Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Confirmation des adultes en la cathédrale Notre-Dame de Paris

Samedi 6 décembre 2025 - Notre-Dame de Paris

 Voir l’album-photos de la célébration.

- Joël 3,1-5a ; Ps 103 ; Rm 8,22-27 ; Jn 7,37-39

Dans le livre du prophète Joël, dont nous avons lu un extrait en première lecture, il est dit : « Viendra le jour où vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens et vos jeunes auront des visions, même les serviteurs et les servantes diront ce que leur inspire l’Esprit Saint. » Cela veut dire : tous ! Tous pourront entendre dans leur cœur l’Esprit Saint leur souffler des paroles de vie. Tous, cela ne veut pas dire cent pour cent des gens, mais cela veut dire dans toutes sortes de catégories d’hommes et de femmes : que l’on soit jeune ou vieux, que l’on soit homme ou femme, que l’on ait tel statut dans la société, que l’on soit un grand ou que l’on soit un serviteur, tous peuvent entendre l’Esprit de Dieu leur souffler des paroles de vie.

Il ne s’agit pas que cela soit réservé aux spécialistes de la religion. Il ne s’agit pas que ce soit seulement les grands de ce monde. Il ne s’agit pas que ce soit seulement les faiseurs d’opinion, les influenceurs comme on dit aujourd’hui, qui savent manier les systèmes de communication, blog et autre I.A. Il ne suffit pas d’être formé à une communication facile, il faut se laisser toucher par l’Esprit de Dieu, et c’est ce qui vous arrive.

Vous avez compris et, pour beaucoup, vous avez trouvé en entrant dans une église, la paix que vous cherchiez. Vous avez, dans la prière personnelle, qui vous est arrivée peut-être un jour comme un don auquel vous ne vous attendiez pas, perçu que l’on pouvait parler pas simplement à soi-même, pas simplement à ses amis, ses frères et les personnes que l’on rencontre, mais à celui de qui tout vient. Vous avez compris qu’à travers l’Évangile que vous avez lu et qui vous a marqué, ne serait-ce que par une phrase, vous découvriez quelque chose d’inattendu de la part d’un Dieu qui vous aime. Vous avez vu qu’en étant au service des autres à travers des associations caritatives et de solidarité - vous avez cité « À bras ouverts » et « Aux captifs, la libération », vous avez parlé d’Hiver Solidaire - le meilleur de vous-mêmes pouvait être mis en route et que c’est dans le don de soi-même fait aux autres que l’on découvre la plus grande paix et la plus grande joie. Vous avez rejoint une communauté chrétienne et vous avez trouvé là des frères et des sœurs.

Voilà ce qui vous est arrivé, et peut-être comme il est dit dans le psaume que nous avons entendu, que nous avons chanté - « Quelle profusion dans tes œuvres Seigneur » - vous avez été émerveillés par le monde dans lequel nous vivons, par la création si belle et la nature au milieu de laquelle nous vivons. Et vous avez dit : « Tout cela, c’est toi qui l’a fait Seigneur et c’est ton Esprit qui me le révèle. D’où vient cela ? »

Voilà comment des hommes et des femmes que vous êtes, y compris arrivant à l’âge adulte, n’ayant pas été confirmés plus jeune, n’ayant pas encore reçu l’eucharistie pour un certain nombre d’entre vous, avez découvert le chemin qui mène vers le Père. Parce qu’il vient du Père qui est à l’origine de tout don pour nous, les hommes.

D’où vient cela ? Je viens de le dire, de Dieu le Père, et nous le comprenons par Jésus son Fils. Nous comprenons qu’en lui il y a le don absolu, le don parfait. Dans l’évangile d’aujourd’hui nous avons entendu : « De son cœur couleront des fleuves d’eau vive. » Nous comprenons que c’est de lui, de sa vie, du don de lui-même sur la croix que vient tout ce qui nous arrive et tout ce qui nous transforme. En l’écoutant, en le voyant vivre, en nous transmettant les uns aux autres la Parole de l’Évangile, nous comprenons qu’il est lui-même le don, le don le plus parfait, le don le plus total, le don de sa propre vie offerte à chacun d’entre nous, à l’humanité tout entière, au monde que Dieu a créé pour le mener jusqu’au Salut, jusqu’à la vie qui ne finit pas, jusqu’au don universel de chacun à chacun.

