Homélie de Mgr Laurent Ulrich – Messe de la nuit de Noël
Mercredi 24 décembre 2025 – Notre-Dame de Paris
– Messe de Minuit
– Is 9, 1-6 ; Ps 95, 1-3.11-13 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14
Voici venus la nuit et le jour de Noël de cette année jubilaire. Elle a commencé après Noël l’an dernier, le pape François l’avait ouverte, le pape Léon XIV la fermera dimanche prochain. Noël dans lequel nous fêtons chaque année l’incarnation de Dieu, Dieu fait homme, venu au milieu de nous pour nous chercher, marcher avec nous et nous sauver. Nous comprenons qu’avec ce Fils de Dieu, ce Dieu venu parmi nous, nous avons une figure humaine de Dieu au milieu de nous. Nous comprenons que quand nous regardons Jésus nous pouvons saisir à la fois qui est Dieu et qui est l’homme. Qui est Dieu ? Regardons Jésus et nous le voyons bien présent, si près de nous, marchant à nos côtés, venu pour nous prendre par la main et attirer à lui, dans son amour, vers son Royaume. Nous comprenons que le Fils de Dieu est venu pour cela. Dieu a voulu être au milieu des hommes comme un Dieu mais nous comprenons aussi que si nous regardons Jésus nous voyons quel est l’homme que Dieu aime, quel est l’homme que Dieu veut, vers quelle humanité Dieu s’est approché pour la rendre plus humaine encore. Et nous voyons ce Fils de Dieu tellement fidèle à ses promesses, tellement capable de vivre ce qu’il dit et de dire comme il fait. Nous voyons ce Dieu-là, un homme accompli qui nous appelle à être homme, qui nous appelle à être juste, qui nous appelle à être bon. Et il nous est présenté, ce Dieu, en cette fête de Noël, d’abord comme un enfant. D’abord comme un enfant qui a besoin des adultes pour grandir, qui a besoin d’être assuré dans ses premiers pas et jusqu’à son âge adulte. Il a besoin d’être en confiance avec ceux qui sont devant lui, avant lui, et il a besoin de grandir et de découvrir avec quelle assurance il peut vivre. Un enfant c’est vulnérable bien sûr, cela peut être éduqué un enfant, et nous le comprenons. Mais un enfant c’est fragile, un enfant cela a besoin d’être aimé, un enfant cela ne fait pas peur, Dieu ne fait pas peur. Dieu s’approche de nous et nous ne sommes pas terrifiés par sa grandeur, nous sommes peut-être impressionnés par sa petitesse, par sa bonté, par sa douceur, parce qu’il est un enfant tout simplement. Et nous ne pouvons pas accueillir un enfant avec la peur au cœur, mais au contraire avec le désir de l’aimer, de le comprendre, de l’écouter, de le faire grandir en nous.
Ce Dieu il apparait aussi annoncé comme quelqu’un qui va conseiller, qui va permettre de grandir à son tour. Il va nous permettre à nous de devenir des hommes et des femmes de paix, il est « prince de la paix » dit la lecture que nous avons entendu tout à l’heure. « Prince de la paix » et faiseur de paix, capable de donner aux uns et aux autres leur chance, capable de laisser la place et la parole aux autres pour qu’ils puissent aussi être des vivants, capable d’écouter les uns et les autres et d’être un passeur de parole, d’être un passeur de vie, d’être un passeur de paix les uns avec les autres. Ce Dieu-là lui non plus ne fait pas peur. Il est capable de faire grandir entre les hommes une belle humanité, une belle fraternité, une belle paix. Et le Dieu auquel nous croyons, qui se présente à nous, à la fois dans sa fragilité d’enfant, à la fois dans son désir de faire grandir la paix au milieu de l’humanité, il est aussi un consolateur, il est celui qui s’approche de ceux qui souffrent, il est celui qui s’approche des fragiles, des pauvres, des humbles. Ce consolateur ne peut pas faire peur lui non plus.
Voilà qui nous regardons quand nous regardons le Seigneur Jésus. Nous avons entendu tout à l’heure dans la veillée ce texte de Péguy. Péguy qui dit : « Et le maître du monde est un enfant ». C’est vraiment celui que nous accueillons ce soir.
Dans le monde que nous connaissons bien, ceux qui sont fragiles, ceux qui sont petits, ceux qui sont humbles, ceux qui sont des consolateurs, ceux qui sont des faiseurs de paix, ceux-là sont capables, bien qu’ils ne fassent pas peur, d’être mis de côté, pas écoutés, pas accueillis, et même parfois méprisés, battus et mis à mort. C’est le destin de celui-là, qui se présente si fragilement devant nous. Cet homme, Fils de Dieu, ouvert à tous, il est capable aussi d’être un jour rejeté.
À nous donc d’être capables de l’accueillir et de le faire aimer. A nous donc, qui sommes ses fidèles, qui l’aimons, qui nous laissons aimés par Lui, d’être capables de le montrer à nos frères et à nos sœurs comme celui qui vient de la part de Dieu, celui qui est Dieu, mais celui dont nous n’avons pas à avoir peur mais plutôt à le faire entrer dans nos existences.
Accueillons-le avec tout ce que nous sommes. Accueillons-le avec toute notre énergie, toute notre bonté, toute notre douceur. Pour qu’il puisse se frayer un chemin, pour qu’il puisse être là au milieu de nous, et apporter ce que nous attendons le plus. Nous savons bien que dans le monde dans lequel nous vivons tant de violences existent, tant d’utilisations du nom de Dieu existent aussi contre la bonté, contre la fraternité, contre la joie. Tant d’utilisations malsaines du nom de Dieu sont en présence dans notre monde. Alors c’est à nous, peuple fragile, peuple modeste, peuple humble au milieu de l’humanité, de prendre soin de celui que nous accueillons ce soir pour que sa parole puisse être entendue, pour que sa vie puisse être connue, pour que son amour puisse être répandu.
Que lui-même nous donne cette force de foi, cette force d’espérance, cette force d’amour, qu’il nous la donne pour que nous sachions l’accueillir et l’introduire dans notre monde comme l’a fait la Vierge Marie en disant : « Qu’il me soit fait selon ta parole ».
† Laurent Ulrich
Archevêque de Paris