Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe à Saint-Ignace en présence des jeunes pèlerins de la Rencontre européenne de Taizé et des personnes qui les accueillaient

Jeudi 1er janvier 2026 - Saint-Ignace (6e)

Voir l’album-photos de la célébration.


 Solennité Sainte Marie, Mère de Dieu
 Nb 6, 22-27 ; Ps 66 (67), 2-3, 5, 6.8 ; Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 16-21

L’évangile d’aujourd’hui nous invite à faire mémoire, à relire les événements dans notre cœur, à nous réjouir de ce qui est arrivé. Vous avez entendu combien les bergers racontaient ce qu’ils avaient vu et ce que l’on pouvait dire au sujet de l’enfant et qu’ils repartaient en glorifiant Dieu d’avoir entendu tout cela. On ne peut pas oublier qu’à un autre endroit du même évangile, les soixante-douze disciples qui revenaient de la mission que Jésus leur avait confiée, racontaient à Jésus tout ce qu’ils avaient vécu et ils en étaient tout joyeux.

Et puis « Marie retenait tous ces événements dans son cœur et les méditait. » Elle cherchait à trouver le sens de ce qui lui arrivait à elle, de ce qui arrivait à sa famille, à Joseph, et probablement se demandait ce qui allait se passer. Mais bien sûr « elle méditait ces événements dans son cœur » et on peut dire qu’elle aimait le Dieu qui lui permettait de les vivre. Et voilà pourquoi, ce matin, c’est important de se tourner vers le Seigneur avec un regard porté sur l’Évangile pour nous remémorer ce qui nous a touchés pendant ces journées que nous avons vécues et peut-être, pour les Parisiens et les autres qui ont participé, pendant la préparation de tout ce qu’ils ont vécu dans la préparation de ces journées, dans l’attente que se passe cette rencontre, dans l’attente de ce qu’elle allait nous révéler.

Il s’agit donc de relire les évènements dans son cœur, de les relire à la lumière de l’Évangile et puis, je crois pouvoir le dire, à la lumière évangélique de Taizé pour 2026. Se dire ce que sont ces événements que nous avons vécus dans cette fin d’année 2025 ici à Paris et en région parisienne mais aussi tout au long de l’année et comment ils vont éclairer l’année qui s’ouvre.

« Que cherches-tu ? » c’est le thème de la lettre. Que cherches-tu : tu cherches le silence qui te permet de relire ces événements, tu cherches évidemment à repérer ce qui te donne dans ces événements de la joie, parce que la joie profonde est signe de Dieu qui passe. La joie profonde se partage avec d’autres - c’est ce que font les bergers, ce que sans cesse fera Marie tout au cours de sa vie, la joie de vivre en la présence de Celui qui vient sauver l’humanité tout entière et non seulement l’humanité mais toute la Création que Dieu aime.

Chercher aussi la direction pour une vie qui s’annonce. Mettre dans son cœur un certain nombre de points cardinaux autour desquels va s’orienter toute votre vie. Chercher à donner du sens à ce que le Seigneur vous propose à travers les événements qui sont ceux de votre vie. Chercher la paix. Nous avons entendu dans la méditation de Frère Matthew, hier soir, combien nous étions responsables, nous aussi, de cette paix qui vient au milieu de nous et d’abord dans notre cœur et qui se partage comme la joie.

Cherchez aussi la communauté : on ne vit pas seul l’Évangile, on ne vit pas seul la joie, on ne vit pas seul même le silence. Au cours de ces journées ou bien à Taizé, vous avez appris à vivre le silence ensemble, pas simplement retiré dans sa chambre ou dans une église calme, mais aussi dans un grand hall comme nous l’avons vécu ces deux dernières soirées, mais aussi tout simplement quand on est avec les autres, prenant le temps de cette paix que nous vivons ensemble et qui se vit dans une communauté, dans une relation aux autres et le silence qui en est la marque. Être capable de faire silence au milieu du grand bruit, voilà quelque chose de tout à fait extraordinaire. J’aime citer cet exemple de quelqu’un que j’aime beaucoup, sainte Élisabeth de la Trinité qui, avant même d’entrer au carmel, adressait au Seigneur, au cœur des soirées mondaines auxquelles elle participait volontiers : « Seigneur, je sais que tu es là, je peux te retrouver dans le cloître de mon cœur. » Sa vie était déjà marquée par cela, elle savait qu’elle pouvait produire autour d’elle les bienfaits de ce silence et de la recherche du Christ.

Dans le message qu’il nous a adressé, à nous tous qui avons vécu ces journées, le pape disait : « Le Christ marche avec nous et il se laisse trouver par ceux qui le cherchent avec constance, avec respect, avec désir sincère. »

Voilà ce que, peut-être, vous pouvez essayer de relire, chacun d’entre vous, dans votre vie, à la lumière de ce message pour 2026 de la lettre de Taizé.

Peut-être peut-on y ajouter quelques événements vécus au cours de l’année passée, année jubilaire, année de l’espérance. Probablement un certain nombre d’entre vous ont cherché à faire pèlerinage, que ce soit dans des églises jubilaires de leur diocèse, proches d’eux, que ce soit à Rome, et que ce soit particulièrement pour le Jubilé des Jeunes, à la fin de juillet et au début du mois d’août. Se souvenir de ce que l’on a vécu là parce que c’était fait pour relancer, dans un monde extrêmement douloureux, agité, divisé, où trop d’épisodes de guerre se font entendre et rendent malheureux, ceux qui les vivent, ceux qui en souffrent. Retrouver cette espérance que l’on peut construire un monde autrement : le Royaume de Dieu n’est certainement pas arrivé sur terre mais le Royaume de Dieu commence à se construire par le désir de chacun de se laisser aller à l’amour de Dieu et à l’amour profond du Seigneur Jésus pour tous.

Parmi ces événements, il y a eu aussi la fin d’un pontificat et l’arrivée d’un nouveau pape qui a commencé son premier message et ses premiers mots de ministère par : « La paix soit avec vous. » Et qui a décliné, plus d’une fois depuis, le désir de paix qui l’habite et le désir qu’il a de participer, à travers son ministère de successeur de Pierre, à la paix dans le monde. Et il l’a montré à travers le premier voyage qu’il a fait allant au lieu de Nicée en Turquie pour revenir aux sources de l’affirmation commune des Chrétiens dans la foi de ce Credo proclamé à Nicée il y a juste 1700 ans. Ceci doit nous marquer aussi au-delà des frontières confessionnelles dans l’Église une du Christ. Nous pouvons nous retrouver dans la proclamation du Credo. Cela n’est pas le moindre des dons qui nous ont été faits au cours de cette année, qui sont faits à l’Église depuis des siècles, de pouvoir proclamer cette foi dans un Christ qui se montre tout à fait homme, homme visage de Dieu, homme lui seul consubstantiel au Père, vrai Dieu. Et puis il est allé au Liban, un pays marqué par de grandes souffrances aussi, un pays qui a vécu longtemps comme un signe de coexistence entre des religions mais qui traverse une crise profonde. Et le pape a voulu dire à tous : le Seigneur est bien là pour vous aussi, le Seigneur apporte dans votre cœur, si vous le voulez, la paix que vous pouvez construire.

Qu’en ce premier jour de l’année, Journée mondiale de prière pour la paix, se concluent vraiment ces quatre journées vécues ensemble, où nous avons voulu en effet recueillir tous les fruits de la paix que le Seigneur vient apporter au monde en commençant par celle qu’il met dans le cœur de chacun pour la répandre comme un signe de joie pour tous.

+Laurent Ulrich, archevêque de Paris

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