Vous avez compris cela, vous avez été émerveillés, vous avez été émus de recevoir cette révélation pour vous-mêmes et vous désirez la partager. Mais vous savez que c’est un combat de rester fidèle. Vous le savez et la deuxième lecture tirée de la lettre de saint Paul aux Romains le dit : « Il y a un grand combat dans la nature. La création tout entière attend d’être libérée. » Que toutes les puissances de l’amour soient libérées, qu’elles soient ouvertes, qu’elles soient données. Et que, nous aussi, dans un grand combat contre le mal qui agit en nous, contre le péché qui pervertit notre existence pour peu à peu être retourné, nous soyons peu à peu conduits par le Christ à vouloir être comme lui, à vouloir devenir tout don de nous-même, à vouloir être ouvert à l’amour de Dieu, à sa bienveillance, à sa miséricorde et à l’amour des frères et des sœurs que Dieu lui-même a mis sur notre route. Vous savez que c’est un combat parce qu’en vous, comme en chacun d’entre nous, il y a du désir mauvais, il y a encore de la haine qui traîne, il y a encore du conflit qui ne sait pas s’assouvir, qui ne sait pas se laisser transformer en échange, en respect de la parole de l’autre, en connaissance plus intime, plus amicale, plus fraternelle. Nous savons qu’il y a des désirs qui nous conduisent à vouloir dominer les autres. Je n’ai pas besoin de détailler tout cela.

Mais, pour vivre fidèlement, le Seigneur vous offre, dans l’Église, sa Parole. Et c’est la première chose que chacun d’entre nous est capable d’accueillir : cette parole d’Évangile qui nous fait désirer ressembler au Christ. Il nous offre ses sacrements. Pour certains d’entre vous, ce sera la première fois qu’ils recevront l’eucharistie, après avoir reçu la confirmation dans un instant. Vous comprenez que celle-ci, la confirmation, est faite pour imprimer en vous une marque définitive qui vous accroche au Seigneur et qui vous fait désirer vivre avec lui et à sa suite. L’eucharistie - et les autres sacrements qui se renouvellent, comme le sacrement de pénitence - est faite justement pour alimenter en permanence ce désir de ressembler au Christ et de le suivre. Il ne s’agit pas simplement qu’elle soit un remède à nos paresses : elle est surtout une nourriture pour nous faire grandir dans le désir de lui ressembler, de lui être fidèle, de revenir vers lui quand nous savons que nous l’avons quitté.

Il y a la parole, il y a les sacrements, il y a la prière quotidienne qui nous raccroche à lui et nous raccroche aux autres. Quand nous prions, nous savons que nous portons des intentions de prière qui nous rendent de plus en plus attentifs à nos frères et à nos sœurs, à tous ceux qui cherchent un chemin. Qui nous rendent de plus en plus attentifs à ceux qui cherchent la paix dans le monde et dans leur entourage.

Il y a aussi, bien sûr, la vie en communauté chrétienne. Ne vous éloignez pas des communautés chrétiennes ! Elles sont pleines d’imperfections, puisque tous nous sommes appelés à combattre contre le mal en nous, mais elles sont un soutien aussi parce que, dans les communautés chrétiennes, on prie, on écoute ensemble la parole, on se soutient et on s’appelle mutuellement à vivre les sacrements. Ne négligez pas la communauté chrétienne dans laquelle vous êtes : elle vous ouvrira aussi au service multiple des frères et des sœurs qui sont autour de vous, qui ont besoin d’aide. Que vous les connaissiez ou que vous ne les connaissiez pas encore, tant et tant de gens vivent dans des détresses visibles ou cachées qui ont besoin d’être aidées, accompagnées. Soyez fidèles !

Aujourd’hui, vous recevez cette marque indélébile de l’Esprit Saint dans votre cœur, dans votre vie : que cela ne soit pas passager, que cela ne soit pas simplement pour aujourd’hui mais pour toujours. Apprenez à être libre des opinions qui circulent dans le monde. Apprenez des autres et apprenez aux autres à être fidèles au Christ dans l’Église, fidèles à sa Parole, fidèles à le retrouver dans la prière, fidèles à le reconnaître dans les autres, fidèles à l’aimer tout simplement.

+Laurent Ulrich, archevêque de Paris

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