Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe à Saint-Honoré d’Eylau à l’occasion de la Journée diocésaine de la vie consacrée
Samedi 7 octobre 2023 - Saint-Honoré d’Eylau (16e)
– Fête Notre-Dame du Rosaire
- Ac 1,12-14 ; Lc 1,26-38
La Vierge Marie est évidemment présente, au sens le plus fort du mot « présente », c’est-à-dire intensément attentive et active, lorsque l’Esprit Saint lui fait comprendre et que l’ange lui annonce la naissance de celui qui sera le Sauveur. Et voilà qu’elle se rendra immédiatement capable, dans sa surprise, d’aller rendre visite à sa cousine, qui, dans sa surprise aussi, sait désormais que le Seigneur se montre infiniment présent à la vie de toute l’humanité en envoyant son propre fils. La Vierge Marie se rend aussi présente, tout au long de la vie de son fils Jésus, la vie cachée puis la vie publique, et tout particulièrement au pied de la croix, lorsque le prince des ténèbres semble avoir gagné son combat contre l’auteur de la vie. Et la Vierge Marie, comme nous l’avons entendu dans la première lecture, se trouve présente aussi avec les apôtres lorsqu’ils doivent comprendre, plus ou moins vite, que celui qu’ils ont suivi, sans savoir où il les menait, allait être désormais présent à leur vie d’une autre façon, à laquelle il allait falloir s’habituer. La Vierge Marie est ainsi comme posée - ainsi que nous le disons traditionnellement - comme une gardienne, une gardienne de la vie, une gardienne de l’humanité, une gardienne de l’Église, une gardienne de notre foi, de notre espérance et de notre charité.
Nous entendons, et nous avons pu lire dans l’office des lectures aujourd’hui, comment saint Bernard, l’a posée comme aqueduc de la grâce. Disant d’elle qu’elle recueillait dans les hauteurs cette grâce, cette bonté, cette douceur, qu’elle nous reversait sans cesse. En fêtant Notre-Dame du Rosaire, et particulièrement donc la prière de l’Église adressée au Seigneur par l’intercession de la Vierge Marie, nous entendons comment elle est, en effet, la gardienne de la vie, comment elle est la gardienne de notre foi et de notre confiance qui s’adresse, jour après jour, à la bonté du Seigneur, à sa miséricorde, et qui nous maintient et dans la charité et dans l’espérance. Dans cette journée où vous vous entretenez, où vous entendez des propos tenus sur les questions qui concernent la fin de la vie, cette insistance permanente de la Vierge Marie auprès de nous et auprès de son fils nous touche beaucoup. Nous comprenons, là, que la Vierge Marie vient entretenir en nous ce goût de la vie, cette admiration de la vie qui est sans cesse don de Dieu, don renouvelé en permanence, don entretenu dans notre cœur pour susciter cette admiration et cette action de grâce.
Vous avez entendu ce matin un propos qui pose les questions, qui montre avec l’expérience déjà entretenue depuis des années, sur ces sujets, que notre société risque de s’égarer en pensant que des processus et des protocoles suffisent à accueillir d’une part la vie naissante, à accompagner la vie souffrante, et à éteindre la vie finissante. Dans cette société où, semble-t-il, s’installe peu à peu cette façon d’être à l’égard des frères et des sœurs, nous comprenons que nous avons un autre chemin à suivre et à proposer, à témoigner. Nous comprenons aussi que le débat n’est jamais tout à fait clos sur ces sujets, que peut-être nos sociétés s’endorment sur ces questions et croient que les débats sont terminés et qu’il suffit d’appliquer ces protocoles et ces processus. Mais nous, nous savons que les débats ne sont pas terminés et que même si des lois se proposent de changer les pratiques, les questions resteront bien vivantes dans la société : nous l’espérons et nous sommes là pour en donner le témoignage.
Cet après-midi, vous entendrez de nouveau comment la pratique de l’Église, la pratique liée à la foi chrétienne, la pratique de témoignages d’espérance, a toujours suscité des accompagnements aussi bien dans la vie naissante difficile, dans la vie commençante, dans la vie souffrante tout au long de l’existence, et dans la vie finissante : l’attention fraternelle qui est signe de cette admiration pour la vie, qui est signe de la charité permanente, et j’allais dire exquise, que suscite en nous la foi et l’espérance. Nous savons que ces pratiques-là ne cesseront pas et que, nous, dans notre foi chrétienne, nous dans la vie consacrée, nous serons toujours et encore des témoins de ce que nous inspirent ces admiration et action de grâce pour le don de la vie. Notre témoignage de vie chrétienne est requis en ce moment très précis. Nous n’abandonnons pas ce terrain de l’accompagnement fraternel jusqu’à la fin naturelle de l’existence terrestre, parce que notre foi, notre charité, notre espérance, veulent sans cesse témoigner de ce que les dons de la vie et de la résurrection nous animent, nous entretiennent, nous rendent toujours disponibles à accompagner fraternellement jusqu’au bout. Nous n’abandonnons pas cela, nous le croyons toujours vrai, toujours possible, y compris lorsqu’une société est en train de s’enfermer sur ses propres pratiques, de s’enfermer sur ses raisonnements. Il est nécessaire que des débats existent, il est nécessaire que des arguments soient portés dans les débats publics, mais il est surtout nécessaire, de notre point de vue, que la prière ne cesse pas pour que l’espérance puisse être toujours témoignée dans toutes les circonstances, et que les pratiques de charité qui accompagnent la vie dans tous ses états soient réellement vécues et proposées comme un signe de ce que nous n’abandonnerons pas ce qui nous fait vivre. Ce n’est pas une protestation, et ce n’est pas d’abord une façon de se situer dans un débat politique, mais c’est surtout l’affirmation permanente d’une espérance que nous croyons toujours valide et féconde.
Que Notre-Dame du Rosaire renouvelle en nous ce goût d’une prière et d’une action de service pour tous.
+Laurent Ulrich, archevêque de Paris