Homélie de Mgr Laurent Ulrich – Messe du jour de Noël
Jeudi 25 décembre 2025 – Notre-Dame de Paris
– Nativité du Seigneur
– Is 52, 7-10 ; Ps 97, 1-6 ; He 1, 1-6 ; Jn 1, 1-18
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. … Il était la lumière ». Voilà ce que nous pouvons méditer à la suite de nos pères, comme dit le début de la lettre aux Hébreux. Depuis les premiers temps nous avons appris, nous avons compris, et Dieu a parlé par les prophètes, et aujourd’hui en ces temps qui sont les derniers il a parlé par Jésus son Fils. Voilà ce que nous méditons, depuis des millénaires, en méditant déjà sur le commencement du monde. Bien sûr nous n’y étions pas mais nous comprenons par la parole qui nous est révélée et parce que cette parole entre dans nos cœurs et nous fait comprendre : elle nous donne la lumière sur ce que nous vivons. Et ce que nous comprenons c’est à peu près ceci : le monde dans lequel nous vivons peut être rempli de ténèbres. Et les ténèbres nous les connaissons, c’est la violence de toute sorte, c’est le mensonge qui habite aussi dans nos cœurs, c’est le désir de vengeance contre ceux qui nous font du mal, ou le désir de revanche contre les douleurs qui nous affectent. C’est aussi la situation du monde dans laquelle nous sommes, depuis très longtemps des récits mythologiques, philosophiques, laissent penser que le monde est un jouet entre les mains de dieux plus ou moins malfaisants, de dieux qui veulent le mal pour les hommes. Depuis longtemps ces récits circulent et disent que les dieux se jouent des hommes, les prennent comme des jouets pour eux et ceux que nous sommes, les hommes et les femmes que nous sommes subissent ces jeux de malheur. Et aujourd’hui, où les mots de violence, de guerre, reviennent, les récits d’aujourd’hui semblent de nouveau imposer au monde les bruits de la guerre, qu’ils viennent de l’ouest ou de l’est, du nord ou du sud, ces récits nous laissent penser que le monde dans lequel nous vivons est un monde marqué par la fatalité du malheur, de la violence, de la guerre et de la haine.
Eh bien ce que nous entendons ce matin c’est autre chose. Nous entendons que nous avons pour vivre une parole qui vient de Dieu et qui est Dieu lui-même, qui est son Fils venu dans le monde et que nous fêtons en ce jour, et que nous avons fêté tout au long de cette année jubilaire, jubilé de l’Incarnation, 2025 ans après la naissance du Christ nous fêtons encore ce moment tout spécialement et nous l’avons fait tout au cours de l’année sous le mode d’un jubilé d’une année joyeuse de l’espérance, c’est ainsi que le pape défunt, François, nous l’a fait vivre et que le pape actuel, Léon, désire que nous la vivions encore pour quelques jours puisque cette année jubilaire se terminera ce dimanche.
Alors ce que nous comprenons c’est que nous avons pour vivre, une parole qui vient de Dieu et qui est Dieu lui-même, une parole qui éclaire notre présent, le passé et l’avenir, et cette parole nous dit : Non le monde n’est pas abonné définitivement au malheur. Non le monde n’a pas été créé par hasard mais par une volonté bonne, la volonté de Dieu. Le monde est désiré comme un monde de joie, de paix, de réconciliation, de miséricorde. Le monde n’est pas né par hasard mais il est né d’une promesse de bonheur, il est né d’une parole de joie, il est né d’une parole d’amour. Et le monde n’est pas fait pour s’enfermer vers le malheur éternellement, mais il est fait pour être signe, signe permanent d’un amour qui nous habite, d’un amour qui s’approche de nous, d’un amour qui se transmet. Nous avons beau connaître les ténèbres de notre propre cœur, nous entendons la phrase que j’ai déjà dite à l’instant : les ténèbres n’habitent pas définitivement ce monde parce que la lumière n’est pas arrêtée par les ténèbres. La lumière est capable de gagner le cœur des hommes. Et comment le savons-nous ? « Dieu personne ne l’a jamais vu » dit l’évangile que nous venons d’entendre, « mais Jésus-Christ, Jésus le Fils de Dieu nous l’a fait connaître », et il nous a fait connaître ce que je viens de dire. Le monde est fait pour la joie. Le monde son destin c’est d’arriver jusqu’au royaume de Dieu ; sa lumière traverse nos ténèbres et elle grandit dans nos cœurs.
