« Il faut redonner à la Toussaint sa puissance mobilisatrice »
Paris Notre-Dame du 29 octobre 2026
Chaque année, à la Toussaint, les allées des cimetières se couvrent de chrysanthèmes – au point que le 1er novembre passe, pour beaucoup, pour le jour des morts. Le calendrier liturgique distingue pourtant bien deux fêtes : la solennité de tous les saints et, le lendemain, la commémoration de tous les fidèles défunts. Décryptage avec le P. Gabriel Sampré, prêtre accompagnateur de la pastorale des Funérailles du diocèse de Paris, du sens de ces deux dates et de leurs liens.
Paris Notre-Dame – Le 2 novembre, l’Église commémore tous les fidèles défunts. Que signifie cette fête ?
P. Gabriel Sampré – Historiquement, elle remonte à la toute fin du Xe siècle : l’abbé de Cluny, saint Odilon, priait ce jour-là pour les défunts de son monastère ; la pratique s’est ensuite étendue à l’ensemble des bénédictins jusqu’à être reprise par l’Église de Rome. Le 2 novembre, on prie donc particulièrement pour les défunts, sans connaître l’état spirituel de leur âme, en les confiant à Dieu. Dans les paroisses, les curés invitent souvent les familles qui ont perdu un proche au cours de l’année écoulée à la messe célébrée pour tous les défunts de la paroisse. Cela ouvre la question de la destinée, des fins dernières, de ce qui se passe après notre mort. Le Catéchisme de l’Église catholique l’aborde dans son commentaire du Credo et du passage « Je crois en la vie éternelle », mentionnant le paradis, l’enfer et le purgatoire. Certaines personnes sont très sensibles – au bon sens du terme – à la notion de purgatoire et prient pour les âmes qui s’y trouvent ; d’autres y voient une invention destinée à faire peur, alors qu’au purgatoire on est certain d’être sauvé ! Il nous faut juste encore nous purifier. Il ne s’agit donc ni d’une punition ni d’un motif d’inquiétude. Cependant, la souffrance peut être réelle parce que l’on désire ardemment être en pleine communion avec Dieu et que ce n’est pas encore le cas.
P. N.-D. – Cette commémoration suit immédiatement la Toussaint célébrée le 1er novembre. Quel sens spirituel donner à cette fête ?
G. S. – J’aime considérer l’année liturgique à partir de quatre solennités : Noël, Pâques, l’Assomption et la Toussaint – une par saison – qui sont comme des repères pour notre vie spirituelle ; comment nous y préparons-nous intérieurement ? Se confesser est un moyen, surtout si l’on veut gagner en discernement et profiter de la grâce du sacrement. L’année liturgique commence avec l’Avent et en associer la fin à la Toussaint a du sens : cette solennité vient nous assurer de la victoire du Salut puisqu’il y a déjà une foule de saints au Ciel ! Si, dans notre année, notre rapport au Christ s’appuie sur la liturgie, le désir de rejoindre ceux que nous fêtons à la Toussaint grandit en nous. Ce n’est pas vouloir mourir mais rejoindre notre destinée et rechercher la communion des saints, leur présence, en premier lieu celles du Christ, du Père, de la Sainte Vierge…
P. N.-D. – Célébrer les saints, c’est donc en faire un objectif de vie et entretenir une proximité avec eux…
G. S. – Exactement, et pour deux raisons : d’abord parce qu’intérieurement, on s’y prépare ; ensuite, en raison de la communion des saints et même, surtout, de la communion des grâces dont on peut bénéficier. Celles-ci circulent entre ceux qui sont déjà au Ciel, les âmes du purgatoire et nous. Il existe donc en permanence une communion entre les morts et les vivants qui nous permet de nous entraider. Sachant que la source de toute sainteté reste ce que le Christ a acquis par son sacrifice sur la Croix. Mais nous pouvons – et Dieu le veut – participer à cette « distribution » par le bien que nous faisons (actes de charité, aumône, sacrifices, mortifications, messes que l’on fait dire pour les défunts…).
