Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe du 4e Dimanche de Carême à la Maison Marie-Thérèse

Dimanche 14 mars 2021 - Maison Marie-Thérèse (14e)

– 4e Dimanche de Carême – Année B

- 2 Ch 36,14-16.19-23 ; Ps 136, 1-6 ; Ep 2,4-10 ; Jn 3,14-21

Frères et sœurs,

Nicodème est ce pharisien qui est venu de nuit voir Jésus et qui, au cours de cette rencontre, reçoit cette catéchèse sur le Salut. C’est le même Nicodème qui, dans une autre nuit, après la crucifixion et la mort du Christ, viendra réclamer son corps pour l’ensevelir. Se souviendra-t-il alors du signe que Jésus lui avait donné ? Le serpent de bronze élevé pour le salut des hommes, c’était le Fils livré par amour pour les hommes, le Fils unique de Dieu élevé au-dessus de la terre pour attirer tous les hommes à lui. Se souviendra-t-il de ce Dieu de miséricorde au moment où, tous, autour de Jésus, ou quasiment tous, ne voyaient dans la mort du Christ sur la croix que le signe de son échec et de l’abandon de Dieu ? Dieu est riche en miséricorde, Dieu est miséricorde, et cette miséricorde de Dieu, Israël la médite génération après génération à mesure que les épreuves lui sont infligées et que Dieu le sauve.

Au long de ce carême nous avons évoqué le déluge, l’exode, la marche du peuple de Dieu à travers le désert, l’épreuve de la faim et de la soif, l’épreuve de la mort par les serpents. Le Livre des Chroniques nous rapporte un épisode plus récent à la mémoire d’Israël : l’invasion par les Babyloniens, le sac de Jérusalem, l’abomination de la désolation dans le temple, bref l’expérience de la mort à l’œuvre dans l’histoire des hommes. Mais est évoqué aussi comment Dieu, à chaque fois, redonne force à la vie, non seulement par la prédication des prophètes, mais encore par ses interventions. Il agit pour la vie de l’homme, et Cyrus le roi de Perse devient un peu une figue de ce salut qui vient au peuple de Dieu en le rassemblant à Jérusalem. Cette mémoire du drame à travers lequel les générations successives ont cheminé, année après année, est aussi la mémoire du salut à l’œuvre. De même que le serpent dressé au désert apportait la guérison et la vie à ceux qui étaient menacés de la mort, de même le fils de l’homme, Fils unique de Dieu, envoyé par Dieu pour le salut du monde, devient le signe de la miséricorde active du Seigneur. Dieu n’a pas envoyé son Fils pour condamner le monde à mort, il a envoyé son Fils pour apporter la vie, pour redonner vie à ce peuple, pour redonner vie à cette humanité menacée jour après jour par la mort.

Celui qui lève les yeux vers le Christ en croix peut y voir la fin de toute espérance, mais quand Nicodème lève les yeux vers le Christ en croix, il a en mémoire la catéchèse que Jésus lui a faite dans la nuit : celui qui lève les yeux vers le fils de l’homme lève les yeux vers son salut. Le fils de l’homme n’a pas été envoyé pour signifier la victoire de la mort, il a été envoyé pour signifier la victoire de la vie. Celui qui croit en lui a la vie éternelle, celui qui croit en lui, même s’il meurt vivra.

Mais nous le savons, ce message d’espérance entre en conflit avec les œuvres des ténèbres. Les œuvres des ténèbres, c’est le mal que nous pouvons non seulement subir mais que nous pouvons faire. Celui qui fait la vérité vient à la lumière. Celui dont les œuvres sont ténèbres refuse la lumière. C’est l’épreuve de la foi telle qu’elle a été vécue tout au long de l’histoire d’Israël, qui atteint son point culminant dans la personne de Jésus. C’est l’épreuve de celui qui croit en la vie du Christ parce qu’il reconnaît dans le Christ le Fils de Dieu.

Nous sommes tous confrontés à ce conflit entre la mort et la vie. Nous savons, par la sagesse millénaire de l’humanité, que nous ne sortons pas vainqueurs de ce conflit. Tous, nous sommes appelés à mourir. Tous, nous sommes soumis à la loi des ténèbres. Et pourtant, si nous levons les yeux vers le Christ, si nous reconnaissons dans le don qu’il fait de sa vie, le signe de la miséricorde de Dieu en action, si nous reconnaissons dans le signe de l’amour de Dieu l’espérance du salut, nous savons que la mort que nous ne pouvons pas éviter est le chemin vers la vie éternelle.

Ainsi, à mesure que nous nous approchons du terme de notre vie, nous ne sommes pas invités au fatalisme, nous ne sommes pas invités à nous incliner devant l’inévitable, nous sommes invités à reconnaître dans le Christ mort et ressuscité, celui qui transforme la fin de notre vie non pas en échec définitif, mais en point de départ pour la vie éternelle. Nous ne sommes pas soumis avec fatalité, nous sommes remplis d’espérance parce que nous savons que Dieu dans son amour pour le monde, a préparé de toute éternité les œuvres qui sont destinées à mettre en œuvre la vie dans les chemins de la mort. Nous sommes remplis de sérénité, non pas par fatalité mais par confiance. Nous savons que Dieu n’abandonne jamais son peuple, que Dieu n’abandonne jamais l’humanité, et que sans se lasser - comme nous disait le Livre des Chroniques -, il met en œuvre les moyens pour que nos œuvres soient bonnes et que nous puissions accueillir la lumière, Jésus le Vivant. Amen.

+André cardinal Vingt-Trois, archevêque émérite de Paris

Homélies

Homélies