Alors nous pouvons exulter de joie, nous pouvons nous dire : nous avons un vrai maître, un maître de lumière, un maître de bonté et c’est le Christ. Voilà celui que nous célébrons ce matin, voilà celui que nous voulons laisser entrer dans nos vies parce qu’il est capable de nous changer et il nous dit ceci que je viens de dire et redire le monde est fait pour la joie que Dieu nous donne, pour le pardon vers lequel il nous achemine sans cesse, vers la fin des violences, vers la fin de la haine qui habite trop souvent notre cœur et le cœur du monde.
Alors nous ne cherchons pas la domination mais le service, nous regardons le fils de Dieu et nous savons que tout enfant il est là au milieu de nous, fragile, entre nos mains, et que nous pouvons l’accueillir, il ne nous fera pas de mal. Nous le regardons vivant dans sa vie terrestre et nous l’avons vu qui faisait le bien autour de lui, par sa parole, par ses mains, par ses gestes, par son regard. Nous l’avons vu qui faisait le bien jusqu’à donner sa propre vie par amour pour nous, par amour pour Dieu son Père.
Regardons ce monde et voyons combien il est fait aussi de faiseurs de paix, il y en a partout qui se battent jour après jour pour empêcher que les ténèbres de la violence n’occupent le monde tout entier. Regardons ce monde aussi, il est plein de consolateurs qui s’approchent des gens qui souffrent, des gens qui sont dans la douleur, des gens qui sont dans la peine, des gens qui sont dans la solitude, le monde est plein de consolateurs. Nous savons bien que Jésus-Christ est leur maître, qu’ils le connaissent ou pas, son Esprit habite en eux et leur fait désirer d’être sans cesse capables par la parole, par l’écoute, parfois par le silence, d’être des consolateurs des autres. Et nous voyons bien qu’il y a aussi dans ce monde, à côté des faiseurs de paix, à côté des consolateurs, des gens qui passent leur vie auprès de ceux qui doivent être réconciliés, des gens qui sont capables des atmosphères, qui sont capables de ne pas cesser d’entretenir la bienveillance. Des faiseurs de paix, des consolateurs, des charitables, il y en a à tous les coins de rue.
Dans quelques jours, ici même, à Paris, les rencontres européennes de Taizé amèneront 10 000 à 15 000 jeunes de l’Europe tout entière, qui viendront et qui sont essentiellement des chrétiens, des chrétiens de plusieurs confessions, qui se rapprocheront les uns des autres, qui traverseront les frontières naturelles et nationales, qui traverseront aussi les frontières des confessions chrétiennes et qui ensemble prieront pour que l’Esprit de paix, l’Esprit de silence et de recueillement, l’Esprit de joie, l’Esprit de partage, l’Esprit d’écoute traverse le monde. C’est une bonne nouvelle que ce rassemblement annuel des jeunes européens de Taizé soit venu jusqu’à nous et soit présent dans notre ville et dans les diocèses voisins du 28 décembre jusqu’au 1er janvier 2026. Ce sera un signe étonnant qui nous est donné que des jeunes veulent faire grandir la paix dans leurs cœurs.
Que le Seigneur nous donne la force de vivre avec cet Esprit et qu’il nous permette de nous tourner sans cesse vers lui-même le Prince de la Paix.
† Laurent Ulrich
Archevêque de Paris