Élisabeth de la Trinité, « l’intériorité au cœur du monde »

Paris Notre-Dame du 5 novembre 2026

Carmélite morte à 26 ans en 1906 et canonisée par le pape François en 2016, sainte Élisabeth de la Trinité demeure aujourd’hui une figure peu connue du grand public. Du 4 au 18 novembre, autour de sa fête célébrée le 8 novembre, ses reliques pérégrineront dans divers lieux de Paris. L’occasion de redécouvrir, avec le F. Didier-Marie Golay, carme du couvent de la rue Gay-Lussac, une figure de l’intériorité dont le message conserve toute son actualité.

Sainte Élisabeth de la Trinité au carmel de Dijon (Côte-d’Or).
© Carmel de Dijon à Flavignerot

Paris Notre-Dame – Qui est sainte Élisabeth de la Trinité ?
Didier-Marie Golay – C’est une femme dont le rayonnement intérieur est tel qu’elle nous entraîne dans son mouvement et nous invite à l’intériorité – quelque chose, à mon sens, de très important pour notre temps. Élisabeth est une jeune Dijonnaise du XIXe siècle : née en 1880, elle meurt en 1906, à 26 ans. Elle a passé les quatre cinquièmes de sa vie dans le monde, puisqu’elle n’entre au Carmel qu’à 21 ans. À 14 ans, après avoir communié, elle se sent appelée à faire vœu de virginité. Quelque temps après, de nouveau au cours d’une messe, elle entend au fond de son cœur le mot « carmel ». Sa mère, qui avait aussi pensé devenir carmélite, s’y oppose : elle lui donnera finalement son autorisation, mais pas avant les 21 ans de sa fille, et essaiera, entre-temps, de l’unir à un beau parti.

P. N.-D. – Comment son caractère, très vif dans son enfance, évolue-t-il sur le chemin qui la mène au Carmel ?

D.-M. G. – Élisabeth est un véritable petit diable ! À 2 ans, quand elle découvre que sa mère a prêté l’une de ses poupées pour la crèche de l’église, elle tape du pied : « Méchant curé, rends-moi ma Jeannette ! » Sa sœur dira qu’elle faisait « des colères très diable ». Mais, par amour de sa mère et du Seigneur, elle va se corriger peu à peu. Dans l’une de ses premières lettres, écrite à 9 ans, elle promet d’être « douce, patiente, obéissante » et, songeant à sa première communion, ajoute : « Je prierai Dieu de me rendre encore meilleure. » Elle compte sur Jésus Eucharistie pour changer son caractère. Tous s’accordent à dire que sa première communion, à 10 ans, sera le lieu de sa conversion : la petite fille colérique et passionnée devient une enfant d’une douceur et d’une patience extraordinaires. Le lendemain de ce sacrement, comme le veut la tradition à Dijon (Côte-d’Or), elle rencontre la sous-prieure du carmel voisin, Mère Marie de Jésus, qui lui explique que son prénom signifie « maison de Dieu ». L’étymologie n’est pas la bonne, mais peu importe : ce sera pour Élisabeth une lumière extraordinaire. Elle y reviendra sans cesse dans sa correspondance : « Priez pour la petite “maison de Dieu”, que je sois vraiment ce que veut dire mon nom. »

P. N.-D. – Quelles ont été les grandes influences de sa vie spirituelle ?

D.-M. G. – Il y a d’abord le P. Gonzalve Vallée, un dominicain de Dijon qui accompagne les carmélites et leur prêche des retraites. La prieure conseille à Élisabeth de le rencontrer avant son entrée. Il la marque profondément en lui ouvrant les perspectives du mystère trinitaire. Il y a là un beau paradoxe, que je trouve très amusant : Élisabeth est séduite par ce qu’il lui fait entrevoir, et pourtant elle dira : « J’avais hâte qu’il se taise » – tant elle a soif de se laisser emporter dans le silence. Il y a aussi les lectures de sainte Thérèse d’Avila et, surtout, de saint Jean de la Croix, dont elle se nourrit : c’est le “top du top” pour elle ! Elle est également l’une des premières lectrices d’Histoire d’une âme : sa prieure, admiratrice de Thérèse de l’Enfant-Jésus, lui met le livre entre les mains avant son entrée au Carmel. À la fin de sa vie, enfin, elle puise beaucoup chez Jan van Ruysbroeck, l’un des maîtres de la mystique rhéno-flamande du XIVe siècle, qu’elle garde près d’elle et cite abondamment dans ses derniers écrits.

P. N.-D. – Ses écrits, justement, publiés peu après sa mort, ont connu un large succès, avec plus de 80 000 exemplaires vendus dès 1935. Comment ont-ils circulé depuis ?