P. N.-D. – Pourquoi l’Église a-t-elle choisi de placer ces deux fêtes l’une après l’autre ?
G. S. – Je n’ai pas la réponse historique exacte mais spirituellement, le lien est clair : elles nous présentent deux figures réelles – et positives ! – de nos fins dernières : l’une est dans la gloire de Dieu et se réjouit, l’autre ne l’est pas encore mais est promise à l’être. C’est une manière de vivre l’année liturgique comme un combat spirituel pour toujours choisir le Christ, prier ceux qui, au Ciel, nous aident à vivre et désirer cette sainteté et la rendre plus concrète. Attention, être saint, ce n’est pas être sans péché. Bien sûr, la sainteté nous rend vertueux et nous fait de moins en moins pécher, mais c’en est une conséquence et non la cause. On redécouvre aujourd’hui que tout le monde est appelé à la sainteté. Ce qu’a dit le pape aux jeunes en septembre au Stade de France : « Vous êtes les saints de France » ; ce n’était pas une simple formule !
P. N.-D. – Quand on prie pour les défunts, on prie sans savoir où ils se trouvent…
G. S. – En effet, de manière générale, on ne sait pas. Et si, malheureusement, certains étaient en enfer, notre prière ne leur est dès lors plus utile. Mais Dieu veut sauver tous les hommes ; nous devons donc espérer pour tous et ne pouvons jamais souhaiter ni penser que quelqu’un soit en enfer. L’Église a la grande sagesse de ne pas se prononcer sur ce sujet : le dernier mot appartient à Dieu, pas à nous. Notre prière bénéficiera au défunt s’il est au purgatoire et, s’il est au paradis, d’autres âmes en bénéficieront. Et, comme me le disait l’ancien responsable de la pastorale des Funérailles, si notre prière s’inscrit dans le temps, les grâces que Dieu accorde par elle ne s’y inscrivent pas forcément. Ainsi, on peut prier aujourd’hui et aider une personne à un autre moment de son histoire. Le dogme de l’Immaculée Conception l’illustre bien : la Vierge Marie a été préservée du péché originel par la grâce venue de la mort et de la Résurrection de son Fils avant que celles-ci n’adviennent.
P. N.-D. – En France, la Toussaint et la commémoration de tous les fidèles défunts sont aujourd’hui souvent confondues. Que dit cette confusion de notre rapport à ces deux fêtes ?
G. S. – Je pense qu’elle tient beaucoup à la prière pour les défunts : dans de nombreuses familles, on se rend encore sur les tombes, on y dépose des fleurs, on y prie, le plus souvent à la Toussaint car c’est un jour férié. Ce n’est d’ailleurs pas absurde d’aller prier sur une tombe le jour de la Toussaint, il s’agit d’un geste d’espérance ! On prie pour le défunt, et toute la cour céleste prie avec nous et intercède pour cette âme. Il faut redonner à la Toussaint sa puissance mobilisatrice : ce vers quoi nous allons tous et qui est infiniment désirable. Il s’agit d’une destinée universelle, pas seulement celle des catholiques ou des chrétiens : tout le monde est appelé à la sainteté. C’est la fête qui le dit le plus clairement.
Propos recueillis par Mathilde Rambaud
Une soirée d’échanges Comment préparer sa mort ?
Le 4 novembre, à 19h, la pastorale des Funérailles organise à N.-D.-des-Champs (6e) une rencontre pour amorcer une réflexion sur le sujet de la mort. Trois intervenants confrontés concrètement à la fin de vie y témoigneront : une femme ayant travaillé en soins palliatifs, un notaire et un aumônier d’hôpital ayant accompagné de nombreuses personnes en fin de vie. Entrée libre.
92 bis, bd du Montparnasse, 6e.
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