Homélie de Mgr Laurent Ulrich - Messe à Notre-Dame des Victoires

Dimanche 8 février 2026 - Notre-Dame des Victoires (2e)

– 5e dimanche du Temps Ordinaire — Année A

- Is 58, 7-10 ; Ps 111 (112),.4-5, 6-7, 8a.9 ; 1 Co 2, 1-5 ; Mt 5, 13-16

Dès la première lecture, il est question de la lumière qui vient de Dieu et qui transparaît à travers le service qui est rendu par ceux qui la reçoivent. Il s’agit d’accueillir, de vêtir, de nourrir, de protéger et d’accompagner. La lumière ne fait pas qu’atteindre ceux qui sont accueillis, vêtus, soignés, accompagnés, mais elle transparaît en ceux qui font cela. C’est parce qu’ils le font qu’ils deviennent « lumière de midi au milieu des ténèbres ». Ceci est très important. Le prophète remarque que c’est le fait même de se mettre au service de ceux qui en ont besoin, de le faire fraternellement, qui transforme ceux qui le font en lumière pour les autres.

Je pense aux catéchumènes dont nous parlons beaucoup en ces temps. Un certain nombre, peut-être y en a-t-il dans cette assemblée, sont venus à la foi et ont découvert le Seigneur sur ce chemin de l’aide aux autres. C’est, pour certains, d’avoir participé par exemple à des maraudes, qui a fait chez eux naître cette lumière dont ils avaient besoin pour diriger leur existence. On suppose que ceux qui ont bénéficié de ce service qu’ils ont rendu sont éclairés eux aussi et trouvent une présence de Dieu à leur côté grâce à ce qu’ils ont reçu. Mais c’est très beau de noter qu’eux-mêmes ont reçu, à travers ce qu’ils ont fait, une lumière qui les fait s’approcher de Jésus.

Dans l’évangile il s’agit bien de la même chose. Le sel est fait pour saler et s’il est affadi, on peut le jeter. La lumière est faite pour éclairer et, si on la cache sous le boisseau, on peut l’éteindre.

La ville qui est placée au sommet d’une montagne, a bien sûr une première fonction : c’est d’abriter les hommes et les femmes et de leur rendre la vie un peu paisible et sûre, parce qu’ils sont ensemble et, parfois, dans ces époques, cachés derrière des murs pour être protégés des bandits de grand chemin. Mais la ville qui est placée au sommet d’une montagne est aussi un guide pour ceux qui sont sur les chemins, à condition qu’elle soit bien vue au sommet de la montagne. Remarquez, et vous le savez peut-être pour ceux qui sont allés en Terre Sainte un jour, que c’est le cas de Jérusalem. Jérusalem, au sommet d’une montagne que l’on voit depuis Jéricho, qui est 400 m au-dessous du niveau de la mer, donc 1200 m plus haut que Jéricho, et qu’on voit pratiquement dès la sortie de Jéricho. C’est un signe, une balise sur le chemin de ceux qui sont en déplacement. Mais la lumière, le sel et la ville placée sur une montagne deviennent tout à fait inutiles s’ils ne remplissent pas leur office. La lumière ne sert pas elle-même, elle sert à ceux qui la voient et qui, grâce à elle, voient quelque chose dans la vie.

On pourrait se dire, parce qu’on vient d’entendre cela dans l’évangile : « vous êtes le sel, vous êtes la lumière, vous êtes la ville placée sur une montagne qui est une balise sur le chemin des autres. » Et on pourrait s’en satisfaire. On pourrait se dire que le Seigneur fait de nous des lumières, des villes sur la montagne et du sel pour donner de la saveur à la vie. On pourrait être content de cela, même un peu orgueilleux, vaniteux. Il ne s’agit pas de cela : l’apôtre Paul nous le fait comprendre dans la seconde lecture. Il nous dit, non pas qu’il a annoncé la Parole de Dieu et que, grâce à lui, nous avons eu la foi, mais qu’il a annoncé, sans nous faire de cadeau, la croix du Christ, et que c’est l’Esprit Saint, sa force, qui nous a fait venir vers Lui, le Christ. Ce n’est pas Paul qui nous a fait croire ; c’est l’Esprit de Dieu qui est en nous qui nous a acheminés vers la foi au Fils de Dieu, mort pour nous tous et ressuscité pour que nous ayons la foi en Lui et en son Père.

Il n’y a donc aucune autosatisfaction dans le fait d’être appelé « lumière, sel et ville sur la montagne », mais la reconnaissance que c’est Dieu qui fait cela à travers nous : c’est Dieu qui transforme notre témoignage et qui lui fait porter du fruit. En effet, nos vies ne sont pas toujours exemplaires. La vie même des chrétiens assemblés en Église, et de ce que nous appelons parfois l’institution ecclésiale, n’est pas toujours un modèle, on le sait à travers l’histoire et encore aujourd’hui. La réputation même de l’Église à travers les siècles de son histoire s’est beaucoup affaiblie. Les 2000 ans d’histoire ont pu être difficiles pour elle. Mais le Seigneur, quand même, attire à lui, à travers l’Église, à travers le témoignage modeste, humble, que nous pouvons rendre et qui n’est pas toujours si brillant. Nous nous reconnaissons comme d’humbles serviteurs et si quelque chose de la Parole de Dieu, de son amour, de sa miséricorde peut passer, c’est parce qu’il le désire, parce qu’il veut cela.

Je suis en train de lire des lettres de catéchumènes, et il y aura presque un millier de catéchumènes adultes qui recevront le baptême à Pâques cette année, dans le diocèse de Paris. Nous pourrions nous en vanter, et dire : « c’est formidable, notre témoignage vaut quelque chose ! » Mais non : c’est le Seigneur qui s’est servi de nous sans peut-être que nous le sachions, parce que, beaucoup de ces catéchumènes, nous ne les connaissions pas il y a quelque temps, et c’est le Seigneur qui les a envoyés au milieu de nous pour nous demander de nous en occuper et d’être de bons serviteurs, si possible, de leur croissance dans l’amour de Dieu. Ils nous ont réveillés ; ils nous font du bien ; ils sont attirés par la lumière du Christ qui, peut-être, se reflète à travers nos vies mais, heureusement nous ne le savons, c’est le Seigneur qui se manifeste.

Nous avons une grande joie d’accueillir au milieu de nous, ceux qui ont été ainsi un jour touchés par la lumière du Christ parce qu’ils sont venus à l’église, parce qu’ils ont été amenés à l’église par des amis, parce que ces amis, parfois, ont voulu partager quelque chose de leur foi et qu’en entrant dans une église, en étant accompagnés par des frères et des sœurs, ils ont découvert une présence qui les touchait. Nous sommes d’humbles serviteurs, des serviteurs d’un mystère inouï, qui nous dépasse, et voilà pourquoi nous sommes dans cette période de préparation de l’assemblée qui réunira un certain nombre de représentants de nos paroisses, de nos mouvements, au cours de l’année prochaine. Mais déjà nous nous préparons à réfléchir à cette venue : que faisons-nous pour eux ? Que faisons-nous pour qu’ils grandissent dans la foi ? Ils nous sont confiés, ce n’est pas nous qui les avons convertis mais la force et la puissance du Seigneur qui a été lumière dans leur vie et qui continuera de se servir des nôtres pour porter témoignage de sa miséricorde.

Que le Seigneur nous permette de nous en réjouir sans nous en attribuer le mérite, qu’il nous permette simplement d’être dans la joie parce que l’Église s’agrandit et se renouvelle.

+Laurent Ulrich, archevêque de Paris

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