Message de Mgr Laurent Ulrich – « Fin de vie : appelés à agir et prier »
Mercredi 19 août 2026
Fin de vie : appelés à agir et prier
Depuis ce matin et la promulgation de la loi ouvrant un droit à une aide à mourir, notre pays se trouve devant une contradiction majeure : les soins palliatifs, dont la promotion et le développement ont pourtant été votés à l’unanimité par notre Parlement, sont une priorité nationale, doivent être accessibles à tous… excepté pour les plus fragiles, à qui la mort sera offerte et présentée comme un soin avant même que d’attendre une juste et égale représentation de ces soins sur notre territoire.
Cette loi fait désormais partie de notre système de droit. Ce n’est pas pour autant la fin du combat que nous menons pour que la fraternité prévale. Il nous faut continuer à prier, espérer et agir avec créativité et cohérence. Citoyens et chrétiens responsables, nous demeurerons habités par la conviction que cette vie que nous recevons et qui ne nous appartient jamais doit être aimée et soignée, que sa fin doit être accompagnée et soulagée. Que de cet accompagnement fraternel, du secours que nous portons aux mourants, dépend en réalité la dignité de notre société tout entière.
Aujourd’hui, demain, dans les temps à venir, il nous faudra sans doute faire des choix courageux, à contre-courant peut-être, à commencer par ceux que nous ferons pour nous-mêmes, C’est ainsi qu’il nous appartient, d’abord, de choisir de ne pas demander à bénéficier de ce « droit » nouveau. L’euthanasie et le suicide assisté existent désormais comme une possibilité : rien ne doit nous contraindre à les faire exister comme des réalités dans nos vies.
Les réserves exprimées par le Conseil constitutionnel sont à cet égard une opportunité : que les structures qui ont fait de l’accompagnement des personnes gravement malades leur raison d’être et des soins palliatifs leur expertise trouvent dans ces réserves un encouragement à maintenir leur particularité, et à demeurer ces lieux où l’on ne tuera pas.
Il nous appartient, aussi, de prolonger notre conviction dans notre manière d’agir avec plus d’empressement. Nous sommes nombreux à nous opposer à cet abandon des personnes âgées, malades, vulnérables, souffrantes, que cette loi manifeste à nos yeux. Nous pouvons compenser cet abandon par notre engagement personnel. Si nous voulons que jamais personne ne se sente inutile, pauvre, indigne au point de demander la mort, nous pouvons répondre à l’invitation de notre humanité, de notre foi, du Christ lui-même (« j’étais malade, et vous m’avez visité », Mt 25,36) et nous porter concrètement au chevet des personnes en fin de vie, en rejoignant les nombreuses associations qui organisent avec sérieux et délicatesse cette présence fraternelle. Le soulagement de la douleur demeure de la responsabilité des soignants ; le temps donné nous est accessible à tous, et rien ne sera plus utile désormais que le témoignage massif des mains tendues, des mots échangés, de l’écoute, du partage et de la compassion.
Il nous appartient, toujours, de prier. Pour ces personnes en fin de vie, pour les soignants qui seront confrontés à des demandes de mort, pour ceux qui y répondront. Prions aussi pour les familles, dont nous pouvons bien pressentir qu’elles pourront être démunies ou durablement déchirées par les situations que la loi ne manquera pas de créer. Il nous faudra nous tenir près de chacun, continuer à tenir fermement ce que nous croyons juste et vrai, mais accueillir, consoler, accompagner. C’est sans doute le défi auquel nous serons confrontés dans les prochaines années, et d’ailleurs cette question habitait déjà certains des membres de la Convention citoyenne sur la fin de vie lorsqu’ils recevaient les responsables des cultes, il y a bientôt quatre ans. Nous pouvons chercher une réponse dans les mots du pape Léon XIV, prononcés le jour de son élection au balcon de la basilique Saint-Pierre : « Nous devons chercher ensemble comment être une Église missionnaire, une Église qui construit les ponts, le dialogue, toujours prête à accueillir comme cette place avec les bras ouverts. Tous, tous ceux qui ont besoin de notre charité, de notre présence, de dialogue et d’amour. »
† Laurent Ulrich
Archevêque de Paris
