Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe de clôture de l’année jubilaire en la cathédrale Notre-Dame de Paris
Dimanche 28 décembre 2025 - Notre-Dame de Paris
– La Sainte Famille — Année A
- Si 3, 2-6.12-14 ; Ps 127 (128), 1-2, 3, 4-5 ; Col 3, 12-21 ; Mt 2, 13-15.19-23
Dans l’oraison, tout à l’heure, j’ai dit en votre nom : Tu as voulu Seigneur que la Sainte Famille nous soit donnée en exemple. Et de cette invitation il a parfois été tirée l’image d’une Sainte Famille très bien rangée et correspondant à un modèle, à un type de famille qui peut avoir existé un jour et quelque part mais qui n’est peut-être pas la famille qui vit comme les autres. Or il se trouve que les lectures que la liturgie nous propose aujourd’hui nous montrent une Sainte Famille qui affronte d’abord des dangers, des périls dans sa vie. Et elle est confrontée au malheur possible, à la malveillance qui va jusqu’au projet criminel d’Hérode à son encontre et à l’encontre de l’enfant. On se rend compte à ce moment-là que la famille est en réalité bien vivante, qu’elle se trouve au milieu d’un monde tel qu’il est, empreint de violences de toutes sortes et qui visent l’arrivée même du Fils de Dieu sur cette terre. Nous comprenons dès lors que le modèle qui nous est donné c’est un modèle ordinaire d’une vie difficile qui rejoint beaucoup de vies de familles dans l’histoire et dans le monde contemporain encore. Et ce qui nous est montré c’est que c’est une lourde responsabilité pour les parents, et ici très clairement pour le père, Joseph, de chercher ce qu’il faut faire dans les moments difficiles de l’existence pour protéger sa famille, pour protéger le fils qui lui a été donné et qu’il doit élever. Le fils qu’il a compris comme le Fils du Père, le Fils du Père des tous les hommes, le Fils unique donné pour le Salut de tous. Il a compris qu’il fallait, lui, qu’il fasse le choix qui convient pour protéger la vie de cet enfant. En cela ce père ressemble à tant de parents qui ont besoin de chercher, au fur et à mesure de la vie de leurs enfants, comment les conduire au mieux jusqu’à l’âge adulte et à l’âge de leurs responsabilités majeures, de les aider à apprendre à aimer, de les aider à apprendre à choisir le bien dans l’existence, de les aider à grandir suivant un plan qui fera d’eux des hommes et des femmes les plus accomplis qu’il soit. Le choix de Joseph est un choix qui s’appuie sur ce que Dieu lui demande de vivre. Il le découvre à travers ses songes. Le premier qui lui dit de fuir Hérode, le second qui lui dit de rentrer désormais mais avec prudence et de s’en aller loin du monde politique qui domine cette terre à ce moment-là.
Choisir cela c’est avoir bien sûr du courage, mais c’est d’abord avoir laissé la parole de Dieu l’atteindre, lui Joseph. Et c’est bien sûr dans ces moments dramatiques d’une existence qu’il faut chercher vraiment, si nous sommes des croyants, ce que Dieu veut pour notre existence. Cela arrive, probablement à chacun de vous qui êtes parents, de devoir choisir des choses difficiles à certains moments de la croissance de vos enfants. Mais chercher la volonté de Dieu lorsque les circonstances sont tragiques c’est évidemment quelque chose de difficile et à quoi Joseph est soumis, mais ensuite revenir dans la vie plus ordinaire, moins accidentée, c’est difficile aussi de choisir et de chercher ce que Dieu veut pour faire grandir un homme, une femme, vers son âge adulte et lui permettre d’exercer la plénitude de sa maturité au moment voulu. Cela n’est pas simple et le Sage Ben Sira dont nous avons lu un passage en première lecture, et l’apôtre aux Colossiens, tous les deux rappellent que dans la vie ordinaire, dans la vie simplement affrontée aux accidents ou incidents du quotidien il faut aussi apprendre à chercher ce que Dieu veut pour notre existence et pour l’existence de ceux que nous aimons, notamment ceux de notre famille : pour que personne ne soit enfermé sur sa propre solitude, sur son unique projet personnel, mais ouvert à l’amour, ouvert à l’amour familial, ouvert au respect. Dans une famille qui vit simplement le quotidien il y a nécessité de savoir comment se respecter mutuellement entre conjoints, se respecter mutuellement entre parents et enfants, se respecter mutuellement entre frères et sœurs pour construire une vie qui soit belle et bonne aux yeux de Dieu et aux yeux de tous.
Chercher la volonté du Seigneur c’est ce que fait Joseph ; chercher la volonté du Seigneur, c’est ce que nous essayons de faire les uns et les autres.
Nous venons de vivre une année jubilaire de l’Incarnation, c’est-à-dire une année au cours de laquelle nous avons refait dans notre vie le plein de la grâce et de l’espérance que Dieu nous communique grâce à la venue du Fils de Dieu au milieu des hommes, grâce à son incarnation que nous avons fêtée tout au cours de cette année 2025. Nous l’avons fait par le pèlerinage - comme je l’ai dit en introduction, pèlerinage à Rome ou pèlerinage dans les basiliques du diocèse de Paris ou dans d’autres lieux qui étaient des églises jubilaires. Nous avons redécouvert dans le silence de la prière ce que le Seigneur nous indiquait comme route à suivre, comme fidélité dans l’écoute de la parole de Dieu, dans la pratique des sacrements, dans la vie remplie de charité pour tous et dans la vie manifestant l’espérance que nous avons : le Seigneur jamais ne nous abandonne. Nous avons cherché la volonté de Dieu et nous avons essayé de rediriger s’il était nécessaire nos vies en recevant par exemple le sacrement de la pénitence.
Chercher cela c’était pour nous relancer, maintenant que l’année jubilaire est terminée et qu’aujourd’hui nous la clôturons dans cette cathédrale pour le diocèse de Paris, et que ces jours-ci le pape Léon XIV la clôture dans les basiliques romaines. Chercher la volonté de Dieu pour la vie courante c’est ce à quoi nous allons désormais être de nouveau attentifs mais au quotidien.
Chercher la volonté de Dieu c’est aussi ce que viennent faire les 10 ou 15 000 jeunes européens qui à partir d’aujourd’hui arrivent à Paris et en région parisienne pour vivre les rencontres européennes de Taizé, que j’ai invité à venir se planter ici à Paris pour cette fin d’année, avec mes frères évêques de l’Ile-de-France, et grâce à cette communauté que vous connaissez. Ils viennent chercher dans le silence de la prière, dans la rencontre fraternelle entre des jeunes de pays différents et de confessions chrétiennes différentes aussi, des catholiques, des protestants, des orthodoxes, principalement. Ils viennent chercher ensemble ce que le Seigneur veut pour leur vie propre, pour la vie de leur pays, pour la vie de notre Europe puisque ces rencontres ont cette vocation particulière. Ils viennent chercher ce qui devrait convenir à une vie chrétienne en terme de foi et de spiritualité, en terme aussi d’ouverture sociale, de solidarité, de respect de la nature, et aussi en terme d’art et de culture. Ce seront des sujets qu’ils rencontreront et sur lesquels ils débattrons au cours de ces jours qui viennent jusqu’au 31 décembre.
Nous les accueillons. Nous voulons les soutenir dans leur démarche, les aider à trouver le chemin pour leur vie. Ils viennent chercher la volonté de Dieu, ce que Dieu veut pour leur vie. Aidons-les, soutenons-les, accueillons-les et prions avec eux.
+Laurent Ulrich, archevêque de Paris