D.-M. G. – Élisabeth de la Trinité a été connue très vite grâce à la publication de ses deux retraites, réunies dans un petit fascicule, Réflexions et pensées, sous forme de retraites. En août 1906, le dernier de sa vie, elle veut faire un cadeau à sa sœur, mère de famille : elle écrit pour elle, dans un très beau carnet, une retraite de dix jours avec deux oraisons quotidiennes – le texte qu’on appelle aujourd’hui Le Ciel dans la foi. Puis elle fait sa propre retraite, au cours de laquelle sa prieure, qui se doute qu’elle n’en a plus pour longtemps, lui demande de mettre ses pensées par écrit. Élisabeth la commence le 16 août 1906 et la consigne pendant seize jours : ce sera sa Dernière retraite de Laudem Gloriae. Dans ces deux textes, elle cite beaucoup Jean de la Croix et Jan van Ruysbroeck.

P. N.-D. – Elle a appelé sa maladie « la maladie de l’amour ». Comment lire cette expression sans la romantiser, et quel sens lui donner ?

D.-M. G. – Elle souffrait de la maladie d’Addison, une atteinte des glandes surrénales qui l’empêchait de digérer et d’avaler. Elle est morte quasiment de faim et de soif ; elle confiait elle-même avoir l’impression que des bêtes la « dévoraient de l’intérieur ». Le 9 septembre 1906, elle écrit à sa mère une lettre que je trouve très belle : « C’est le bon Dieu qui Se plaît à immoler Sa petite hostie […]. La petite victime ne trouve pas le temps long dans la main de Celui qui la sacrifie et peut dire que si elle passe par le sentier de la souffrance, elle demeure bien plus encore sur la route du bonheur. » Élisabeth vit sa terrible maladie comme une occasion, offerte par Dieu, d’être conforme à Jésus-Christ crucifié. C’est donc pour elle un chemin de bonheur : elle devient semblable à celui qu’elle aime et qui l’aime tellement. Au chanoine Isidore Angles, l’un de ses grands amis, qui lui a envoyé une pensée de saint Paul, elle répond : « Il me semble qu’elle se réalise en moi sur ce petit lit qui est l’autel où je m’immole à l’amour. » Je trouve cela admirable ! Dans l’une de ses dernières lettres, un peu son testament, elle écrit encore : « C’est cette intimité avec Lui au-dedans qui a été le beau soleil irradiant ma vie, c’est ce qui me soutient aujourd’hui dans la souffrance. Je n’ai pas peur de ma faiblesse, c’est elle qui me donne confiance, car le Fort est en moi. » Nous sommes fin octobre ; elle meurt début novembre.

P. N.-D. – Comment est née l’idée de faire voyager ses reliques dans les églises et monastères de Paris ?

D.-M. G. – Cette année, le 8 novembre, jour de sa fête, tombe un dimanche : nous nous étions dit que ce serait bien d’accueillir ses reliques dans notre couvent de la rue Gay-Lussac (5e) et de proposer une petite animation le samedi et le dimanche. Mais avec le diocèse de Paris, nous y avons vu l’occasion d’une pérégrination plus large dans la capitale. Les reliques passeront finalement dans presque tous les doyennés, pour que le plus grand nombre puisse les vénérer et mieux connaître, voire découvrir, cette figure spirituelle finalement peu connue.

P. N.-D. – Quels étaient les liens d’Élisabeth de la Trinité avec Paris ?

D.-M. G. – Elle est de Dijon mais, avant son entrée au Carmel, elle est venue plusieurs fois à Paris, notamment pour l’Exposition universelle de 1900.

Elle a prié à N.-D.-des-Victoires (2e) et au Sacré-Cœur de Montmartre (18e), comme elle le raconte à une amie, le 7 octobre 1900 : « J’ai eu le bonheur d’aller à Montmartre et à Notre-Dame-des-Victoires. Nous avons été deux fois à l’Exposition. C’est bien beau, mais je déteste ce bruit, cette foule. »

P. N.-D. – Qu’attendez-vous de ce parcours pour les fidèles parisiens, y compris ceux qui ne connaissent pas encore la sainte ni le Carmel ?

