui les emploie. Ils ont donc cette mauvaise réputation d’être des voleurs. Évidemment, ce n’est pas écrit ici par hasard. L’homme qui nous est donné, non pas en modèle absolu mais en modèle de foi et en modèle de désir de charité et d’espérance, est un homme dont la réputation est mauvaise et la pratique probablement mauvaise aussi. Il est ensuite handicapé par sa petite taille et ce n’est pas rien : au milieu d’une foule, les plus petits sont toujours mal à l’aise. Mais, pourtant, cet homme de mauvaise réputation et de petite taille a envie de participer à la joie qui a l’air d’entourer Jésus et ses disciples. Jésus entre dans cette ville de Jéricho et semble être très entouré. Cela, Zachée a envie de le voir, peut-être pour le comprendre : il n’a pas forcément le sentiment que cela va le convertir, le changer, mais au moins il aura vu, disons, un grand homme. À ce grand homme, on a dit qu’il fallait éviter Zachée ; on lui a dit qu’il ne fallait pas se commettre à laisser les voleurs polluer le groupe des disciples. Mais, au contraire, Jésus le voit : Zachée s’était un peu caché en montant à l’arbre, il voulait voir sans être vu, et Jésus pourtant lève les yeux et le regarde. Il l’appelle et il s’invite chez lui : « Il faut que j’aille demeurer chez toi. » Ensuite Jésus, étant arrivé, transforme vraiment le cœur de cet homme. On dirait que la présence de Jésus, seule, est capable de faire cela, d’inviter quelqu’un dont la mauvaise vie est connue à transformer son cœur et sa vie. Et enfin, Jésus dit que cela est arrivé pour qu’il soit bien clair que tous les fils d’Abraham, tous les hommes, toutes les femmes, sont un jour appelés à être sauvés, complétement transformés par le regard du Christ. Même s’ils demeurent en chemin, même si leur chemin personnel n’est pas terminé, et même si la conversion n’est pas acquise du premier coup et une fois pour toutes, car elle a quelque chose de définitif, on est, par le regard de Jésus, transformés et appelés à suivre une autre route.
Bien sûr, par un certain nombre d’aspects, cette histoire peut exprimer ce que vous avez vécu vous-mêmes et que vous vivez aujourd’hui. Vous êtes d’origines différentes, le Père Géniteau l’a dit au début de cette célébration, et je n’ai pas besoin de détailler une nouvelle fois toutes ces différences qui vous caractérisent, mais qui font que vous êtes le peuple de Dieu, des différences auxquelles s’ajoutent parfois des origines qui ne vous mettent pas forcément au plein milieu de la société et peut-être même un peu à l’écart. Ces différences-là importent peu pour le Christ. Il vous accueille et il vous appelle tels que vous êtes. Peut-être êtes-vous venus en observateurs pendant un certain nombre de mois dans cette cathédrale ou dans une autre église ? Parce que beaucoup d’entre vous ont fait cette expérience de la rencontre en entrant dans une église, en y découvrant que, dans une église, on pouvait trouver la paix intérieure, la joie, l’apaisement de toutes les polémiques qui agitent nos cœurs, toutes les inquiétudes et les angoisses. Vous avez découvert qu’il y avait là, dans ce milieu-là, et aussi avec des hommes et des femmes que vous avez rencontrés, des amis, des proches, un grand-père, une grand-mère, qui vous ont conduits, et vous avez vu chez eux qu’il y avait cette paix que vous cherchiez. Oui, le bâtiment d’église, et l’assemblée d’Église, les chrétiens par leur témoignage, peuvent être signes de cette paix que vous avez cherchée. Et ils ont pu vous entraîner.
Je disais que vous aviez peut-être été observateurs, comme Zachée dans son arbre, venant de façon très anonyme à l’église, n’ayant pas tout de suite des contacts avec les uns ou les autres, ne vous décidant pas tout de suite mais prenant le temps de le faire. Mais vous vous êtes laissés un jour émouvoir par le regard du Christ : il vous a touchés, il vous a regardés avec amitié, il a désiré faire de vous son ami. Et vous avez ainsi grandi. Comme Zachée vous avez vu que lui, Jésus, vous respectait, vous considérait, vous aimait, et parfois vous l’avez senti dans votre propre corps, et cette émotion a été le point de départ. Bien sûr, après l’émotion, il faut pouvoir entendre l’Évangile, il faut pouvoir progresser dans la connaissance de Jésus, il faut pouvoir se laisser toucher par la parole des autres qui vous conduisent, qui vous accompagnent. Cela, vous avez voulu le faire depuis un an, deux ans et, dans ces derniers jours qui préparent au baptême, vous savez que vous aurez encore et encore à découvrir et, tout au long de votre vie, à écouter la parole du Seigneur, à recevoir régulièrement les sacrements qui vous fortifieront, vous conduiront et vous donneront le sens de ce que vous vivez, vous permettront de vous mettre au milieu des autres, dans l’Église, comme un frère et une sœur pour tous les autres.
Le regard de Jésus qui vous a touchés, vous vous êtes dit aussi : Il n’était pas que pour moi, mais pour tous ceux qui sont là, dans cette église, cet après-midi, et pour bien d’autres qui y passent et pour bien d’autres que vous rencontrerez dans votre existence, qui n’auront pas encore été touchés par lui mais que vous aiderez peut-être à découvrir.
Frères et sœurs, vous avez entendu cette parole de Jésus : « Le salut est entré dans cette maison. » Le salut était aussi pour cet homme, bien que son origine, son histoire ait mal commencé. Le salut c’est, en effet, de savoir qu’il y a quelqu’un qui vous aime depuis toujours et pour toujours, et qui, malgré les aléas de l’existence, vous emmène jusque vers Dieu Notre Père, qui est la vraie demeure vers laquelle nous nous dirigeons. Et sur cette terre, pour l’instant, nous savons que c’est le Christ qui, pour nous y emmener, désire demeurer avec nous.
Frères et sœurs, accueillez ce que le Seigneur a fait pour vous. Ouvrez, par amour de Dieu et du Christ, avec la force de l’Esprit, votre cœur à l’amitié, à la fraternité avec tous les autres, au service des plus pauvres, au service de ceux qui cherchent, au service de ceux qui sont aimés mais ne le savent pas encore. Le salut est arrivé dans cette maison qu’est votre propre vie. Vous croyez dans le Seigneur : laissez-vous conduire, avec confiance, par lui.
+Laurent Ulrich, archevêque de Paris