D.-M. G. – Élisabeth de la Trinité, c’est l’intériorité au cœur du monde, cette intériorité dont les gens ont soif aujourd’hui. Elle a d’ailleurs un temps été beaucoup plus connue que la “petite Thérèse” : on l’enseignait dans les séminaires pour sa pensée théologique, et sa prière « Ô mon Dieu, Trinité que j’adore » était très répandue. J’aime beaucoup deux de ses expressions : « vivre sous les étreintes de la Trinité » et « rayonner Dieu ». Je voudrais que les gens découvrent cela d’elle. On le retrouve dans un petit poème qu’elle a composé pour l’anniversaire de sa sœur : « Rappelle-toi toujours qu’Il te cherche et qu’Il t’aime, qu’Il veut te transformer en un autre Lui-même. […] Pour qu’Il demeure en toi, il faut que tu Le donnes, que partout, toujours, ton âme Le rayonne. » « Rayonner Dieu » : voilà, pour moi, l’invitation que nous lance Élisabeth.

Propos recueillis par Mathilde Rambaud

Programme de la pérégrination des reliques (sélection)

  • Mercredi 4 novembre, à N.-D.-de-la-Croix (20e)
    18h30 : messe solennelle ; 20h : conférence du P. Matthieu Jannin ; jusqu’à 21h30 : veillée et vénération.
    Informations sur notredamedelacroix.com
  • Jeudi 5 novembre, au Coeur-Eucharistique-de-Jésus (20e)
    De 8h à 20h : accueil puis vénération des reliques ; 19h : messe et conférence.
    Programme complet sur dioceseparis.fr
  • Vendredi 6 novembre, à St-Jacques-du-Haut-Pas (5e)
    18h : prière autour des reliques ; 19h : messe votive ; 19h45 : conférence puis temps de vénération et de louange ; 21h : complies.
    Programme complet sur dioceseparis.fr
  • Samedi 7 et dimanche 8 novembre, au couvent des carmes (5e)
    Samedi, 10h : conférence Biographie et écrits ; 16h30 : partage en petits groupes sur la prière « Ô mon Dieu, Trinité que j’adore » ; 20h30 : veillée de prière ; dimanche, 15h : travail personnel sur la lettre 333.
    Programme complet sur carmes-paris.org
  • Lundi 9 novembre, au carmel de Pontoise (Val-d’Oise)
    De 8h à 19h : vénération des reliques.
  • Mardi 10 novembre, à St-Jean-de-Montmartre (18e)
    De 10h à 21h : vénération des reliques ; 19h30 : veillée avec chants et lectures.
    Programme complet sur dioceseparis.fr
  • Mercredi 11 novembre, à St-Lambert-de-Vaugirard (15e)
    9h30 : accueil des reliques ; 10h45 : messe ; 16h : conférence Aimer la prière avec Élisabeth ; 19h30 : louange.
    Programme complet sur st-lambert.fr
  • Jeudi 12 novembre, à Notre-Dame de Paris (4e)
    De 17h à 22h : vénération des reliques.
    Informations sur dioceseparis.fr
  • Vendredi 13 novembre, à N.-D.-des-Champs (6e)
    De 16h à 20h : vénération des reliques ; 17h30 : conférence ; 18h30 : messe.
    Programme complet sur dioceseparis.fr
  • Samedi 14 novembre, à N.-D.-des-Victoires (2e)
    10h30 : arrivée des reliques ; 11h : messe suivie d’un temps de prière et d’enseignement ; 14h30 : rosaire.
    Programme complet sur notredamedesvictoires.com
  • Dimanche 15 novembre, à N.-D.-de-la-Gare (13e)
    De 8h à 20h : vénération des reliques.
    Informations sur dioceseparis.fr
  • Lundi 16 novembre, au carmel de Montmartre (18e)
    8h30 : accueil des reliques ; 9h : messe ; 12h et 14h30 : offices ; 16h : oraison ; 17h30 : conférence ; 20h30 : complies.
    Programme complet sur carmes-paris.org
  • Mardi 17 novembre,
    - au carmel de Montmartre (18e)
    7h15 : laudes ; 9h : messe ; 12h : office ; 13h : départ des reliques.
    Programme complet sur carmes-paris.org
  • Mardi 17 novembre,
    - à St-Jean-Baptiste-de-Belleville (19e)
    De 14h à 22h : vénération des reliques ; 20h : conférence et veillée de prière.
    Programme complet sur dioceseparis.fr
  • Mercredi 18 novembre, à N.-D.-de-l’Assomption de Passy (16e)
    De 8h à 20h : vénération des reliques ; 9h : présentation de la châsse après la messe.
    Programme complet sur dioceseparis.fr
Articles
Contact

Paris Notre-Dame
10 rue du Cloître Notre-Dame
75004 Paris
Tél : 01 78 91 92 04
parisnotredame.fr

Articles

Articles
Horaire de messes
Faire un don
Trouver ma paroisse
Antispam : indiquez, en chiffre, le nombre cent six.